La guerre en Ukraine révèle la crise démocratique qui mine l’Europe et singulièrement la France. Le pouvoir macronien, dénué de majorité au Parlement, instaure une vérité officielle sur le sujet et frappe de sanctions ceux qui voudraient exprimer une pensée divergente, tandis que la majorité des grands médias diffuse une propagande antirusse et pro-ukrainienne systématique. Il est donc salutaire de faire le point sur ce conflit qui paraît jouer un rôle majeur dans l’évolution de l’Europe, et pèsera sur les prochaines élections présidentielles, en raison de l’engagement du président français actuel sur cette question.
Qu’est-ce que l’Ukraine ?
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- L’Ukraine est le plus souvent présentée comme une nation unie contre une agression étrangère. Les Ukrainiens seraient un peuple animé par un patriotisme héroïque contre l’envahisseur russe. Les Français imaginent donc que l’Ukraine, comme la France, est un pays dont l’identité est enracinée dans l’histoire. La France métropolitaine actuelle possède en effet un territoire assez constant depuis la fin de l’ancien régime, à l’exception de l’Alsace-Moselle, perdue et retrouvée et de la Savoie et de Nice annexées sous Napoléon III. La conscience nationale et l’unité culturelle y sont, encore, très élevées. La souveraineté française est reconnue au moins depuis le XIIIe siècle, lorsque le roi des Francs est devenu roi de France et le français, la langue de tous les Français, a joué un rôle de premier plan dans la diplomatie mondiale. Ni l’Ukraine, ni les Ukrainiens ne correspondent à ce modèle. L’Ukraine signifie la marche, la frontière, celle d’un Empire russe au sein duquel elle ne possédait pas de statut particulier. Sa situation par rapport à la Russie était celle du sud-ouest en France, marqué par des conflits religieux et par une langue originale, la “langue d’Oc”, mais intégrée à l’ensemble. Dans “Guerre et Paix”, de Tolstoï, lorsque les personnages se rendent sur leurs terres ukrainiennes, ils ne vont pas à l’étranger. La capitale actuelle, Kiev, est considérée comme le berceau de la Russie, lorsque la Rus’ de Kiev fut le premier État russe, créé par les Varègues venus de Scandinavie et fédérant les Slaves autochtones. Elle s’étendait de la Baltique à la Mer Noire, sous le règne des Riourikides avant qu’ils ne deviennent Tsars de Russie à Moscou. Ivan IV dit “Le Terrible” fut l’un des leurs.
- L’histoire de l’Ukraine est donc intimement liée à celle de la Russie, mais elle est également marquée par une évolution géographique complexe dont la Russie “moscovite” a été le moteur. C’est elle qui au XVIIIe siècle conquiert sur les Ottomans le territoire qui va de la mer d’Azov jusqu’à la Crimée, que l’armée russe occupe en grande partie actuellement, la Nouvelle Russie. C’est elle également qui libéra les cosaques zaporogues, orthodoxes, du joug des Polonais catholiques par le traité de Péréiaslav en 1654. C’est la Petite Russie. En revanche, l’Ouest de l’Ukraine actuelle, notamment la Galicie demeura polonais, devint austro-hongrois, redevint polonais entre 1918 et 1939, avant que les soviétiques ne l’occupent. C’est le régime soviétique qui a dessiné les frontières de la RSS d’Ukraine en y ajoutant des régions conquises en 1945 sur la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Roumanie d’avant-guerre. Non seulement l’Ukraine actuelle n’est pas une entité géographique définie et stable, mais elle a été traversée par des crises sévères qui ont accentué sa diversité. Ainsi, la Galicie qui n’avait pas appartenu à l’Empire russe, a été envahie par les soviétiques en 1939 et a, pour cette raison, accueilli les Allemands avec sympathie en 1941. Elle a fourni des auxiliaires et la division Waffen-SS ” Galizien” aux nazis. C’est là une des racines du nationalisme ukrainien, avec la figure de Stepan Bandera, aujourd’hui héros de l’Ukraine qui, avec son parti, l’OUN-B, et son bras armé, l’UPA collabora avec le IIIe Reich. De même son frère ennemi Andriy Melnnyk, et son OUN-M. La Pologne est choquée par la célébration de ces “héros” mêlés à des massacres de Polonais durant la seconde guerre mondiale. Ce sont des Ukrainiens de l’Ouest, d’une région qui n’a jamais été russe et qui sont de confession grecque-catholique. Leurs partisans lutteront contre le régime communiste jusqu’à la fin des années 1950. Une autre racine du nationalisme ukrainien se trouve dans l’Hetmanat cosaque, et correspond au centre du pays. Il a existé entre 1649 et 1764 contre la Pologne avant de se rallier à la Russie. Il fut reconstitué artificiellement avec le soutien allemand au printemps 1918, tandis que toute cette vaste région était divisée entre une république populaire dirigée notamment par Simon Petlioura, issu d’une famille cosaque orthodoxe, une autre république populaire centrée sur la Galicie, une troisième bolchévique à Kharkov, les anarchistes de Nestor Makhno, les armées blanches, et l’Armée rouge qui, finalement, l’emporta et divisa le territoire avec l’autre vainqueur, la Pologne. Cette période chaotique de la guerre civile fut marquée par des pogroms qui témoignèrent d’un antisémitisme latent et parfois virulent dans cette partie de l’Europe. Enfin, l’Ukraine a subi l’effroyable génocide par la faim organisé contre les Koulaks et qui fit cinq millions de morts sous Staline. C’est là un argument très fort du nationalisme ukrainien qu’il faut évidemment recadrer : si le pouvoir bolchévique de Moscou est évidemment coupable, son action ne visait pas le peuple ukrainien, mais une classe, les Koulaks, les paysans propriétaires, et il s’est d’ailleurs étendu à d’autres régions comme le Kouban, et le Kazakhstan. On comprend toutefois la volonté de pointer dans cette tragédie l’effet d’un “colonialisme” russe surexploitant les riches terres à blé du tchernoziom. Ces précisions expliquent à la fois la complexité de l’Ukraine, et la désinformation qui consiste à la passer sous silence.
- Toutes les élections présidentielles et législatives depuis l’indépendance ont reflété la dualité de l’Ukraine. Les partis pro-européens l’emportaient à l’Ouest avec un pic dans la Galicie farouchement anti-russe, et les partis pro-russes gagnaient à l’Est, surtout dans le Donbass et la Crimée. Les résultats épousaient les proportions des deux langues voisines, l’ukrainien et le russe. L’alternance entre Iouchtchenko, et Ianoukovytch traduisirent démocratiquement la réalité des deux Ukraine. C’est alors que les démocrates américains intervinrent. Le président pro-russe Ianoukovytch fut renversé en 2014 à la suite des manifestations de Maïdan auxquelles la CIA n’était pas étrangère et marquées par des tirs dont on accusa les policiers, alors que l’action de provocateurs est plus vraisemblable. Toute une mise en scène comparable à ce qui s’était passé en Roumanie lors de la chute de Ceaucescu a été déployée. L’engagement de Victoria Nuland en faveur d’une Ukraine hostile à la Russie quand elle était au service des administrations Obama et Biden correspond à l’obsession des “néoconservateurs” américains dont son époux, Robert Kagan est une figure emblématique : affaiblir la Russie et la disloquer, comme l’URSS, afin de ne pas permettre que se constitue une puissance eurasiatique qui mettrait fin à l’hégémonie mondiale américaine. On trouve dans “Le Grand Echiquier” de Zbigniew Brezinski, auparavant conseiller du président Carter, les grandes lignes de la politique menée par les Etats-Unis, notamment l’extension à l’est de l’OTAN, face à une Russie non communiste qui avait accepté l’indépendance des “RSS”. Cette politique à contre-temps pour préserver la puissance américaine est le principal facteur de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, absolument contraire aux intérêts européens. Victoria Nuland avait d’ailleurs lâché ” Fuck the EU” dans une conversation téléphonique avec l’ambassadeur américain à Kiev, qui fut divulguée. (à suivre)