Actes du colloque transgression et moeurs politiques

Vous étiez très nombreux à l’Espace Bernanos, à Paris, pour suivre le colloque organisé par la Fondation de Service politique avec pour thème : transgression et moeurs politiques. J’y intervenais avec Thierry Boutet et François de Lacoste Lareymondie. Extraits des actes du colloque publiés sur le site :

Christian Vanneste : « Le faux visage de la libération »

Comment définir la transgression ? Pour le député Christian Vanneste (UMP-Nord), la transgression exerce d’elle-même une certaine fascination sur la population. Elle peut-être assimilée grosso modo à l’esprit soixante-huitard, cette propension jubilatoire à dépasser les frontières, en « rebelles » ou « dissidents ».

L’affaire Frédéric Mitterrand n’est pas un accident mais un symptôme. Ces dernières décennies ont vu fleurir des hommes de culture, écrivains et cinéastes, exprimant une grande fascination pour le sulfureux et aimant à jouer avec la beauté du diable. Dans l’entretien télévisé du 8 octobre, Frédéric Mitterrand, interrogé par Laurence Ferrari, se livre, avec talent, à un feu d’artifice d’affirmations émues, utilisant des méthodes de manipulation de l’opinion dont la phrase célèbre empruntée à Gide est un excellent exemple : « On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments. »

De même que l’Église a ses Pères et ses docteurs, pour le député Vanneste, l’idéologie nihiliste a aussi ses maîtres. Pour pères, le marquis de Sade, Arthur Rimbaud et son Bateau ivre et Friedrich Nietzsche, apôtre de l’irresponsabilité, dont le paroxysme est l’infantilisme. Pour docteurs, se côtoient Georges Bataille et sa Somme a-théologique et le philosophe Michel Foucault avec son idée d’injustice.

Même le sociologue athée Durkheim soulignait l’importance de la frontière entre le sacré et le profane, frontière abolie par les philosophes actuels. La transgression pratiquée aujourd’hui conduit à son anéantissement. Le film les Nuits fauves qui relate la vie d’un homme bisexuel sans limites a été emblématique des années 70-80. Aujourd’hui, même s’il n’est plus le film culte qu’il a été, il demeure très diffusé. Dans son esprit, l’homme se pense libre lorsqu’il brise les tabous.

Politiquement, l’UMP, parti de droite censé représenté certaines valeurs conservatrices comme la famille, l’ordre ou l’équité, est trop souvent composé d’hommes politiques nombrilistes et irresponsables, fasciné par le monde de la jet-set. De haut en bas, on tend à évincer le père, figure d’autorité : le renversement des valeurs est synonyme de libération et de créativité.

L’attitude de Frédéric Mitterrand en est un exemple flagrant ; la perversion objective n’est pas premièrement dans l’âge hypothétique des victimes (au-dessus ou au-dessous de quinze ans), mais dans le sens où l’autre (un prostitué en Thaïlande) n’est pas reconnu comme une personne, mais comme un bien que l’on consomme et que l’on manipule. Cette perversion est liée à la transgression comme un aspect trompeur de la « libération » de l’interdit, en l’occurrence, le sanctuaire de la personne.

La subversion a un autre visage : celui de la dérision. Quand les principes fondateurs du lien social sont moqués, on atteint le sommet de l’art, la quintessence de l’audace créatrice. Les communicants en sont les principaux responsables. La politique devient soumise à l’égo des « anima-tueurs ». L’idéologie de la transgression, transmise par les médias, se pense comme une révolution, un ordre nouveau, sans interdits objectifs. « Il me faut l’inconnu, la terre étrangère, le pays sans repère » déclame Frédéric Mitterrand. Mais lorsque la démocratie prend ce tournant démagogique, où la manipulation de l’opinion exploite les plus bas instincts, le risque est grand de voir apparaître le tyran. Il est temps de se battre pour un ordre inspiré.

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4 commentaires

  1. Nietzsche apôtre de l’irresponsabilité, c’est un peu vite dit ; il me semble que vous l’avez mal lu :

    I – Irresponsabilité de l’homme et de l’humanité :

    Humain, trop humain, II, « Pour l’histoire des sentiments moraux », § 39 : « L’histoire des sentiments en vertu desquels nous rendons quelqu’un responsable, c’est-à-dire des sentiments appelés moraux, […] L’on rend l’homme successivement responsable des effets qu’il provoque, puis de ses actions, puis de ses motifs et enfin de son être même [échelle de Nietzsche : être – motifs – actes – conséquences]. On finit alors par découvrir que cet être ne peut pas être responsable non plus, dans la mesure où il n’est rien que conséquence nécessaire et résultat d’un enchevêtrement d’éléments et d’influences de choses passées et présentes ; tant et si bien que l’on ne peut rendre l’homme responsable de rien, ni de son être, ni de ses motifs, ni de ses actes, ni de leurs effets. On en arrive ainsi au point de reconnaître que l’histoire des sentiments moraux est l’histoire d’une erreur, l’erreur de la responsabilité : laquelle repose sur l’erreur touchant à la liberté de la volonté […] Personne n’est responsable de ses actes, personne ne l’est de son être# ; juger est synonyme d’être injuste. C’est vrai aussi lorsque l’individu se juge lui-même. »
    § 91 : Que de plaisir fait la moralité ! Pensons seulement à cette mer de larmes suaves qui a déjà coulé au récit d’actions nobles et généreuses ! – Ce charme de la vie disparaîtrait si la croyance à l’irresponsabilité totale venait à prendre le dessus.
    § 101 : Beaucoup d’horreurs et d’atrocités de l’histoire, auxquelles on aimerait ne pas croire tout à fait, s’atténuent […] si l’on considère que le chef qui commande et l’homme qui exécute sont des personnes différentes : le premier, ne voyant pas la chose, n’a pas son imagination fortement impressionnée, le second obéit à un supérieur et se sent irresponsable.
    § 105 : « Théorie de l’entière irresponsabilité. »
    § 107 : « L’irresponsabilité totale de l’homme, tant pour ce qui est de ses actes que de son être, est la goutte la plus amère que doive avaler l’homme de la connaissance quand il était habitué à voir les lettres de noblesse de son humanité dans la responsabilité et le devoir. […] Une nouvelle habitude, la compréhension. »

    Opinions et sentences mêlées, § 386 : On fait encore partie de la populace tant que l’on continue à imputer ses propres fautes à autrui ; on est sur le chemin de la sagesse quand on n’en rend jamais responsable que soi-même ; le sage, lui, ne trouve personne en faute, ni soi ni autrui. » – Qui dit cela ? – Épictète [Manuel, 5], il y a mille huit cents ans#.

    Le Voyageur et son ombre, § 81 : « Il est possible de saper la justice séculière, par la doctrine de la totale irresponsabilité et innocence de tout homme ; et on a déjà fait une tentative dans ce sens, en se fondant justement sur la doctrine contraire de la totale responsabilité et culpabilité de chaque homme. »

    Mp XIV 1b, 1876-1877 : « Le faux postulat de toute morale est l’erreur qui veut que l’homme agisse librement et soit responsable. Chaque loi, chaque prescription (dans l’État, la société, l’enseignement) présuppose cette croyance, nous y sommes tellement habitués que nous louons et blâmons encore après avoir acquis l’intelligence de l’irresponsabilité : alors que nous ne blâmons ni ne louons la nature. »

    Aurore, II, § 116 :
    § 128 : « Vous voulez être responsables de tout ! Sauf de vos rêves ! […] Nous ne sommes réellement pas responsable de nos rêves, – pas plus, d’ailleurs, que de nos veilles. »

    N VII 3, été 1886 – automne 1887 : [63] : On ne doit pas inventer de fausses personnes et dire, par ex.,  » la nature est cruelle « . Voir justement qu’il n’existe aucun centre de responsabilité de ce type, CELA SOULAGE !

    « Nul ne lui [à l’être humain] a donné des qualités, ni Dieu, ni ses parents ; nul n’est responsable du fait qu’il est, de ce qu’il est tel qu’il est, qu’il se trouve être dans ces circonstances-là … Le fil de la vie que désormais il représente n’est pas à démêler de tout ce qui fut et doit être nécessairement ; et puisqu’il n’est pas le résultat d’une longue intention, ni, d’une manière générale, d’aucune volonté tendant à un « idéal d’homme » ou à un « idéal de bonheur » ou à un « idéal de moralité », il est absurde de vouloir se « disculper » quelque part : comme s’il se trouvait quelque part une responsabilité.
    La révolte du « souffrant » contre Dieu Société Nature Ancêtres Éducation, etc. imagine des responsabilités et des formes de volonté, qui n’existent seulement pas. »
    W II 3, nov. 1887 – mars 1888.

    Le Crépuscule des Idoles, Les quatre grandes erreurs, § 7 : « Psychologie de toute « responsabilisation générale ». Chaque fois que l’on cherche à « établir des responsabilités », c’est habituellement l’instinct de vouloir punir et juger qui est à l’œuvre. C’est dépouiller le devenir de son innocence qu’attribuer à une volonté, à des intentions, à des actes de responsabilité le fait d’être de telle ou telle manière. »
    § 8 : « Personne ne donne à l’homme ses qualités : ni Dieu, ni la société, ni ses parents et ses ancêtres, ni lui-même […] Personne n’est responsable du fait qu’il existe, qu’il est fait de telle ou telle manière,, qu’il est dans telle ou telle condition, dans tel ou tel milieu. On ne peut exepter le caractère fatal de son être du caractère fatal de tout ce qui a été et de tout ce qui sera. […] Que personne ne soit plus tenu pour responsable, que le mode d’être ne puisse plus être ramené à une prima causa, que le monde, ni en tant que sensorium [centre des sensations], ni en tant qu’ « esprit », ne soit une unité : c’est cela et cela seulement qui est la grande libération – c’est par là, et par là seulement,qu’est restaurée l’innocence du devenir … L’idée de Dieu était jusqu’à présent la principale objection contre l’existence … Nous nions Dieu, nous nions en Dieu la responsabilité : c’est en cela, et en cela seulement que nous sauvons le monde.

    L’Antichrist, § 38 : « Je me garde bien de tenir l’humanité pour responsable de ses maladies mentales. »

    W II 5, printemps 1888 : [29] : dans d’autres cas, le laissé pour compte en cherche la raison non dans sa « faute » (comme le chrétien), mais dans la société : le socialiste, l’anarchiste, le nihiliste, en ressentant son existence comme quelque chose qui est forcément la faute de quelqu’un, est en cela ce qu’il y a de plus proche du chrétien, qui croit aussi mieux supporter son mal-être et son échec quand il a trouvé quelqu’un qu’il puisse en rendre responsable. L’instinct de la vengeance et du ressentiment se trouve dans les deux cas, et y paraît un moyen de supporter son sort, comme un instinct de conservation.
    [98] : nous avons concentré dans la notion de « cause » notre sentiment de la volonté, notre « sentiment de la liberté », notre sentiment de la responsabilité et notre intention d’agir.
    [126] : Toute la théorie de la responsabilité tient à cette psychologie naïve, qui veut que seule la volonté soit une cause et que l’on doive savoir que l’on a voulu pour pouvoir se croire soi-même cause.
    [196] : « Principe : seuls des individus se sentent responsables. Les multitudes# ont été inventées pour faire des choses dont l’individu n’a pas le courage. »
    W II 6a : [30] : On prétend juger l’histoire, la dépouiller de sa fatalité, trouver derrière elle une responsabilité, en elle des coupables. […] Le pessimisme par indignation invente des responsabilités pour se donner un sentiment agréable – la vengeance …
    Partout où l’on a cherché des responsabilités, c’est l’instinct de vengeance qui était en quête.

    II – Responsabilités supérieures :

    « On ne se sent aujourd’hui responsable que de ce que l’on veut et de ce qu’on fait. »
    Le Gai savoir, III, § 117.
    « grande passion du chercheur de connaissance qui vit sans cesse dans l’orage des suprêmes problèmes et des plus lourdes responsabilités. »
    Ibid., V, § 351.
    « Le philosophe […] l’homme de la plus vaste responsabilité, qui se fait un cas de conscience du développement global de l’humanité. »
    Par-delà bien et mal, III, § 61.

    Généalogie de la morale, II, § 1 : « Combien l’homme lui-même a-t-il dû d’abord devenir prévisible, régulier, nécessaire, y compris dans la représentation qu’il se fait de lui-même, pour pouvoir finalement, comme le fait quelqu’un qui promet, répondre de lui-même comme avenir. »

    Généalogie de la morale, II, § 2 : « Longue histoire des origines de la resonsabilité. »

    Le Crépuscule des Idoles, Divagations d’un « inactuel », § 38 : La guerre éduque à la liberté. Car qu’est-ce que la liberté ? C’est avoir la volonté d’être responsable de soi-même. De maintenir la distance qui nous isole des autres.

    W II 5, printemps 1888 : [127] : « Jadis on croyait s’honorer quand ce n’était pas soi-même que l’on tenait pour responsable des actions les plus hautes que l’on accomplissait, mais – Dieu. »

    « Ne sous-estimons pas les privilèges des médiocres. Plus on se rapproche des cimes, plus la vie devient dure – le froid augmente, la responsabilité augmente. »
    L’Antichrist, § 57.

  2. « Comment définir la transgression ? Pour le député Christian Vanneste (UMP-Nord), la transgression exerce d’elle-même une certaine fascination sur la population. Elle peut-être assimilée grosso modo à l’esprit soixante-huitard, cette propension jubilatoire à dépasser les frontières, en « rebelles » ou « dissidents ». »

    J’avoue être un peu déçue par cette analyse un peu courte. Ce que vous appelez « la transgression » et que j’appelerai quant à moi la « frivolité », me semble être bien plus qu’un phénomène soixante huitard.

    D’abord, vous remarquerez qu’une telle « transgression » ne date pas d’hier. Pour ne prendre qu’un ex, ce qu’on « qualifie d’années folles » est en soi une période de « transgression » (les femmes sont beaucoup plus entreprenantes, elles réclament des « droits » qu’elles n’avaient pas (un certain droit de vote pour ex…Droit qui ne sera pas accordé en raison de l’arrivée du second conflit mondial du 20ème siècle), les hommes recherchent de nouveau plaisir (c’est la grande période des « cancans » et autres spectacles musicaux au Moulin Rouge et autres), les moeurs commencent à changer (si l’homme est toujours ultra protégé par son statut, au contraire de la femme (un homme n’a que sa parole à donner pour prouver l’infidélité de sa femme, celle ci pour prouver l’indemnité de son époux doit non seulement le prendre sur le fait, mais être accompagné de trois témoins, qui nécessairement doivent être des hommes ! Des contestations de cette inégalité commence à apparaitre, on observe aussi l’arrivée (très légère mais réelle) d’un « droit » de dire « non » à son époux en matière sexuelle (rappelons que jusqu’alors, violer une femme non consentante (s’il s’agit de sa propre épouse) était considéré comme « normal » !)

    Autre période de très grande « transgression » : la Révolution française. A quel moment a t on autant « transgressé » toutes les valeurs jusqu’ici admise ? Irrespect envers les morts (sac de Saint Denis et violation de la sépulture des rois de France), contestation du mariage (celui ci perd son sens, et l’on peut « épouser » n’importe qui, y compris un animal de compagnie !), violation de la toute nouvelle (1791) Constitution (alors qu’il ne serait venu à quiconque de violer les lois fondamentales du Royaume) : les « sans culottes » du club « les amis de la Constitution » s’en prenant à la personne du roi…Pouvoir constitué (et donc, en principe, protégé par ce statut), relâchement total des moeurs (viols en série, ivresse compulsive, violence massive…Et comme il n’y a pas encore de police » en tant que tel)

    Sous l’Ancien Régime, de telles « transgressions » ne sont pas non plus à oublier. Ainsi, on sait que la « Fête des Fous » était extrêmement populaire, car on avait droit justement de « transgresser » toutes les valeurs de la Société…A commencer par l’évident respect de la personne du roi, et de son épouse.

    Lors de cette fête, roturiers, nobles, membres du clergé, n’avaient pas besoin d’être encouragés pour « transgresser ». Ainsi, sans doute pour aider à un tel « relâchement » les fontaines d’eau étaient remplacées par des fontaines de vin. Hommes et femmes, sous le déguisement, faisaient leurs petites affaires, parfois sans réel souci de leur statut. Les drogues n’étaient pas à oublier, car déjà les plantes « relaxantes »existaient avec les effets euphorisants qu’on connait. Quant aux pratiques sexuelles, elles étaient diverses. Et certains timides, lors de cette fête, n’hésitait pas à transgresser les interdits.

    Qu’il y ait une « fascination » pour la « transgression » je ne pense pas. Qu’elle soit consubstantielle à l’humain, très certainement. Peut être avons nous besoin de périodes que l’on pourrait dire de « légereté » pour rester serein face à l’adversité. Comme un homme qui noie sa tristesse dans l’alcool pour oublier ses malheurs, peut être sommes nous condamnez, en un sens, à noyer collectivement nos propres désillusions et échecs, pour rester debout in fine.

    On remarquera d’ailleurs que les Sociétés ne semblent jamais avoir tant besoin de ces moments de « transgression » qu’après l’arrivée d’un grand malheur. Ainsi, les années folles suivent elles la guerre de 14-18. Ainsi, mai soixante huit fait il suite à la guerre de 39-45 mais peut être surtout à la guerre en Algérie.

    Ces périodes de « transgression » ont été très fortes sous la Révolution, et cela se comprend, car il fallait dire adieu à quelque chose de rassurant, pour courir vers un avenir incertain. Pour trouver du courage, peut être fallait il en passer par là, et dénier, dans un premier temps, toute histoire commune fondée sur ce passé rejeté…Depuis que Louis XVI avait commis l’irréparable : fuir son propre Royaume. (En l’espèce, il fut bien l’artisan de sa perte…Car les Français auraient pu lui pardonné, sans cette erreur monumentale)

    « L’affaire Frédéric Mitterrand n’est pas un accident mais un symptôme. Ces dernières décennies ont vu fleurir des hommes de culture, écrivains et cinéastes, exprimant une grande fascination pour le sulfureux et aimant à jouer avec la beauté du diable. »

    On devrait plutôt dire que de tels hommes et femmes, comme vous décrivez, ont été de toutes les époques. Certains prônant la Vertu jusqu’à plus savoir qu’en faire, d’autres la « perversion » avec autant de verve. La vraie différence est plutôt au sein des gouvernants.

    Car les citoyens lambda, eux, après un moment de « transgression » reviennent vite à un certain « ordre moral » qui n’est en rien à déplorer, puisqu’il fonde la Société.

    Sous l’Ancien Régime, certains rois ont « transgressé » et dans un premier temps, cela ne leur a pas été reproché. Ainsi, Charles VII fut il le premier roi de France à humilier publiquement son épouse, en prenant une « favorite ». Chose que les Français lui pardonneront, en se fondant sur la vie très dure (pour un prince) vécu par ce dernier, durant son « exil » (Charles VII est le roi qui fut conduit par Jeanne d’Arc a Reims).

    En fait, à bien y regarder, si un argument de valeur peut justifier la transgression, en général, celle ci est pardonnée par les Français. Ainsi, les nombreuses maîtresses de Louis XIV lui furent elles pardonnées parce que chacun savait que le roi avait, en son temps, aimé de grand amour, la nièce du Cardinal, et que pour le Royaume, il avait renoncé à elle, et épouser la paix, en la personne de Marie Thérèse. Bref…Considérant l’union du roi comme uniquement politique, les Français acceptaient que le roi puisse avoir un « droit à l’amour » hors des bras de sa légitime épouse…

    Ce même « droit à l’amour » fut requis pour pardonner à Charles VI, qui pris maîtresse, au nom de sa folie. La reine était, elle, beaucoup moins considérée, car on considérait qu’elle aurait dû continuer d’avoir des actes charnels avec son époux, même pendant les graves cas de folie qui prenaient régulièrement le roi.

    Ce « droit à l’amour » n’était cependant pas accorder à tous. Ainsi, les Français n’auraient pas toléré que Louis IX (Saint Louis) prenne une maîtresse, alors qu’on savait qu’il avait trouvé amour dans ses épousailles. Premier prince de la chrétienté, il lui fallait en plus de cela, incarner la famille chrétienne idéale.

    Même chose pour Louis XVI. Premier prince de la chrétienté, ses épousailles avec Marie Antoinette justifiait un changement de ton avec le régime décadent précédent. Les Français étaient las de voir leur roi préférer Venus à Marie. D’où leur contentement à voir le roi refuser toutes les princesses qu’on lui présentait sous le nez, pour se consacrer exclusivement à son épouse légitime…Avec les résultats qu’on sait.

    Sous la République, vertu et perversion se sont succédés. Ainsi, Robespierre pronait la vertu, quand Danton justifiait la jouissance des corps. Le directoire fut un régime dépravé, ne pensant qu’à jouir la nuit et le jour.

    Napoléon ramena l’ordre moral…Même si lui même céda à plusieurs reprises aux charmes des Russes et Anglaises. Napoléon III restaura aussi l’ordre moral qui avait déjà été grandement ramené par la Restauration.

    La III République se voulue exemplaire….Ses élus l’étaient moins, appréciant beaucoup les « filles de joie » allant jusqu’à les faire pénétrer dans les lieux sacrés de la République ! On était de nouveau dans le « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

    La IV République transgressa toutes les règles, petites ou grandes.

    Charles De Gaulle et M. Pompidou restaurèrent, une fois de plus, les principes moraux…Puis se fut la décadence à partir de GISCARD.

    Aujourd’hui, les principes moraux sont tous présents au sein du Peuple Français…En revanche, les élus et nommés sont dans la décadence la plus complète, ne pensant qu’à donner des leçons de morale à tous, sans respecter leurs propres doctrines. Hier, on parlait de prêtres défroqués. Il serait juste d’affubler du même sobriquet un certain nombre d’élus et nommés.

    « Dans l’entretien télévisé du 8 octobre, Frédéric Mitterrand, interrogé par Laurence Ferrari, se livre, avec talent, à un feu d’artifice d’affirmations émues, utilisant des méthodes de manipulation de l’opinion »

    Merci de le reconnaitre.

    « dont la phrase célèbre empruntée à Gide est un excellent exemple : « On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments. » »

    Comment expliquer alors que les livres les plus vendus au monde soit justement…Les livres à l’eau de rose ? Pour ex, mon épouse lit en ce moment « les terres de l’aube » histoire d’une jeune femme qui rencontre (un hasard bien sur) un homme qu’elle a déjà vu dix ans auparavant, ils se cherchent, ils s’aiment, ils ne peuvent avoir d’enfant, un miracle arrive, ils en ont un. L’enfant meurt, ils s’éloignent. Dix ans plus tard, ils se retrouvent, s’aiment à la folie, et c’est repartie pour un tour !

    L’un des plus gros succès de librairie chez les ados s’appelle Twilight. Il s’agit de l’amour impossible entre une humaine (Bella) et un vampire (andrew il me semble) version moderne (il est ado, va à l’école, s’habille comme un ado, sort le jour, etc.)

    M. Mitterrand devrait revoir ses classiques ! Aujourd’hui, dans un roman (tous les genres confondus, à commencer par ceux de l’auteur du da vinci code) il y a nécessairement une histoire d’amour, et c’est elle qui fait tourner l’histoire…Avant tout !

    « De même que l’Église a ses Pères et ses docteurs, pour le député Vanneste, l’idéologie nihiliste a aussi ses maîtres. Pour pères, le marquis de Sade, Arthur Rimbaud et son Bateau ivre et Friedrich Nietzsche, apôtre de l’irresponsabilité, dont le paroxysme est l’infantilisme. Pour docteurs, se côtoient Georges Bataille et sa Somme a-théologique et le philosophe Michel Foucault avec son idée d’injustice.

    Même le sociologue athée Durkheim soulignait l’importance de la frontière entre le sacré et le profane, frontière abolie par les philosophes actuels. »

    Sauf que cette « transgression » n’est, en réalité, viable que parce que les gouvernants la soutiennent. Elle ne vit que par ce biais.

    « Politiquement, l’UMP, parti de droite censé représenté certaines valeurs conservatrices comme la famille, l’ordre ou l’équité, est trop souvent composé d’hommes politiques nombrilistes et irresponsables, fasciné par le monde de la jet-set. De haut en bas, on tend à évincer le père, figure d’autorité : le renversement des valeurs est synonyme de libération et de créativité. »

    C’est marrant que vous ayez une telle assurance, et un constat aussi net, et juste…Et que vous ne voyez pas que le premier à « transgresser » les valeurs que vous défendez, est le même homme que vous soutenez : à savoir M. SARKOZY.

    « L’attitude de Frédéric Mitterrand en est un exemple flagrant ; la perversion objective n’est pas premièrement dans l’âge hypothétique des victimes (au-dessus ou au-dessous de quinze ans), mais dans le sens où l’autre (un prostitué en Thaïlande) n’est pas reconnu comme une personne, mais comme un bien que l’on consomme et que l’on manipule. »

    Effectivement. L’âge tendre des victimes n’est qu’une circonstance aggravante. C’est le péché lui même qui est bien plus lourd et conséquent. M. Mitterrand incarne l’un des sept péchés capitaux – la luxure – dans toute son expression.

    « Cette perversion est liée à la transgression comme un aspect trompeur de la « libération » de l’interdit, en l’occurrence, le sanctuaire de la personne. »

    Vous devriez envoyer votre texte à M. SARKOZY. Il s’y reconnaitrait surement…Car s’il n’incarne pas la luxure, comme son Ministre, il incarne d’autres péchés capitaux, pas moins graves que celui que vous dénoncez.

    « L’idéologie de la transgression, transmise par les médias, se pense comme une révolution, un ordre nouveau, sans interdits objectifs. « Il me faut l’inconnu, la terre étrangère, le pays sans repère » déclame Frédéric Mitterrand. Mais lorsque la démocratie prend ce tournant démagogique, où la manipulation de l’opinion exploite les plus bas instincts, le risque est grand de voir apparaître le tyran. Il est temps de se battre pour un ordre inspiré. »

    Il est surtout temps que les élus arrêtent de se mirer dans le miroir des médias, et écoutent plus les Français qu’ils sont censés servir ! Car il est là le vrai problème !

    Comme disait un célèbre courtisan à Marie Antoinette, qui étalait ses richesses, sa légereté, et son refus du devoir conjugual « n’écoutez pas la Cour madame, écoutez Paris ».

    Les « politiques » ne semblent pas avoir compris que les médias sont des courtisans. Ils ne servent qu’eux mêmes. Il ne faut attendre d’eux que du mensonge, car les médias n’obéissent qu’à eux mêmes. Et ils se rangent derrière la cause qui leur semble, non pas la plus juste, mais celle qu’on entend le plus.

    Ex : à son arrivée à Versailles, Marie Antoinette est adulée. La France se met en quatre pour son bonheur. Chose qui trouble celle ci, mais qui va fort la contenter. Evidemment, les courtisans emboitent le pas à l’euphorie collective.

    Mais voilà que la reine commence à être impopulaire. Alors on jase un peu par ci par là. Mais grosso modo, les critiques restent rares…Car « l’opinion publique » est moindre que le « bon plaisir » du roi, qui aimant la reine, ne veut pas qu’on lui déplaise. D’où la poursuite des courbettes en tout genre.

    Mais voilà que Paris gronde contre sa reine. Et que les libellés sont toujours plus féroces. La reine devient criticable dans les salons. Et la rumeur enfle. A Versailles, les courtisans sont sur le vif…Et jouant sur les deux tableaux, font leur cour à Versalles, et complotent à Paris, contre la reine, pour installer une favorite.

    Philippe d’Orléans franchit alors le pas. Si un prince du Lys se permet une telle chose, c’est donc que tous peuvent s’en prendre à la reine. Et voilà le Parlement de Paris qui sonne l’halali. Les courtisans prennent le parti du prince d’Orléans, soutenu par les Parisiens, puis tout le Royaume, contre la reine.

    L’affaire Mitterrand est semblable. Celui ci a été adulé par les médias. Il faut être bien en cour auprès du Président n’est ce pas ?

    Puis on a noté que son discours sur HADOPI, présenté comme historique par les médias, était finalement assez fade.

    Puis il y a eu « l’affaire ». Et là, les médias ont pris le parti de M. Mitterrand.

    Mais voilà que les lecteurs sonnent la charge contre le Ministre. Il faut donc en tenir compte. Petitement tout d’abord.

    Mais voilà qu’on apprend que le Ministre est un dépravé. Nouvelle charge…Et là les médias sonnent l’hallali. C’est la curée !

    Quand les élus arrêteront de se faire manipuler par des médias qui n’ont pas d’opinion, puisqu’ils se contentent de suivre celui qui crie le plus fort, alors il sera bon de penser à un tel ordre inspiré. D’ici là…

  3. Réagissant au renvoi annoncé de Jacques Chirac en Correctionnelle, Ségolène Royal délarait la semaine dernière qu’il fallait laisser l’ancien Président « tranquille » car ce sont des « affaires anciennes ». Or, souvenons-nous que Nicolas Sarkozy, alors Ministre de la Communication, s’était attiré les foudres de Jacques Chirac parce qu’il soutenait Edouard Balladur pour l’élection présidentielle de 1995. C’est donc que le Porte-Parole du Premier Ministre candidat savait que Jacques Chirac n’était pas blanc-bleu…

  4. @ Courouve : Merci pour cette réponse exhaustive. La pensée de Nietzsche est foisonnante. Dans mon intervention, je n’avais fait référence qu’à la triple métamorphose qui me paraît très révélatrice de l’aspect réellement prophétique de sa pensée. L’enfant, stade ultime des métamorphoses, est innocence et oubli. Je ne pense pas que l’on puisse plus clairement faire éclater la notion de responsabilité. A bientôt !

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