11 NOVEMBRE : commémoration et réflexion.

imagesLe 11 Novembre est une date écrasante. Elle condense en elle tant de sentiments parfois contradictoires qu’elle permet bien des façons de la commémorer. Le Président de la République a tenu par un discours, à l’occasion de l’anniversaire de 2013 et en prévision de celui de 2014, à ouvrir une année consacrée à ces commémorations en incluant notamment la Libération de 1944. C’était pour lui le moyen de prendre de la hauteur et de tenter de regagner son statut et sa stature de Chef de l’Etat, représentant actuel de tous les Français et censé incarner la Nation dans la continuité de son histoire. L’histoire est un long fleuve peu tranquille qui a rassemblé les Français. La célébration du roman ou du récit national est indispensable à l’unité des Français actuels. On comprend donc aisément le souci présidentiel d’y trouver un point d’appui à son rétablissement.

Les obstacles à cette manoeuvre sont redoutables. Il y a d’abord la submersion de l’opinion publique par les difficultés présentes, essentiellement économiques et sociales. Rien n’est plus éloigné de l’Union Sacrée des guerres que le sauve-qui-peut des crises. Il y a ensuite la tentative totalitaire de la gauche d’imposer une lecture univoque et idéologique de l’Histoire, une histoire qui commencerait en 1789, voire en 1792 et ne serait que le duel constant entre la justice et le progrès à gauche, l’inégalité, l’argent voire la trahison à droite. Jospin avait révulsé l’opposition avec ce genre de discours. Récemment encore l’hommage rendu par Fabius à Giap était indécent au regard des Français morts d’épuisement dans les camps du viet-minh.  Si la Grande Guerre est commémorée dans notre pays avec une solennité spécifique, c’est d’abord parce qu’elle a vraiment uni tous les Français, ceux qui croyaient au ciel et avaient toutes les raisons de ne pas aimer les gouvernements d’avant-guerre, et ceux qui n’y croyaient pas, mais considéraient que la défense de la Patrie et de sa liberté ne faisait qu’un avec la défense de la République et de ses valeurs. Le 11 Novembre est donc d’abord le jour d’un patriotisme retrouvé. Mais c’est aussi le souvenir douloureux d’un drame national : aucun conflit n’a coûté autant de vies humaines, autant de vies d’hommes jeunes, pour la plupart. Malgré une préparation militaire discutable, la diplomatie et la stratégie de la France ont fini par lui donner la victoire mais celle-ci a exigé de tout un peuple un héroïsme,  une acceptation du sacrifice qui nous paraissent aujourd’hui presque inconcevables. Ce million et demi de morts  pour 8 millions de mobilisés, un homme sur six, ces monuments dans le moindre village ont traumatisé le pays en même temps qu’ils l’affaiblissaient durablement. C’est pourquoi, au-delà de cette victoire, la dernière indiscutable, et à quel prix, de notre pays, le 11 Novembre pourrait devenir LE jour du souvenir, celui qui réunirait en une même commémoration, toutes les victoires mais aussi tous les sacrifices que des Français ont consentis à leur pays.

Cet anniversaire peut aussi être l’occasion d’une réflexion sur notre histoire et sur celle de l’Europe. La Grande Guerre est la première phase d’un suicide, celui du continent qui dominait le monde entier avant elle. La monstrueuse hécatombe, les souffrances extrêmes endurées par tous les combattants et que Dorgelès, ou Barbusse, comme Jünger ont décrites, n’ont conduit qu’à l’aveuglement des vainqueurs, à la folie des vaincus et à la seconde phase d’un suicide, cette fois accompli. Le 9 Novembre a rappelé deux événements qui peuvent éclairer cette réflexion. C’est le jour où la chute du mur de Berlin a marqué la libération définitive de notre continent. Le premier des totalitarismes du 20ème siècle, qui avait permis de vaincre l’autre, s’effondrait à son tour. L’Europe qui n’avait connu la paix que sous le bouclier américain et dans le souvenir de ses guerres absurdes, avait tenté de se construire en Union. Celle-ci n’était pas la cause de la paix, mais sa conséquence. Elle pouvait cette fois s’épanouir à nouveau, devenir un modèle de croissance intelligente comme le voudra la prétentieuse stratégie de Lisbonne. Un quart de siècle plus tard, le gâchis est total. Des institutions lourdes et inefficaces, un approfondissement boiteux, un élargissement aveugle ont accru les disparités entre des pays qui devaient se rapprocher. Mais, le 9 Novembre évoque aussi le Général de Gaulle, celui auquel la France devait sa place parmi les vainqueurs du 8 Mai. Aurait-il cautionné une Europe technocratique, qui dissout la souveraineté de ses Etats sans exister elle-même dans le monde ? Aurait-il accepté une Europe à la carte qui permet aux uns de n’y voir qu’un marché quand les autres rêvent de Fédération ? N’aurait-il pas réagi devant la nouvelle hégémonie d’une Allemagne vieillissante ? Le 11 Novembre doit être l’occasion de ne pas nier l’histoire et la diversité des peuples qui en sont les acteurs. Cette connaissance est sans doute le meilleur chemin pour ne pas la revivre.

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  1. Thibault Loosveld - 18 novembre 2013 22 h 20 min

    Ce qui devrait être la première visite en Australie d’un chef d’État français a été confirmé pour fin novembre 2014, à l’occasion du déplacement dans ce pays de Jean-Marc Bel, Président du Sénat et second personnage de l’État.
    M. Bel, qui achevait mardi un déplacement officiel en Australie pour y participer notamment aux cérémonies commémorant le 95ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, a précisé que ce déplacement de la part du Président François Hollande devrait intervenir autour des 15 et 16 novembre 2014.
    Ces dates sont celles du sommet du G20 qui, l’an prochain, aura lieu à Brisbane (État du Queensland, Nord-est de l’Australie) et auquel M. Hollande doit participer.
    « Le président de la République viendra car l’Australie joue un rôle clé sur la scène internationale », a notamment expliqué M. Bel à l’issue d’entretiens en tête-à-tête avec le Premier ministre Tony Abbott (droite).
    Il a également rappelé dans la foulée que jamais un chef d’État français n’avait jusqu’ici effectué de déplacement officiel en Australie.
    « Je crois vraiment que le temps est venu pour resserrer les liens avec ce pays (…) un continent, un pays, trop peu connu en France », a-t-il commenté en évoquant « un nouveau cycle de relations » entre Paris et Canberra.
    L’Australie doit prendre la présidence tournante du G20 à partir du 1er décembre 2013.

    Lors d’une entrevue lundi 3 juin 2013 avec le Président français lors d’un déplacement à Paris, Mme Quentin Bryce, Gouverneure générale australienne, avait invité M. Hollande à se rendre en visite officielle en Australie, à l’occasion du sommet du G20 qui devrait s’y dérouler en novembre 2014.
    « La Gouverneure Générale a lancé une invitation au Président pour qu’il entreprenne une visite d’État avant ou après le sommet du G20 à Brisbane (…) Le Président en a été ravi et m’a indiqué qu’il serait en mesure d’effectuer ce déplacement en novembre 2014 (…) Ce serait la première visite d’État de la part d’un Président français », avait alors rappelé la Gouverneure Générale dans un communiqué après son entrevue à Paris.

    À l’issue de ces entretiens à l’Élysée, la Présidence française avait aussi souligné « la convergence de vues (franco-australienne) sur les grands enjeux internationaux, nos coopérations étroites dans le cadre du conseil de sécurité des Nations unies, dans le Pacifique sud et de la future présidence australienne du G20 en 2014 ».
    En matière économique, le Président avait aussi formulé le souhait que la France soit « une terre d’accueil des investissements australiens et nos projets communs dans les domaines de la coopération de défense, des infrastructures et de la culture ».
    Par ailleurs, à l’approche des cérémonies commémorant, en 2014, le centenaire du début de la Première Guerre mondiale, M. Hollande avait insisté sur « l’importance qu’il attache à l’association de l’Australie aux commémorations ».

    Les relations franco-australienne ont connu ces dernières année une embellie actée, début 2012, par la signature d’un accord de « partenariat stratégique » entre Paris et Canberra, portant sur de nombreux domaines de coopération, dont l’enseignement supérieur, la recherche ou encore la défense.
    « Notre relation est nourrie par un dialogue politique substantiel qui ne cesse de se renforcer », note le ministère français des affaires étrangères.
    L’un des volets de cette relation concerne notamment, dans le Pacifique, une communauté d’idées sur de nombreux dossiers touchant au Pacifique Sud, avec, côté français, le souhait de mieux intégrer ses trois collectivités ultramarines (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna) dans leur environnement régional.
    L’Australie soutient, par exemple, la demande du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de passer d’un statut de membre associé (obtenu en 2005 au sein du Forum des Îles du Pacifique, FIP) à un statut de membre plein.
    Lors de son passage en France, Mme Bryce a aussi salué les relations commerciales et d’affaires franco-australiennes, qu’elle a qualifié de « dynamiques » et « en très bonne forme ».

    De toute évidence, cette visite n’en est pas une d’Etat de telle sorte que tous les élus de gauche qui la préparent sont des détourneurs de fonds publics.

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