L’HISTOIRE : UNE ARME IDEOLOGIQUE !

90326Mme Hidalgo s’est illustrée récemment par une « erreur » historique de taille en accusant le Front National, créé en 1972, d’avoir participé à la collaboration durant la 2e guerre mondiale. Ignorance ? Diffamation volontaire ? En fait un exemple éclairant de la relecture idéologique de l’Histoire, typique de la pensée totalitaire et révélatrice, hélas, de l’identité particulière et inquiétante du socialisme français. La gauche française est orwellienne : elle manipule le langage pour imposer une « novlangue » et comme dans »1984  » procède systématiquement à une récupération politique du passé en vue de l’utiliser dans les affrontements du présent. En 1998, Lionel Jospin avait ainsi déclenché un incident mémorable à l’Assemblée en affirmant que la Droite soutenait l’esclavage et la condamnation de Dreyfus contre la gauche vertueuse. Non seulement c’était historiquement plus compliqué, mais le manichéisme des propos semblait se projeter sur le présent. Toute l’opposition quitta l’hémicycle, non sans avoir obligé les huissiers à protéger le Premier Ministre, physiquement !

L’Histoire n’est pas une science. C’est une enquête, qui menée par des spécialistes compétents et honnêtes peut conduire à une vérité, celle du juge, non celle du savant. Le reste appartient à l’interprétation. Les Allemands découvrent un charnier dans la forêt de Katyn et accusent les Soviétiques de l’exécution de milliers d’officiers polonais. Jusqu’en 1990, l’URSS tentera, avec succès parfois d’imputer le crime aux nazis. Elle aura même l’appui de Roosevelt et d’un certain nombre d’intellectuels français. Aujourd’hui, on sait que les 22000 cadavres ont bien été victimes de  Staline. On s’étonnera d’autant plus du passage furtif en France du très beau film, si pathétique, d’Andrzej Wajda, boycotté dans notre pays de grande liberté. Le fait élucidé, l’interprétation commence. Si je dis que l’assassinat par des communistes de l’élite polonaise visait à éliminer des classes sociales dangereuses, comme leurs ennemis cherchaient eux-mêmes à faire disparaître une race jugée par eux maléfique, j’établis une identité entre les deux systèmes. C’est l’idée crédible qui est au coeur de la pensée d’Hannah Arendt, mais c’est une interprétation, ce n’est pas un fait. Les horreurs commises par le nazisme sont des faits. Assimiler l’extrême-droite au nazisme est un point de vue. Se servir de cette assimilation pour disqualifier un parti et des élus d’aujourd’hui qui n’ont aucun lien avec ce passé est ignoble. A un Maire PS qui s’en rendait coupable, un sympathisant FN répondait : « j’étais membre de la 2e DB qui a libéré Paris. Je ne vous permets pas ! »

L’instrumentalisation de l’histoire à des fins idéologiques consiste à élever une lecture de l’Histoire au rang de vérité historique, à la mettre au service des débats présents, à projeter les oppositions actuelles dans un passé mythique pour mieux justifier l’un des camps en lice aujourd’hui, avec parfois la volonté d’établir une vérité officielle, d’instaurer une censure implicite, qui peut aussi s’inscrire dans la loi et jouir de la protection des tribunaux. Alors la menace totalitaire apparaît sournoisement, drapée de sentiments généreux, pour étouffer la liberté de penser, et de manière essentielle pour les historiens, la liberté d’enquêter. C’est ainsi qu’il faut se libérer de l’idée que la Résistance était de gauche et la collaboration, de droite. Le Président Sarkozy avait lui même contribué à renforcer cette conception sommaire. En 2007, il avait cru habile de mettre en valeur le « jeune résistant communiste » Guy Mocquet. La mort tragique de ce jeune homme attachant mérite un infini respect. Mais son exécution a lieu en octobre 1941, après l’invasion de l’URSS par les nazis et à la suite des attentats communistes contre des officiers allemands, qui en sont la conséquence. Il est détenu depuis octobre 1940, pour avoir collé des affiches : c’est un opposant communiste à Vichy plus qu’un résistant. En revanche, également à la suite d’ attentats, un officier de marine français est fusillé en Août 1941. Honoré d’Etienne d’Orves rejoint De Gaulle en 1940, débarque en Bretagne et fonde un réseau de renseignement. Il se bat contre l’occupant : c’est un résistant, royaliste, qui comme le colonel Rémy et beaucoup d’autres était proche de l’Action Française. Il avait été arrêté en Janvier 1941. Au moins le communiste Aragon a-t-il mêlé ces deux mémoires, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas, mais je crains fort que la génération actuelle risque d’inverser les rôles de celui qui était résistant et de celui qui ne l’était peut-être pas. Enfin, pour éclairer l’ignorance de Mme Hidalgo, on pourra rappeler que sous l’occupation, il y a bien eu un Front National, mouvement résistant d’origine communiste, et un Parti Frontiste, celui du vichyste notoire, Gaston Bergery, député radical-socialiste, engagé avant-guerre dans le « Front Commun contre le Fascisme » et qui prétendait fonder un parti unique pour soutenir le Maréchal Pétain ?!?

Paul Valery écrivait :  » l’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. » Alors, pitié pour elle et les historiens ! Laissons les chercher et interpréter. Dans son réquisitoire contre l’idéologie victimaire, « la Tentation de l’Innocence », Pascal Bruckner dénonçait le ressentiment et l’intransigeance qui s’appuient sur la mémoire. Il est trop facile de justifier ou de condamner des attitudes présentes par une simplification abusive de l’Histoire. Il est plus difficile d’appréhender sa complexité, l’ambiguïté des acteurs, le cheminement de leurs choix. Il est, en tout cas, indispensable de procéder à une double démarche. La première consiste en une catharsis, celle à laquelle nous invite régulièrement Jean Sévilla, pour nous délivrer de « l’historiquement correct », de cette histoire officielle idéologique qui renforce les divisions et les repentances paralysantes du présent par une lecture sélective du passé. La seconde découle de la formule de Charles De GAULLE : « on ne fait pas l’Histoire avec des vérités, mais avec une ambition ». L’interprétation historique qui respecte les faits mais sauvegarde une ardeur nécessaire à la construction de l’avenir va dans ce sens : la vraie France, la France légitime était à Londres en Juin 1940. Le reste, dans le chagrin et la pitié était nul et non avenu.

2 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 30 septembre 2012 18 h 45 min

    On sait aussi que Jean-Marie Le Pen fut condamné à 200.000 € de dommages et intérêts pour avoir dénoncé le révisionnisme des historiens de gauche.

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  2. Thibault Loosveld - 9 octobre 2012 19 h 59 min

    Caroline Fourest est-elle une nostalgique de l’ultra-gauche collabo qui réclama à Pierre Laval la fusion de la France et de l’Allemagne nationale-socialistes ?
    http://www.fdesouche.com/325185-caroline-fourest-une-confusion-totale-dans-un-pays-ou-lon-extermine-6-millions-et-de-juifs

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