La droite est légitimiste, pour la restauration d’un ordre juste !

Il est devenu courant d’affirmer que la droite et la gauche en politique sont des notions relatives, certains allant même jusqu’à penser qu’elles n’ont plus de sens. Récemment Roland Hureaux parlait d’une inversion des pôles avec une droite devenue rebelle et contestataire, parce que populaire, contre une gauche conformiste et bourgeoise. Ce chassé-croisé entre les thèmes et les partis se constate aisément. La décentralisation était plutôt de droite avec  Maurras, puis est passée à gauche avec la régionalisation mitterrandienne. De manière plus surprenante, aujourd’hui, c’est la Russie dirigée par un ancien du KGB qui séduit plus les conservateurs que l’Amérique décadente et délirante. Attachés à leur clientèle électorale, les partis dirigés par des politiciens carriéristes cherchent à récupérer ce phénomène : la droite se veut populiste, et la gauche progressiste, étant entendu que le progrès dont il est question n’est nullement social, mais sociétal, visant plus l’élargissement du droit à l’avortement que la redistribution des richesses.

En fait, la boussole de la pensée politique indique toujours le pôle de droite. C’est seulement le paysage qui a changé. On date la naissance de l’opposition entre droite et gauche à la répartition qui s’est faite lors de la Révolution française, le 11 Septembre 1789, entre les députés de l’Assemblée Constituante qui étaient favorables au veto royal, placés à la droite du président, et ceux qui le refusaient, à sa gauche. La droite est foncièrement légitimiste. Elle repose sur l’idée qu’il y a un ordre juste qu’il faut préserver. Légaliste ou révolutionnaire, la gauche pense que le mouvement a la priorité, que rien ne doit s’y opposer, que ce fût le roi en 1789, que ce soit le peuple aujourd’hui. La loi doit s’imposer, qu’elle soit l’expression de la majorité, ou celle d’une minorité éclairée. Rien n’est plus faux que de croire que c’est le revenu qui fait la distinction entre l’homme de droite et celui de gauche, qu’il y aurait une droite bourgeoise et un “peuple de gauche”. Chez Balzac, le chouan March-à-terre ou le malheureux César Birotteau sont des représentants du “peuple de droite”. Birotteau est un commerçant, un parfumeur, militant royaliste qui est sur les marches de Saint Roch quand Bonaparte écrase l’insurrection monarchiste. Champion de la probité, assez vaniteux, il fait fortune grâce à son travail, à la maîtrise de son métier, et se fait ruiner avec beaucoup de naïveté par les hommes du droit et de la finance, mi-libéraux, mi-escrocs.

Comme on le voit aisément aujourd’hui, les grandes fortunes sont rarement conservatrices, puisque c’est sur le mouvement qu’elles se sont constituées, certaines carrément sur la spéculation. Le désordre accéléré de notre époque, où se succèdent les crises, est plutôt favorable à leur développement et à l’écart croissant entre les très riches et les pauvres. C’est la raison pour laquelle le souci de retrouver un ordre juste, qui est le fil conducteur de la droite, est devenu populaire, et dénoncé comme “populiste” par la bourgeoisie de gauche qui accapare les pouvoirs économiques, politiques et médiatiques. Cet ordre repose sur des idées simples, telles que la primauté du travail, le respect de la propriété, la liberté comme responsabilité des actes qui peuvent être récompensés ou punis, la solidarité entre les membres de la nation, la transmission des valeurs qui constituent le patrimoine identitaire d’un peuple, la défense de la famille traditionnelle sans laquelle la continuité du pays et de sa civilisation est menacée.

Chaque jour apporte son lot d’atteintes à cet ordre légitime, comme si le progrès devenait fou et tournait à l’envers sans en avoir conscience. Comment accepter par exemple qu’un propriétaire d’une résidence secondaire occupée par des squatteurs doive se livrer à des démarches administratives ou judiciaires complexes, heureusement simplifiées depuis quelques mois, pour retrouver la jouissance de son bien ? La propriété est un des quatre droits fondamentaux inscrits dans le préambule de notre constitution. Les trois autres sont : la liberté, la sûreté, et la résistance à l’oppression. Dira-t-on que la première est respectée lorsque l’expression est de plus en plus soumise aux tribunaux du politiquement correct, que les déplacements sont limités et contrôlés, que la technique permet le traçage des personnes ? Qui voudrait croire que la sûreté est assurée dans notre pays alors que des quartiers entiers obéissent à une autre loi ? Quant à la résistance à l’oppression, la répression féroce des manifestations de Gilets Jaunes ou la dissolution de “Génération Identitaire” montrent qu’une dictature qui ne dit pas son nom, qui est faite d’une inégalité de traitement  inspirée par l’idéologie et qui peut aller jusqu’à la préférence étrangère, s’est installée en France.

Alors, avec beaucoup de cohérence, la vraie droite, légitimiste, conservatrice, nationale, a retrouvé la voie de la contestation, voire de la rébellion. Péguy disait : “L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude. ” La liberté est une idée ancrée à droite, contrairement à l’égalité, et elle consiste à choisir de se conformer à l’ordre quand on le croit juste, mais à refuser de s’y soumettre lorsqu’il n’est que le visage trompeur du désordre et de l’inversion des valeurs. De ce point de vue, De Gaulle, le 18 Juin 1940, était typiquement un homme de droite.

 

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4 commentaires

  1. Ce qui ne l’a pas empêché de mettre plus tard des communistes dans son gouvernement, ce qui prouve que le Général plutôt que la “droite” ou la “gauche”, savait surtout regarder “devant” lui.

    1. Le problème est le double sens du mot libéral : si vous le prenez au sens de la liberté responsabilité qui privilégie la liberté d’entreprendre et de communiquer, la droite est libérale, mais elle le l’est pas au sens du libéralisme libertaire pour lequel la liberté est avant tout libération du passé, de la tradition, des valeurs qui dépassent l’individu.

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