Fêter Moins pour Travailler Plus !

images (32) Le mois de Mai engendre une bousculade de dates anniversaires. C’est d’abord l’occasion de jours fériés, voire de ponts qui donnent de notre pays cette image sympathique où l’on aime davantage le repos ou les loisirs que le travail, où les entreprises sont difficiles à joindre, mais où Dieu est heureux, comme disaient les Juifs allemands, à défaut que les Français le soient. La croissance française est insuffisante, mais chaque jour non travaillé dans l’industrie coûte 0,4 point du PIB, selon l’OFCE. Le Docteur Tant Mieux rappelle aussitôt que le tourisme et le commerce compensent. La perte ne serait que de 0,06 à 0,18 points. Et comme les Français sont très productifs, c’est bien qu’ils se reposent. Ces remarques béates ignorent superbement que notre problème le plus grave est l’effondrement de notre industrie et que les Français ne sont plus productifs que par défaut, parce qu’ils sont moins nombreux à travailler, et pendant moins longtemps. Il serait donc temps de pratiquer des coupes claires dans ces jours perdus pour la compétitivité du pays et qui déséquilibrent les rythmes scolaires de nos enfants.

La mémoire surchargée peut être un handicap pour l’intelligence. Beaucoup de pays n’ont pas avec l’Histoire de rapports aussi tordus et compliqués que la France actuelle.  Beaucoup de pays ne chôment pas autant que nous. Ainsi, le 1er Mai n’est pas férié partout. Il ne l’est ni en Israël ni aux Pays-Bas, par exemple. Que célèbre-t-on chez nous ? Le Travail, et la concorde sociale, façon Vichy, ou les Travailleurs et les conquêtes sociales issues de la lutte des classes, façon Cgt ? C’est le jour des médailles ou des défilés ? Les pays anglo-saxons fêtent le travail un autre jour. On n’imagine pas supprimer cette célébration en France, mais serait-il si absurde de la déplacer au Samedi suivant, pour éviter au moins les « ponts » ? Cette année, le 8 Mai tombe également un Jeudi. Là encore, c’est dix ans après la guerre qu’on a instauré le 8 mai. Cette célébration d’une seconde, et définitive victoire contre l’Allemagne, a été supprimée par Giscard alors que le couple franco-allemand guidait l’Europe. Mitterrand l’a rétablie comme date de la victoire sur le nazisme. Pour un gaulliste, le symbole est fort, car sans de Gaulle, la France libérée par les alliés et sous administration militaire américaine n’aurait eu aucune place à la table des vainqueurs. Mais cette victoire a aussi été celle du totalitarisme concurrent du nazisme qui a opprimé la moitié du continent et menacé l’autre durant 45 ans. Certains souhaiteraient glisser d’un jour pour fêter l’Europe, née de cette menace, le 9. Je doute que l’enthousiasme soit au rendez-vous. Cette année, j’avoue avoir été frappé par la veille plus que par le lendemain. Le 7, c’était le soixantième anniversaire de Dien Bien Phu, le dernier de nos désastres militaires qui a été aussi le début d’un calvaire atroce pour les prisonniers français de Giap, dont Fabius a cru devoir saluer la disparition. Il y a un lien entre ces trois dates : la légèreté, l’irresponsabilité, le cynisme des politiciens qui depuis longtemps dirigent notre pays en le conduisant systématiquement à l’échec : humiliée en 1940, en 1954, la France est aujourd’hui à la traîne dans la guerre économique. Je ressens, devant le faste de nos cérémonies commémoratives, l’impression d’une imposture, d’une usurpation de la part de ceux qui les président. Ce sentiment devient une exaspération lorsque ce sont les mêmes qui réclament de la France qu’en plus, elle se repente en d’autres occasions, les mêmes qui aujourd’hui réduisent les budgets militaires en exposant davantage la vie de nos soldats.

C’est pourquoi, il me paraîtrait plus juste de ne célébrer qu’une seule journée du souvenir. Le 11 Novembre est la victoire d’un peuple resté uni pour demeurer libre et retrouver son intégrité. Ce peuple a payé cette liberté au prix du sacrifice d’1,5 Million de morts. C’est le plus lourd de notre histoire. Dans cette journée se croisent les deux valeurs que l’on doit célébrer : le souvenir de ceux qui sont tombés et la liberté pour laquelle ils se sont battus. Pour le reste, il n’est guère de jour qui ne soit une date anniversaire. Le 8 Mai, c’est la délivrance d’ Orléans par Jeanne d’Arc, le 18 Juin, c’est l’Appel, mais c’est aussi Waterloo. Il ne serait pas absurde qu’en dehors des deux fêtes nationales, celle des vivants et celle des morts, commémorant le 14 Juillet 1790 et le 11 Novembre 1918, il y ait des célébrations plus régionales. Qu’Orléans ait ses Fêtes Johanniques et Nîmes sa Feria ne doit pas mettre au repos la France entière. Plus celle-ci se retrouvera pour des Fêtes Nationales, d’autant plus intenses et chargées de sens qu’elles seront rares, plus le sentiment d’appartenance nationale l’emportera sur le simple plaisir de faire le pont plutôt que d’en construire.

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5 commentaires

  1. Djefbernier - 8 mai 2014 19 h 34 min

    « J’avoue ressentir dans le faste de nos cérémonies commémoratives l’impression d’une imposture, d’une usurpation de la part de ceux qui les président. »
    Sans parler de la France, et des autres encore à venir!

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  2. Thibault Loosveld - 8 mai 2014 21 h 44 min

    Vient de paraître:
    http://www.youtube.com/watch?v=Ki38KqEHSck
    Qui est Manuel Valls ? Aux côtés du président socialiste, la dernière chance de la France.

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  3. Thibault Loosveld - 8 mai 2014 22 h 29 min

    http://www.youtube.com/watch?v=B0Emk02kY5g

    Rappelons que le ministre de la défense nommé par le président socialiste refusa de recevoir les familles de victime de Merah. Rappelons aussi que des juges, c’est à dire des gens de gauche, remirent en liberté les complices de Merah avant qu’ils aient été interrogés. Rappelons enfin qu’entre Septembre et Décembre 2011, Philippe Meunier adjurait au Gouvernement de François Fillon de sanctionner des magistrats qui venaient ostensiblement de donner des permis de tuer.

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  4. Yaz - 17 septembre 2014 12 h 40 min

    Face aux propositions provocantes du Medef et des nantis en général, le peuple ne peut que vomir le libéralisme si il n’y a pas nécessaires contreparties. En effet, supprimer un smic qui ne sert qu’à survivre (et encore!) ou des jours fériés, ne résoudra pas la pauvreté! il faut également et surtout baisser le coût des loyers qui engloutissent jusqu’à 50% des maigres revenus de ces smicards et autres « à peine plus que le smic ».
    70% des salariés français seraient éligibles au logement social et combien obtiennent un HLM?…à quand un plan Marshall pour le logement? à quand la fin de la spéculation sur un bien vital? idem pour les produits de base alimentaires où le prix des fruits et légumes a explosé depuis l’euro?! à cause de cela, les salariés pauvres ou modestes se privent de soins et d’alimentation correcte afin de ne pas se retrouver à la rue (il y a des SDF salariés!!). A qui profite ce crime?

    De plus, en supprimant le smic déjà peu incitateur à travailler (les gens sont pauvres mais pas assez pour être aidés, surtout seuls), il vaudra mieux demander le RSA, ses innombrables gratuités sociales (CMU, pas d’impôts locaux, transports en commun gratuits dans certaines villes, etc..), profiter du temps libre pour se cultiver, se reposer et/ou travailler ua black en sus : le calcul est vite fait!
    A quand un revenu de base pour tous alors? http://revenudebase.info/
    Ce serait moins avilissant et nombre de personnes pourraient alors s’investir dans des activités sociales, non rentables à court terme mais à moyen et long termes.
    De toutes façons avec l’économie numérique qui supprime nombre d’emplois, plus l’industrie qui se casse la figure, il n’y aura plus assez de travail pour tout le monde!

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    • vanneste - 11 octobre 2014 7 h 41 min

      Cette vision ultra-pessimiste par son diagnostic et totalement utopique par son remède serait à prendre en compte si tous les pays connaissaient la même situation. Tel n’est pas le cas.

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