Encore un carreau de cassé, voilà Ayrault qui passe…

imagesUne politique sans moyens n’est qu’un discours. Des moyens sans politique ne sont qu’une dépense inutile. Une politique qui contrecarre systématiquement l’usage des nouveaux moyens est une absurdité et un scandale. On pourrait reprocher aux gouvernements prétendument « de droite » d’avoir choisi la première formule avec des paroles musclées suivies d’une diminution des effectifs de police dans le cadre de la RGPP. L’annonce de nouveaux moyens dans un contexte budgétaire difficile est, en revanche, un rituel de la gauche dans tous les domaines, y compris à présent dans celui de la sécurité à Marseille. Ce rite avait déjà été accompli en Septembre 2012, sans que l’on se soit soucié de ses effets. L’accroissement du nombre des policiers, ni celui des magistrats n’auront le moindre résultat si une politique globale policière et judiciaire n’est pas instaurée avec cohérence et fermeté. Or, la ligne idéologique de la gauche et de Mme Taubira en particulier va exactement au rebours de cette volonté. Le signal donné par l’annonce du Projet de Loi Taubira a déjà été entendu dans des prisons comme Blois ou Chateaudun, où le pouvoir est pour le moins partagé entre administration et caïds. Téléphones portables, drogue circulent en toute impunité après la suspension des fouilles au corps évidemment nécessaires. Des mutineries ont éclaté. Que vaut un Etat incapable d’imposer l’ordre dans des lieux de détention ? Comment veut-on rendre efficaces les policiers, quelque soit leur nombre, comment veut-on les motiver si les peines sont insuffisantes, demeurent inappliquées au prétexte de la surpopulation carcérale, et si le régime d’aménagement et de diminution des incarcérations est rendu plus laxiste encore ?

L’exemple d’une amélioration très sensible de la sécurité a pourtant été donné lorsque Rudy Giuliani, élu Maire de New York, après avoir été Attorney Général du District Sud, a mis en oeuvre la politique suggérée par George Kelling, un criminologue enseignant et chercheur à Harvard. Contrairement aux idées diffusées sournoisement par notre microcosme idéologique, Giuliani avait assis sa réputation de Procureur sur la lutte contre la corruption, la criminalité en col blanc, y compris lorsqu’il s’agissait de poursuivre des gens liés au Parti Républicain dont il était membre. Elu de justesse dans une ville démocrate, il a su concevoir et pratiquer une politique d’ensemble dont la sévérité répressive est soulignée à juste titre, mais qui comprenait aussi la rénovation de certains quartiers, et des actions sociales et éducatives. En fait, le point central de son action a consisté à miser sur la responsabilité des acteurs, tous les personnels chargés, de la coproduction de la sécurité, desquels il a été exigé fermeté et correction, et délinquants, coupables et responsables de leurs actes. Comme le dit Alain Bauer, la première cause du crime, c’est le criminel. La culture de l’excuse et de l’accompagnement maternant est un encouragement à la délinquance accentué par l’impunité et la démobilisation des policiers et des magistrats. Deux formules illustrent habituellement la politique de Giuliani : la Tolérance Zéro et la Vitre Cassée. La première consiste à assurer une réponse pénale systématique et rapide qui exclut la récidive : celle-ci, même pour des vols bénins conduit en prison. La seconde enraye toute velléité des délinquants de s’approprier un territoire en y affichant les marques de leur domination. Toute déprédation doit être réparée, tout tag effacé. Le déploiement de cette stratégie a été confié à William Bratton, ancien chef de la police de Boston à qui l’on a donné les moyens d’atteindre les objectifs : les effectifs policiers sont passés de 27000 à 39000 entre 1990 et 1999. Les vérifications d’identité ont été multipliées. Des interventions en milieu scolaire pour école buissonnière ont été effectuées. Les statistiques des faits et des résultats ont été méthodiquement tenues à jour. Les espaces publics, comme le métro, ont été réinvestis et sécurisés. Comme l’indique Sophie Body-Gendrot dans « Les Villes face à l’insécurité », des solutions pragmatiques ont été adoptées :  » le waiving… qui consiste à traduire les prévenus mineurs devant des tribunaux pour adultes » ou encore :  » Pour faire face au surpeuplement carcéral…d’anciens bateaux ont été transformés en prisons flottantes ». A la fin de 1997, en effet, 69500 personnes étaient incarcérées dans l’Etat de New-York contre 12500 en 1973. Les homicides, les vols de voitures, les cambriolages, etc..ont chuté de plus de 60% en sept ans !

Une telle réussite n’a été possible que par la volonté commune de tous les acteurs, le gouverneur républicain de l’Etat, G. Pataki, le maire, leurs services et jusqu’aux habitants, constitués en « comités d’habitants » qui coopèrent avec les îlotiers pour élaborer plus finement la stratégie propre à un quartier. L’autonomie et la responsabilité des responsables locaux aux Etats-Unis leur permettent de s’attaquer aux problèmes d’une manière plus cohérente et volontariste que chez nous. La traversée de l’Atlantique est sur ce point désespérante. Comment M. Désir peut-il accuser le Maire de Marseille d’une quelconque responsabilité dans un domaine où il n’a contrairement à Giuliani à Harlem, aucune compétence ? Massivement l’idéologie au pouvoir et celle qui domine dans le microcosme universitaire, médiatique et parisien frémit d’horreur devant la politique de Giuliani et est prêt à tout pour en contester les résultats. On a été jusqu’à défendre l’idée que la génération post-avortement, celle des enfants « voulus » était moins violente pour expliquer la baisse de la délinquance : théorie fumeuse et tordue à la fois destinée à faire coup double contre l’affreux conservatisme . Malheureusement, ceux qui ont fait parfois référence à l’action de Giuliani, comme Sarkozy et son entourage, se sont contentés des discours sans les actes. Les troïka police- politique- justice, variables dans le temps et dans l’espace sont attelées à des chevaux capricieux, ombrageux qui n’entendent pas souvent aller dans la même direction. Comment expliquer que Sarkozy, le « sécuritaire », l’homme des Halls d’immeuble et des peines-planchers soit aussi celui de la loi pénitentiaire laxiste de 2009 ? La solution existe donc mais elle demande ce qui manque le plus dans notre cher et beau pays : le courage et la volonté !

 

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