L’Afrique souffre surtout d’une décolonisation précipitée. (1)

L’obsession covidienne, les moulinets macroniens sur l’Europe, l’enlisement malien, l’abcès ukrainien, à la porte de l’Europe et sur le territoire de la vieille Russie saturent l’information. Une certaine attention est portée aux malheurs des Ouighours en Chine, mais qui parle de la menace islamiste qui se répand comme une traînée de poudre le long de la côte africaine de l’Océan Indien ? Un commando de l’ASWJ, les djihadistes “locaux” s’est emparé du port de Palma au Mozambique. En Août 2020, ils ont pris celui de Mocimbo da Praïa, plus au sud. Cela se passe dans la région du Cabo Delgado dotée de gisements gaziers très importants, et où se situe un site d’exploitation de Total. L’absence de réaction occidentale illustre la décadence actuelle : les moyens matériels et humains d’intervenir existent, les raisons de l’intervention sont multiples de la lutte contre l’islamisme à la sauvegarde de nos intérêts économiques en passant par la protection des habitants et des expatriés occidentaux. Des civils ont été tués, des chrétiens notamment. Le Portugal, l’ancien colonisateur, a envoyé 60 militaires. Si la colonisation est condamnée avec de plus en plus de vigueur, l’ex-colonisateur est appelé au secours quand l’ex-colonisé décolonisé depuis 45 ans est incapable de protéger sa population… Mais l’Occident a peur de son ombre et de son passé.

Ces événements minimisés par la presse appellent une réflexion plus urgente que la repentance maniaque à laquelle se livre l’histrion élyséen empêtré dans sa gestion calamiteuse du covid entre bricolage et verbiage. Jetons d’abord un regard sur le passé : entre 1900 et 1914, l’Europe dominait le monde entier, notamment à travers ses colonies, britanniques, françaises, allemandes, néerlandaises, portugaises et belges, essentiellement. L’Italie s’y mettait. L’Espagne, en revanche, se repliait après avoir perdu Cuba et les Philippines face aux Etats-Unis qui complétaient avec le Japon et la Russie ce club des maîtres de la planète. Le film “Les 55 jours de Pékin”(1963), impensable aujourd’hui, retrace le siège des légations en 1900 par les Boxers avec le soutien de la cour impériale chinoise et leur écrasement  par un corps expéditionnaire réunissant Européens, y compris les Austro-Hongrois, Américains, Japonais et Russes, huit Etats “modernes” agissant au nom de la civilisation, de la domination et de la prédation, bref de l’impérialisme. Quelques années plus tard, ce beau monde vole en éclats, quatre empires succombent sous des millions de cadavres. Deux puissances nouvelles surgissent en arrière plan, la première économique qui joue un rôle considérable et idéologique dans les traités de paix qui suivent la première guerre mondiale, puis se désintéresse de leurs conséquences, les Etats-Unis. La seconde, révolutionnaire, d’abord isolée, puis revenant en douce à la table des grands, l’URSS. Les traités désastreux entraînent la seconde manche du conflit, et cette fois, ce sont les deux grands de l’entre-deux guerres, la France et le Royaume-Uni, puissances coloniales, qui s’effacent. Les Etats-Unis et l’URSS sont les nouveaux maîtres de la planète. L’Angleterre, apparemment victorieuse mais épuisée par l’effort, va progressivement abandonner son empire colonial. Ses colonies de peuplement resteront des membres de la famille, les terres d’exploitation obtiendront leur indépendance mais demeureront liées à Londres sur le plan économique, les Indes dans le déchirement entre Hindous et Musulmans seront appelées à jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale. Le Commonwealth conservera les vestiges de l’Empire et notamment la suprématie de la langue anglaise. La France terrassée en 1940, hissée parmi les vainqueurs par le génie de de Gaulle, prolongera ses rêves d’empire, s’enlisera dans deux guerres coloniales qui témoigneront l’une et l’autre d’une gouvernance chaotique et irresponsable. La France, la Belgique et le Portugal rateront la décolonisation. Le Mozambique immense colonie portugaise dont la capitale se situe à l’extrême-sud et qui voit aujourd’hui se combattre, 1700 kilomètres plus au nord, les ethnies majoritairement chrétiennes ou islamiques, non loin de Zanzibar, qui fut le grand marché de la traite négrière arabo-musulmane, est l’exemple même de ce ratage. Le Portugal fut le premier colonisateur de l’époque moderne : ses explorateurs firent d’abord le tour de l’Afrique, puis celui du monde, installant de nombreux comptoirs sur trois continents que lui disputèrent Hollandais et Anglais, sans pénétrer profondément les territoires. Après avoir perdu le Brésil devenu empire avec les monarques de la famille royale de Bragance, le Portugal conserva ses colonies africaines largement découpées sur le continent sous la protection du grand allié britannique dont elles complétaient la collection.

Lorsque Londres lâcha prise, les possessions portugaises de l’Angola et du Mozambique servirent de contreforts à l’Afrique du Sud, celle des colons de l’Apartheid. En 1975,  l’apogée de l’Empire soviétique, la défaite américaine au Viet-Nam, et l’année précédente, le coup d’Etat militaire à Lisbonne les placèrent dans l’orbite communiste par le biais de mouvements révolutionnaires marxistes, le MPLA et le Frelimo, mais d’autres mouvements étaient plutôt soutenus par les Américains comme le FLNA. Les deux plus grands colonisateurs de la planète jouaient, masqués, la carte de la libération et de la domination. L’URSS avait intérêt à soutirer ces pays du joug des puissances coloniales appartenant au camp occidental. Les Etats-Unis cherchaient aussi à favoriser l’indépendance des colonies pour étendre leur influence aux dépens des Soviétiques quitte à se brouiller temporairement avec les alliés occidentaux. L’effondrement du bloc soviétique laissa le champ libre à Washington qui poussa ses pions en Afrique centrale. L’arrivée des mouvements djihadistes sur la scène internationale, après leur succès en Afghanistan, le réveil de la Russie, la puissance émergente de la Chine ont depuis redessiné la géopolitique et multiplié les foyers de tensions et de conflits. De vastes pays peu structurés, ethniquement composites, au sous-sol ou aux eaux territoriales riches, et dirigés par des oligarchies prédatrices, offrent aux intérêts concurrents de vastes champs d’exercice. Ce n’est pas la colonisation plus ou moins bénéfique qui est à l’origine de la situation actuelle : passage obligé, elle maintenait l’ordre et assurait le développement. La décolonisation bâclée, sous pression extérieure, dans des pays artificiels, est la première cause des malheurs que subissent les habitants du Mozambique, comme de bien d’autres pays africains. (à suivre)

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4 commentaires

  1. Tous les pays du monde sont “artificiels” puisque les limites territoriales sont le plus souvent l’œuvre des hommes au fil de l’ histoire.

    1. C’est justement ce qui distingue les pays les uns des autres. Ils sont pour beaucoup le résultat de la volonté politique qui a animé le pays, de ses réussites avec les annexions et de ses échecs. La France a été construite essentiellement par les rois et Richelieu avait voulu réaliser le pré carré en renforçant la frontière du nord jusqu’au Rhin pour retrouver les limites de la Gaule. C’est la meme chose pour de très nombreux pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique par exemple les limites des pays d’Amérique latine comme le Paraguay ou la Bolivie résultent des guerres et des traités. Ce n’est pas le cas de l’Afrique où les frontières ont été dessinées arbitrairement par les colonisateurs sans tenir compte des ethnies existantes. La lente création de l’histoire à partir d’une base géographique, ethnique, linguistique s’oppose à la création artificielle par un dessin sur une carte, comme la frontière entre l’Irak et la Syrie décidée par les Anglais et les Français sans tenir compte des populations.

    2. oui mais il aurait été judicieux , en fixant les limites géographiques des colonies, de tenir compte de l’implantation des etnies locales

  2. Je ne peux pas vous laisser dire cela concernant plusieurs pays africains…dont les frontières ont précisément été normalisées avec l’assentiment des populations locales par certains responsables des colonies françaises et britanniques.

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