Carnet de Route (III)

Cinquième étape : Lyon. J’aime beaucoup cette ville, plus secrète, moins clinquante que Paris, cette capitale de la Province aux pieds de la colline qui prie et de celle qui travaille, avec ses traboules et ses bouchons, mais aussi ses quartiers élégants et sa place Bellecour dominée  par une statue équestre de Louis XIV, ville dont je me sens proche puisque rebelle et conservatrice à la fois : martyrisée sous la Révolution par les canonnades du sinistre Fouché et trois fois le théâtre de la dure répression des ouvriers textiles, des « canuts », les cousins soyeux de ceux qui à Roubaix-Tourcoing travaillaient la laine. Lyon, une ville de droite, passée comme Paris à gauche, en raison des divisions de la droite. En compagnie de Jean-Pierre Retord, secrétaire national du RPF, j’ai rencontré les uns et les autres, les « Millonistes » de Lyon Divers Droite et les Umpistes. On se souvient du lâchage de Charles Millon par Chirac lorsque le premier avait tenté de garder la Présidence de la Région en s’alliant avec le FN. Ce conflit stupide a permis à une gauche intelligente de s’installer à Lyon, les « Millonistes » gardant deux mairies d’arrondissement. Il est vrai que l’UMP ne voulait pas perdre son âme. Ce serait admirable, si elle en avait une, elle qui détient le triste record du cerveau de droite le plus bête du monde. Il faudrait toutefois s’assurer, pour authentifier le record, qu’elle eût un cerveau et qu’il fût de droite.

Rencontre avec Alain Sandler, le Président du Cercle des Citoyens  Français, auteur d’un ouvrage, » les Résistants », qui promeut cette idée que je défends et pour laquelle j’ai rédigé une Proposition de Loi, le Referendum d’initiative populaire. Il y aurait là un vrai levier pour les Réformes, celles qu’il faut absolument réaliser, et celles qui sont inutiles ou nocives. La compétitivité, et le choc indispensable, d’une part, l’absurde mariage entre personnes du même sexe de l’autre ! Les Français, s’ils étaient habitués à voter comme les Suisses répondraient avec le temps nécessaire à la réflexion et sans en faire un plébiscite, et leur réponse serait la bonne. Déjeuner dans un bouchon lyonnais avec le Conseiller Régional et Municipal du 2ème arrondissement, Patrick Louis, vice-président du MPF, Alain Guillon, président du CNI du Rhône, Christophe Limousin, Adjoint du 2ème, et Christian Potier, RPF, président du très sarkozyste club des Amis de Carla et Nicolas. Ce fut encore un moment de convergence entre militants de droite non-extrême, mais déçus par le désert intellectuel de l’UMP. Si la Droite Populaire avait fonctionné, elle aurait eu la vocation de rassembler ces orphelins de la vraie droite, du conservatisme, qui n’est pas un gros mot, mais la solution ! Accueil très sympathique, ensuite à la Mairie du 6ème arrondissement par le Maire, Jean-Jacques David et son « lieutenant », Cyrille Bouvat. Encore un élu de terrain, enraciné dans son quartier, mais animé par des valeurs fortes, avec en creux, la démonstration du gâchis  de la division lyonnaise de la droite. Pourquoi l’UMP a-t-elle rejeté de tels talents ? C’est la question que je pose à mon ami Philippe Cochet Député-Maire de Caluire et Cuire qui nous reçoit au siège de la Fédération UMP, où je me sens chez moi par l’accueil des militants. Ils ne sont pour rien dans la trahison que j’ai subie. L’UMP se porte bien dans le Rhône, moins bien à Lyon même, car la cicatrice des régionales et des municipales n’est pas refermée. L’UMP gagne nationalement, mais pas localement. Je connais çà.

Nous sommes le 9 Novembre : en route pour Colombey. Nous y arrivons, venant du sud et rejoints par un groupe d’Orléans, après Florian Philippot, du FN, venu à titre personnel, et avant Jean-François Copé et Nicolas Dupont-Aignan : je dépose une gerbe au pied de la tombe du Général et réponds aux questions des journalistes. L’évènement du jour, c’est la présence d’un élu du FN. Des militants UMP tiennent à conserver pour eux seuls le privilège de célébrer leur grand homme. Je ne partage pas cet avis. Ma génération n’a pas pu participer aux derniers affrontements entre gaullistes et partisans de l’Algérie Française. Par la suite, devant la chienlit de 68, et la décadence générale du pays, je ne vois pas ce qui sépare les militants politiques de droite, sauf la présence à droite d’hommes et d’idées de gauche. Les premiers résistants étaient pour beaucoup très à droite comme beaucoup de vichystes et de collaborateurs appartenaient à la gauche déliquescente de la IIIème République. Le Général, lui, se voulait au-dessus des partis. Si ceux qui l’ont combattu lui rendent hommage désormais, c’est une reconnaissance qu’il faut apprécier, et dans le pire des cas y voir le salut du vice à la vertu. Quant à l’UMP, non seulement, elle n’est plus le RPR qui se réclamait du Gaullisme, mais sur la plupart des sujets elle a adopté les positions « équilibrées », c’est à dire immobiles du centrisme le plus mou lorsqu’elle est au pouvoir : RPR, en campagne et UDF aux affaires, ce parti totalement impliqué dans la dérive européenne et ne cessant de se référer à la pensée de gauche n’a plus aucun rapport avec le Gaullisme. Il n’a dans le fond,  guère qu’une qualité : il est dans l’opposition qui redore son blason à peu de frais.

Commencer à Paray-le Monial, finir à Colombey,  aller du Saint au Héros, c’est donner à un voyage son sens profond. Notre société tombe dans l’individualisme médiocre, le matérialisme consumériste, le nihilisme des valeurs et la « culture de mort ». Le conservateur que je suis pense au contraire que la vie, la vie humaine ne peut triompher que si elle est animée par des idées, par un souffle spirituel, que si elle a une âme qui sait distinguer ce qui est sacré de ce qui ne l’est pas. C’est le paradoxe du conservatisme que de puiser par les racines les plus profondes, ce « génie du renouveau » auquel se référait le Général  et qui constitue l’essence du Gaullisme.

1 commentaire

  1. Thibault Loosveld - 10 décembre 2012 23 h 56 min

    @ Monsieur le Député:

     » Ils ne sont pour rien dans la trahison que j’ai subie.  »

    Pensez-vous que Christian Jacob, en accepant ce court mais fatidique débat télévisé face à DSK, ait pu donner au Parti Socialiste son signal de départ pour la campagne présidentielle ?
    Si vous le croyez, alors le Député Gérald Darmanin siège dans un groupe parlementaire orbitant autour de la majorité présidentielle…

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