Un totalitarisme paradoxal ?

Dictature ? Totalitarisme ? Les opposants à l’obligation vaccinale déguisée en interdictions, discriminations et sanctions soumises à la possession d’un passeport sanitaire ont souvent affaibli leur position par l’emploi de termes excessifs aux yeux de la majorité des médias et donc de l’opinion publique. Toutefois la mobilisation contre les mesures jugées liberticides semble s’amplifier et se durcir. La raison ne s’en trouve pas dans l’irresponsabilité et l’ignorance des réfractaires, mais bien dans la dérive d’un pouvoir qui n’est peut-être ni une dictature, ni encore moins un totalitarisme, mais qui connaît une dérive de la démocratie vers de tels régimes.  La conjonction du quinquennat et de l’élection d’un personnage atypique a permis la dérive dictatoriale. L’élection des députés dans la foulée de celle du président a anéanti ce qui restait de la séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif. Néanmoins, jusqu’en 2017, les députés avaient encore une existence propre. Souvent élus et réélus dans leurs fiefs où ils détenaient un mandat local, ils étaient pour beaucoup issus du même parti que le Président dont ils étaient les pairs plutôt que les commis. En 2017, à la suite d’un coup d’Etat médiatico-judiciaire, c’est un nouveau-venu qui a remporté l’Elysée et qui a été doté par une majorité relative de Français d’une majorité au Palais-Bourbon de députés appartenant au parti qu’il venait de créer. Ces hommes et ses femmes, socialistes assurant leur survie, opportunistes de “droite” sauvant leur carrière, et miraculés de la société civile, lui doivent tout. Rares seront ceux qui auront conscience de leur bévue : le plus souvent ils appartiendront à la troisième catégorie, et seront venus au macronisme avec la foi des convertis, sans souci de leur ancrage “professionnel” dans la politique. Déçus, trahis, ils le clament et sont exclus. L’Assemblée est devenue une caisse enregistreuse. Lorsque le compte n’y est pas, faute de présence et qu’un amendement passe contre l’avis du gouvernement, on vote à nouveau et le garde-à-vous est rétabli. Le président de l’Assemblée, socialiste, mis en examen, veille à la discipline des troupes et à son propre avenir. Le Sénat sauve l’honneur, mais tout le reste et perdu, puisqu’en dernier ressort, c’est l’Assemblée et son montreur de marionnettes à l’Elysée qui décident ! La personnalité particulière de ce dernier accentue le phénomène : parvenu trop vite au pouvoir, sans expérience, notamment celle des échecs indispensables pour mûrir, Narcisse, roi, ne peut cacher son mépris pour les autres, et ne réagit qu’en niant ses fautes, en noyant la contestation sous ses discours et enfin en faisant donner la garde. L’épisode des Gilets Jaune, faute  de concertation et d’empathie, s’est épuisé dans une dérive extrémiste et violente sans doute organisée et a été submergé par le déluge verbal présidentiel des prétendus grands débats.

L’épisode du covid a vérifié le diagnostic. Une série de fautes a été niée avec entêtement : la disparition des masques, le manque de lits de réanimation, l’interdiction des traitements, la mise entre parenthèses des médecins libéraux, l’insuffisance des tests, la confusion de la stratégie vaccinale, la lourdeur excessive des confinements et couvre-feux, le tout ponctué par des interventions présidentielles chargées de donner le “la” à l’orchestre gouvernemental et au choeur des Français. La pandémie avait touché un quart des Français au mois d’Avril dernier. 110 000 en sont morts. L’écart des deux chiffres et le fait que les décès ont frappés essentiellement des personnes, très âgées et atteintes de comorbidités, montrent à l’évidence qu’il ne s’agit pas de la peste mais d’une maladie à laquelle l’immense majorité résiste par ses propres moyens. De là à penser que le grossissement du danger, l’amplification et la réanimation périodique de la peur, ne sont pas tout-à-fait innocents, mais procèdent d’une volonté délibérée d’utiliser le virus à des fins politiques, il n’y a qu’un pas. Le Président a retrouvé la maîtrise des horloges : c’est lui qui décide des ouvertures et des fermetures, des libertés et des interdits, et qui le fait pour le bien de tous qu’il est seul à connaître. Le troupeau, entrevoyant au bout du tunnel covidien, les vertes prairies de l’alpage applaudit en l’occurrence plus la prairie que le berger, mais sans vraiment percevoir sous quel régime il est en train de passer.

La tendance dictatoriale est donc évidente et le fait qu’elle soit approuvée n’y change rien. En revanche, peut-on parler de totalitarisme ? Pour Hannah Arendt, la marque même de l’Etat totalitaire c’est de considérer qu’il y a des hommes “en trop”, “superflus”, et l’on voit bien que l’idée de sauver les plus fragiles en contraignant tous les autres est exactement le contraire. Il faudrait se référer aux amis mondialistes de M. Macron pour lui faire un procès d’intention sur ce thème, mais la politique sanitaire actuelle va à l’encontre de l’idée qu’une humanité moins nombreuse, et plus forte, “transhumanisée”, est la voie de l’avenir. Toutefois, dans la gestion de la terreur virale, comme dans celle de l’angoisse climatique, il y a un élément qui, lui, devrait éveiller nos craintes : le triomphe de la pensée unique, certifiée par la science. Ceux qui nient le réchauffement climatique, ceux qui doutent du vaccin, ceux qui pensent qu’il y a d’autres solutions, ceux qui rappellent l’inviolabilité constitutionnelle des corps, ceux qui défendent la liberté contre la contrainte même apparemment bienfaisante, doivent se taire ! Le pouvoir parle le langage de la Science qui est la seule voie. Jusqu’à présent, les totalitarismes reposaient sur des idéologies qui soumettaient la science au risque de la ralentir et voici que le rêve saint-simonien d’un gouvernement de la science advient. C’est en cela que se niche le risque totalitaire : il n’y a pas de démocratie sans pluralisme. Mais rappelons aussi, avec Popper, que la science elle-même repose sur le doute et la contestation, et qu’en cela la démocratie est davantage son alliée que son ennemie.

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6 commentaires

  1. “Pour Hannah Arendt, la marque même de l’Etat totalitaire c’est de considérer qu’il y a des hommes “en trop”, “superflus”,”

    Malthus risquait-il de conduire au totalitarisme ?

    Certains régimes du milieu du XXe siècle ont considéré que des minorités leur posaient problème, ont cherché à les expulser puis les ont massacrées.

    Un peu plus tard, il a été tiré argument de cette période pour interdire, progressivement, la critique des minorités dans les pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, avec plusieurs conséquences dont la disparition des politiques de contrôle de l”immigration dans ces pays.

    En suivant le même processus à partir de définitions à l’emporte-pièce du totalitarisme, ne risque-t-on pas de s’interdire, par exemple, de demander aux pays dont la démographie explose de ne pas mettre en péril les autres, dans un contexte de possibles pénuries de ressources ?

  2. Je ne crois pas à une machination autoritariste des équipes de l’Elysée, mais à une manipulation des faits dans un but précis : tenir les statistiques sanitaires au-dessous de l’horreur médiatique. Emmanuel Macron fut sincèrement effrayé par les projections que lui remirent au départ de l’épidémie les mandarins de l’Académie de médecine ; je l’entends encore scander “quatre cent cinquante mille morts !”.
    Son gouvernement a pris tous les moyens à disposition pour bloquer cette catastrophe, la morale en l’affaire étant reportée aux lendemains meilleurs. Mensonges, déni de toute faute, achats en catastrophe, furent déployés “en même temps” qu’on approvisionnait le pays en vaccins, la seule arme capable de stopper le virus selon toujours les mêmes. Une chose peut expliquer les mesures en cours : l’exécutif a été convaincu de réagir immédiatement aux signaux faibles pour n’avoir pas à déployer des hôpitaux de campagne ensuite. Laissons-leur le bénéfice du doute.

    En résumé, c’est moins Macron qui est blâmable que les corps constitués autour des privilèges et immunités de leurs membres (on ne peut citer de nom tant la liste est longue), et je mise sur un affaissement tangible de l’autorité du corps médical dans les mois qui viennent, plus que celui du locataire de l’Elysée qui n’a fait que gouverner “son” pays, à vue ! Le spectacle donné sur les écrans par les professionnels spécialisés dans tout champ étroit de compétences à asséner des projections définitives, a ruiné toute admiration ou autorité des médecins.

    Il n’y a pas d’agenda dictatorial.

  3. @Catoneo : je vous laisse la responsabilité de vos commentaires cherchant à dédouaner Macron de toute responsabilité majeure dans le désastre sanitaire, politique, économique et démocratique que subit et va subir ce pays pendant probablement des décennies. En particulier, votre “Son gouvernement a pris tous les moyens à disposition pour bloquer cette catastrophe…” relève du militantisme que même LREM ne partage plus…
    Maintenant on ne peut que partager vos propos sur la responsabilité écrasante de la caste et des corps constitués qui entourent Macron qui ont commis erreurs (si ce n’est bien pire) en induisant en erreur ce président immature dont le caractère psychopathe semble chaque jour un peu plus se confirmer. J’en veux pour preuve son acharnement à insulter les français lorsqu’il est à l’étranger, comme il vient une fois de plus de le faire en traitant les non vaccinés d’ “irresponsables et d’égoïstes”.

    1. Je ne suis pas Macroniste et de loin, mais si j’ai dit que “son gouvernement a pris tous les moyens à disposition pour bloquer cette catastrophe…” cela n’était pas un premier pas vers la canonisation, mais un constat non amiable n’induisant pas que les moyens en question aient été suffisants ou utilisés à bon escient. En français facile : ils ont fait avec ce qu’ils avaient sur la table, ce qui était peu !
      Restera la question non résolue de la mise à l’écart des cliniques dans la séquence de haute tension et le cadrage excessif de la médecine de ville.

  4. Comme vous, je regarde l’effondrement de la démocratie en France. Outre, les décisions arbitraires et brutales applicables du jour au lendemain décidées par un déséquilibré mental, on ne peut que constater la faiblesse et la facticité des « contre-pouvoirs » chargés en principe de défendre les libertés publiques. Dans les faits, ces « contre-pouvoirs » ne fonctionnent plus ; pire, ils font semblant de fonctionner. Conseil d’État, défenseur des droits, CNIL, Sénat et sans doute bientôt conseil constitutionnel… vont avaliser sans broncher l’essentiel des mesures macroniennes. Partant, on est donc sorti de la démocratie pour entrer dans la kakistocratie c’est-à-dire le gouvernement des pires. Cela vaut pour la République française mais aussi pour la Vatican. Tous deux sont dirigés par des hommes foncièrement mauvais, animés par le Mal, acharnés à détruire. Mais le pire du pire est sans doute la cohorte de collaborateurs de ces nuisibles qui déploient autant de méchanceté que leur maître. L’Occident s’enfonce dans les ténèbres ; voilà le règne de l’Antéchrist.

  5. @ Ribus:

    Emmanuel Macron, c’est surtout le règne de l’amateurisme puisqu’à ce jour, la république en marche aura instauré jusqu’au prochain mois de Décembre des amortissements économiques français inconstitutionnels qui concernent le calcaire, la soude caustique. D’ailleurs, c’est si vrai qu’avant-hier, malgré le hasard météorologique, des spectateurs étaient admis dans le stade du standard de Liège sur une rive de la Meuse. La puérilité s’ajoute à l’absence d’activité parlementaire professionnelle car la restauration des accords de branche en droit français du travail signifierait le financement pour tous les citoyens de la vaccination contre le coronavirus mais aussi la fin d’un mouvement politique et le repère historique que j’utilise équivaut simplement à la durée de découverte du carbonate de chaux en tant que gain de productivité !

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