Non à la retraite à 67 ans !

Il est clair que l’Europe paie aujourd’hui le fait d’avoir été bâtie à l’envers. On a choisi l’élargissement voulu par les anglo-saxons pour faire le grand marché, au lieu d’opter pour l’approfondissement qui aurait permis à l’Europe de se consolider.  Paradoxalement, le passage à la monnaie unique pour certains pays a constitué un approfondissement sélectif, dont nous payons aujourd’hui le prix pour trois raisons.

D’abord, les critères d’entrée n’ont pas été respectés en raison de l’inefficacité de la bureaucratie bruxelloise. Ensuite, la convergence entre les pays de l’Euroland s’est infirmée plutôt que confirmée. Enfin, le maintien de la souveraineté monétaire a permis aux pays de l’Union Européenne n’ayant pas opté pour l’euro de s’adapter avec plus de souplesse à la crise. François FILLON insiste aujourd’hui sur la nécessité pour la France et l’Allemagne de rapprocher leur économie et le cadre fiscal et social de celle-ci. Cette évidence est malheureusement trop tardive. L’Allemagne et la France ne se sont pas rapprochées, elles se sont éloignées, au point que l’euro est une monnaie avantageuse pour l’Allemagne par rapport au mark, ce qui n’est évidemment pas le cas par rapport au franc pour notre pays, comme en témoignent les chiffres du commerce extérieur. Economiquement et démographiquement, l’Allemagne et la France n’ont que peu de points communs, elles sont plutôt complémentaires, et il serait plus logique afin de rapprocher leurs résultats, que la France choisisse la concurrence et la compétitivité plutôt que la ressemblance. Après tout, les cantons suisses ou les états américains pratiquent allègrement la concurrence fiscale.

C’est pourquoi la proposition du Premier Ministre d’aligner le régime des retraites de la France et de l’Allemagne paraît peu opportune. D’abord, elle paraît annoncer aux Français une retraite à 67 ans quand ils viennent déjà de subir un allongement de travail de 2 ans. Le recul de l’âge de la retraite est logique dans le cadre de la démographie allemande, il ne l’est pas dans la même proportion pour la démographie française. Ensuite, il paraîtrait plus efficace de chercher chez nos voisins une solution plus appropriée à notre situation et à nos perspectives. Cette solution existe : il s’agit du système des comptes notionnels mis en place en Suède. Les Suédois peuvent prendre leur retraite à partie de 61 ans et dans ce but, ils sont informés des conséquences exactes de leur choix, puisque leur pension sera calculée en fonction de l’espérance de vie et du salaire moyen, lesquels varient tous deux dans le temps, selon la démographie et l’économie. Ce dispositif est financé par 16 points de prélèvement par répartition, et deux points et demi par capitalisation. Des contributions publiques permettent en outre d’augmenter le capital virtuel des retraités potentiels, sur la base des années consacrées à l’éducation des jeunes enfants ou aux études.

Lors du débat sur la réforme des retraites, j’avais proposé d’adopter cette réforme systémique, qui aurait pu être définitive alors que celle que nous avons décidée sera obsolète à la fin de cette décennie. J’avais ajouté que la souplesse du système suédois aurait permis d’introduire des variables axées sur l’investissement familial et associatif, ou encore la pénibilité. Il paraît bien curieux de préparer une élection capitale pour notre pays en matraquant sans cesse les Français. Encore une fois, des pays courageux ont fait des choix efficaces, en temps opportun. Ce sont ces pays là qu’il convient d’imiter, même si c’est avec retard.

 

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2 commentaires

  1. La devise de la République, gravée au fronton des édifices publics, fait référence à deux notions auxquelles tout homme politique et tout citoyen se doit d’être attaché : Liberté, Egalité.
    Or, en matière de Retraite, les français n’ont droit ni à la Liberté, ni à l’Egalité.
    L’organisation de la Sécurité Sociale en régimes professionnels fait que c’est la profession à laquelle on accède, pas toujours de manière choisie, qui rattache à l’un ou l’autre des systèmes de retraite.
    Il n’y a donc pas de liberté de choix du régime de retraite.
    Ces régimes étant par ailleurs très différents quant à leurs prestations (âge de départ, modalités de calcul de la pension), l’absence de liberté se double d’une inégalité de traitement.
    Or, dans la mesure où le vieillissement de la population implique obligatoirement des efforts, peut-on accepter que ces efforts ne soient pas équitablement répartis ? Les socialistes qui plaident pour une réforme plus juste sont-ils prêts à s’aliéner leurs amis fonctionnaires ? Les syndicats vont-ils accepter la remise en cause des avantages accordés à la SNCF ou à la RAPT ? Les Parlementaires vont-ils saborder leur régime plus que favorable (sujet écarté, même par la Gauche, après la proposition des Verts à l’Assemblée Nationale *)?
    La vraie réforme des retraiteS (puisqu’il s’agit bien de faire référence au pluriel) ne passe t-elle pas d’abord par l’abolition des privilèges. Surtout quand on sait, même si la Presse ne s’en fait pas l’écho, que ce sont ceux qui ont le régime le moins favorable (salariés du Régime général), qui financent soit par l’impôt, soit par la « compensation démographique » les avantages des autres régimes.

  2. Dommage de n’avoir pas su convaincre !
    Par ailleurs Fillon est complètement à coté de la réalité quand je constate le niveau de chômage qui gangrène la nation. Le problème n’est pas l’âge de la retraite, mais l’âge à partir duquel on n’embauche plus. Il faut une révolution culturel. Le capitalisme va t il subir enfin une évolution majeur pour devenir humain ? Courage pour relever les défis, il nous faudra !

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