On ne peut vaincre l’ensauvagement qu’en restaurant Notre civilisation ! (II)

Les violences urbaines de Dijon, de Nice et d’ailleurs, les meurtres gratuits qui témoignent d’une totale indifférence à la vie des autres ont propulsé la notion d’ensauvagement au premier plan de l’actualité. Le fonctionnement médiatique de notre société nous habitue à traverser au pas de charge des séquences saturées par un sujet dominant. Certains sont imposés d’en haut par l’idéologie qui anime le microcosme des politiques et des communicants, comme le réchauffement climatique, d’autres s’imposent d’eux-mêmes mais sont récupérés par la sphère du pouvoir, comme la pandémie actuelle, qui accroît l’emprise sur la société civile, d’autres encore sont suscités par des groupes de pression idéologiques et déstabilisateurs comme l’étonnante incursion en France du « racialisme » prétendument antiraciste, qui a facilité la scandaleuse exploitation de l’affaire Traoré. Enfin, il y a ceux que les faits eux-mêmes placent en tête des informations. Les violences, les coups de couteau, les blessures, les handicaps à vie, les morts, pour un mauvais regard, pour une cigarette refusée, pour un rappel à l’ordre sont monnaie courante mais demeurent dans la zone grise des faits divers où les revendications islamistes sont signes de déséquilibre mental et les noms des auteurs oubliés ou maquillés. Et puis, en quelques jours, des morts particulièrement cruelles commis par des « sauvages », provoquent une vague émotionnelle et font monter à la surface la réalité que la France d’en-haut veut cacher : celle de ces quartiers et maintenant de ces villes où la loi qui règne n’est pas celle de l’Etat, mais celle des bandes qui vivent des trafics ou des communautés qui s’inspirent d’autres règles que les nôtres. Dans cette France à l’envers, c’est le citoyen qui doit fermer les yeux et baisser la tête, car à vouloir rappeler la loi, il risque sa vie. Cette question est évidemment plus importante que celle du Covid-19, car contrairement à la maladie, elle dépend entièrement de la volonté politique, et qu’elle est d’une durée plus longue. Elle est plus essentielle que l’écologie ou l’économie, car elle est nationale et non mondiale et dépend de nous. C’est pourquoi le gouvernement de contre-sens que notre pays subit depuis trois ans l’a superbement ignorée et écartée. Voici qu’elle lui est jetée à la figure.

Les chiffres de l’année 2019 traduisent le désintérêt d’un gouvernement plus prompt à utiliser les forces de l’ordre pour réprimer les manifestations que pour protéger les citoyens. Les événements récents ne sont que la pointe émergée d’un iceberg que sont les données de la délinquance de l’année précédente : Après une année 2018 marquée au niveau national par une hausse sensible du nombre de violences sexuelles enregistrées (+19 %), l’année 2019 affiche également une augmentation très nette de ces violences (+12%). Les escroqueries sont en forte progression en 2019 (+11%). Le nombre d’homicides augmente nettement en 2019 (970 victimes). Comme en 2018, les coups et blessures volontaires sur personnes de 15 ans ou plus enregistrent une forte hausse en 2019 (+8%). On pourra multiplier les excuses, dire que la violence intra-familiale y tient une place importante, se réjouir du ralentissement des délits avec le confinement, ou encore noyer le problème dans un bain lexical en parlant comme l’a fait Macron d’incivilités. Non il s’agit bien d’une augmentation des délits et des crimes, de la montée de ce que Durkheim appelait l’anomie, l’absence de loi et de norme qui est le signe de l’effondrement du corps social.

La perception de la gravité de ce phénomène se heurte à deux obstacles qui illustrent l’impasse dans laquelle se trouve coincé notre pays. Premier obstacle : il est gouverné depuis bien longtemps déjà par des « techniciens » du pouvoir, politiciens et technocrates, pour beaucoup coulés dans le même moule et qui, bien sûr, n’envisagent que des solutions techniques aux problèmes de civilisation sans appréhender la différence d’échelle considérable qui sépare les premières des secondes. C’est ainsi qu’on annonce la création de 10 000 « postes » de policiers durant l’actuel mandat. D’une part, c’est faux, car beaucoup ne feront que compenser des départs. D’autre part, c’est inopérant, car un policier visible ou non mais mis hors d’état d’agir par les risques du métier et leurs suites judiciaires, menacé lui-même et insulté, dont la présence dans certains secteurs est présentée comme une provocation, ne sert pas à grand chose. C’est sur un plan technique la justice qui est défaillante : non seulement elle manque de moyens, non seulement elle est lente et procédurière, encombrée de sujets de moindre importance que l’ordre public, mais elle applique parfois avec une orientation politique de moins en moins cachée des lois qui n’ont cessé d’émasculer le maintien de l’ordre. On a ainsi appris avec stupéfaction par la bouche triomphante d’Assa Traoré se félicitant de leur humiliation judiciaire que   » Les trois gendarmes Romain Fontaine, Matthias Uhrin et Arnaud Gonzales, qui ont tué Adama Traoré ont été condamnés à payer 2000€ pour procédure abusive suite à leur action judiciaire contre Assa Traoré pour « atteinte à la présomption d’innocence des gendarmes ». Que la « justice » serve à humilier la police, que la « présomption d’innocence » soit décidément à deux vitesses  souligne combien c’est l’ensemble de notre système qui dérape. La voie du redressement, s’il est encore possible, n’est pas technique, mais idéologique. Elle suppose de combattre le second obstacle, l’idéologie « progressiste », c’est-à-dire décadente qui anime la sphère du pouvoir évidemment incapable d’endiguer la montée des séparatismes puisqu’il considère l’identité, nationale ou civilisationnelle,  comme un crime ! (à suivre)

 

 

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13 commentaires

  1. erwan - 27 juillet 2020 8 h 50 min

    L’idéologie libérale avec son sacro-saint état de droit, autrement dit état faible, qui règne dans notre pays aboutit à cette dérive absurde qui est qu’aujourd’hui la justice est réduite à faire l’arbitre entre les méchantes forces de l’ordre et les gentils délinquants / criminels!! Le feuilleton Traoré vient une nouvelle fois de le démontrer!

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    • vanneste - 27 juillet 2020 12 h 55 min

      L’idéologie progressiste n’est en rien libérale. Le libéralisme, c’est Montesquieu et Tocqueville, alors que le progressisme dont le macronisme est une des expressions est un totalitarisme larvé qui présente l’avenir comme inéluctable. L’Etat de droit est avant tout une alternative à la démocratie, et non l’expression de celle-ci.

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      • erwan - 27 juillet 2020 13 h 44 min

        Vous semblez ignorer qu’en 1789 les premiers progressistes étaient…libéraux. Ceux-là même bourgeois affairistes qui voulaient que le doux commerce cher à Montesquieu se fasse sans aucune entrave étatique. Macron est de cette veine libérale. Et on voit le résultat économique aujourd’hui.

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        • vanneste - 27 juillet 2020 14 h 46 min

          Il est très difficile et risqué d’enfermer le libéralisme dans une notion liée à une époque. La première vague révolutionnaire était effectivement à la fois libérale et progressiste. Cela va de La Fayette, Bailly, Le Chapelier etc jusqu’à Condorcet, mais le progressisme, c’est-à-dire l’idée qu’un mouvement nécessaire de l’histoire doit l’emporter sur les libertés fondamentales fait basculer la révolution en 1791-1792. Et on aura alors des libéraux libérés de cette confusion, Constant, et surtout Chateaubriand, ce conservateur-libéral qui s’opposera au régime monarchiste dont il était un partisan au nom des libertés, celle de la presse, notamment. La défense des libertés fondamentales, l’idée que la responsabilité personnelle est supérieure à tous points de vue à la soumission sont le coeur du libéralisme. Le progressisme actuel qui écrase nos libertés en se servant malignement de l’Etat de droit n’est pas libéral.

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          • en passant - 27 juillet 2020 18 h 51 min

            Les libéraux sont des alliés des progressistes, du point de vue idéologique ou du point de vue politique.
            Leur obsession commune de « l’émancipation » de contraintes prétendument insupportables en fait des alliés naturels sur le plan des principes, et cela se retrouve sur l’échiquier politique.
            On sait, en tout cas, à qui on doit le regroupement familial, ou le poids donné aux juridictions européistes.

          • Oblabla - 28 juillet 2020 20 h 55 min

            Dieu que c’est difficile de faire comprendre au français de base ce qu’est le libéralisme, tant il est lobotomisé par l’éducation nationale déformante, les médias gauchistes et nos politiciens opportunistes… Bravo Mr Vanneste d’essayer 🙂

          • vanneste - 29 juillet 2020 14 h 42 min

            Merci. C’est effectivement difficile. On confond le libéralisme philosophique et le libéralisme économique. Surtout, on confond l’individualisme et le libéralisme. Les « particules élémentaires » sont au contraire comme l’avait montré Tocqueville les proies idéales du nouveau totalitarisme qui s’avance masqué. Le libéralisme repose sur l’exigence de la reconnaissance par le pouvoir de libertés fondamentales, comme la liberté de se réunir ou de s’exprimer. Il ne fait pas de la liberté individuelle un absolu, dans la mesure même où c’est le contre-pouvoir, la résistance au pouvoir et à sa tendance à l’abus qui exige bien-sûr qu’il y ait des échelles d’autonomie entre l’individu et l’Etat. La Famille en constitue un, essentiel, que le progressisme lamine alors que le libéralisme y est attaché.

  2. Jacques Peter - 27 juillet 2020 10 h 11 min

    L’idéologie libérale regnerait dans notre pays? Voilà une affirmation surprenante sagissant du pays le plus etatise d’Europe.

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  3. DELAFOSSE - 27 juillet 2020 23 h 15 min

    En attendant, ce n’est pas avec toutes ces théories de masturbation cérébrale politique que nous allons lutter concrètement contre l’ensauvagement !

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  5. Loosveld - 28 juillet 2020 20 h 58 min

    @ DELAFOSSE:

    Effectivement, je refuse d’entrer dans ce petit jeu minable du ministre Baratin qui avait d’ailleurs identifié naguère des regards bovins parmi ses étudiants, car l’ironie du sort est parfois dégoûtante en politique…

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  6. DELAFOSSE - 29 juillet 2020 6 h 13 min

    Le « français de base » sait très bien où se trouve son intérêt personnel et place au pouvoir des « français d’en haut » en conséquence, même s’il commet des erreurs ! Quant à la science politique, vu son efficacité réelle sur le terrain, elle ne l’inspire pas beaucoup .

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  7. Loosveld - 30 juillet 2020 22 h 07 min

    @ DELAFOSSE:

    Les Français de base en savent plus en chimie qu’Emmanuel Macron; quant à la notion de France en bas, elle me semble abracadabrantesque…

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