La France n’est plus celle de Montaigne, Monsieur Duhamel !

Lorsque Alain Duhamel ouvre le robinet d’eau tiède de ses commentaires sur l’actualité, on hésite entre le respect que suscite le ton et l’irritation provoquée par la vacuité du propos. Duhamel ne dit jamais rien, mais il le dit bien. Il est si convenable, si rassurant, et tellement en phase avec la bourgeoisie qui a voté Macron par crainte du populaire et frayeur de voir ses économies menacées. Il est tellement réconfortant de voir nos médiocres sentiments étroitement égoïstes emballés proprement dans du papier de soie culturel. Faire partie de la France de Montaigne qui vote Macron est quand même plus reluisant que de voter Marine Le Pen avec la France populiste de Houellebecq, comme le dit si élégamment  ce bon monsieur Duhamel avec son analyse si délicatement saupoudrée de références culturelles. Sauf que c’est tout, à part une analyse. C’est un message de publicité subliminale macronien qui tend d’abord à suggérer que le duel du second tour pour 2022 est déjà connu, et que le vainqueur ne l’est pas moins. Le commentateur institutionnel explique pourquoi puis souligne que, quand même, il y a un risque qu’il ne faut pas négliger. Et c’est bien ce « mol oreiller du doute » qui est la seule chose qu’il emprunte à Montaigne, pour distiller une petite peur, un léger tremblement, appuyés sur un sondage. L’élection de la Présidente du Rassemblement National n’est pas probable, mais elle est possible. Or, 57% des Français pensent qu’elle serait une menace pour les libertés, 58%, un danger pour l’économie, 60% pour la paix civile, et 64% un péril pour l’Euro. Celle qui est « challenger naturelle de Macron », malgré « ses limites personnelles cruellement exhibées lors du débat entre les deux tours », ne doit donc pas être élue…. L’onctuosité pleine d’autosatisfaction de l’oracle a délivré sa prophétie aux fidèles : ne soyez pas des particules élémentaires, retrouvez la France humaniste et sereine. Macron sera réélu grâce à vous.

Une véritable analyse aurait dû s’interroger sur les questions du sondage plutôt que de se contenter d’en aligner les réponses. Qu’en est-il donc des menaces sur les libertés ? Nos libertés ne sont-elles pas déjà en capilotade, Macron régnant ? La statue de Michel de Montaigne qui fut Maire de Bordeaux est à deux pas de la Sorbonne. L’Université Montaigne de Bordeaux vient de céder aux pressions et menaces. Elle a annulé la conférence que devait y donner Sylviane Agacinsky, philosophe opposée à la PMA pour les femmes seules ou vivant en duos, et à la GPA. Des « collectifs étudiants » estimaient inacceptable que l’on puisse débattre des droits des homosexuels. Si ces « étudiants » avaient lu le « Meilleur des Mondes » d’Huxley, ils auraient compris la pertinence du sujet abordé : « la reproductibilité technique de l’être humain ». Ils auraient peut-être vu le lien établi dans cette dictature douce, imaginée par Huxley, entre la fabrication des bébés et l’intolérance, l’effacement des libertés avec la complicité des esclaves heureux. Que des étudiants puissent exercer une censure par la menace sans que l’Université, l’Etat, la France entière s’en émeuvent est un signe que nos libertés sont déjà piétinées. A la Sorbonne, c’est une formation sur la radicalisation et notamment ses signaux faibles qui a été supprimée, cette fois pour ne pas « stigmatiser » les musulmans. Dans les deux cas, des communautarismes, d’ailleurs contradictoires, ont contraint le plus haut lieu de la pensée libre dans « la patrie des droits de l’homme », à une « soumission » déshonorante. Et la France ne serait pas celle de Houellebecq ? Il y aurait encore de la place pour Montaigne ? Quand la justice permet à un amuseur public, un animatueur audiovisuel,  plus ou moins déguisé en journaliste-chroniqueur,   de comparer Marine Le Pen à un étron tandis que Zemmour est condamné pour avoir eu le courage de désigner une menace mortelle pour notre pays, nos libertés ne sont-elles pas déjà laminées ? Quand les gilets jaunes sont matraqués, éborgnés, mutilés sur ordre tandis que les pompiers et policiers sont l’objet de traquenards dans certains quartiers, sans la moindre interpellation des agresseurs, la première de nos libertés, la sûreté, selon cet autre Bordelais, Montesquieu, n’est-elle pas exilée du pays ? Et c’est la défaite de Macron qui serait un danger pour la paix civile ?

C’est vrai, Madame Le Pen n’est pas experte en économie et on a raison de lui en vouloir d’avoir confondu SFR et Alstom. Mais à quoi sert à la France d’avoir mis un « banquier » éphémère à la tête du pays ? La France n’en finit pas de couler. Et l’une des raisons essentielles de ce naufrage est le choix absurde d’une monnaie unique faite pour le Mark et inaccessible au Franc. Nous avons depuis perdu notre industrie, ruiné notre agriculture, collectionné les déficits, notamment celui du commerce extérieur qui traduit l’effondrement de notre compétitivité qu’une dévaluation aurait pu inverser, à défaut de rétablir les équilibres et de freiner les dépenses. Macron n’a pas diminué les dépenses, n’a pas réduit la dette, et à la veille peut-être d’une crise économique mondiale sans précédent, notre gouvernement en est arrivé à l’expédient de s’endetter mais à taux négatifs !

L’Histoire est tragique. Il faut que la droite, quel que soit son candidat ose le dire et affronter cette réalité. C’est ce qu’avait fait Fillon en disant que la France était en faillite. Duhamel, c’est le « soma » du livre d’Aldous Huxley, un produit destiné à nous libérer du réel, pour mieux nous y soumettre.

 

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4 commentaires

  1. DELAFOSSE - 26 octobre 2019 9 h 17 min

    Beaucoup de journalistes convaincus de leur propre jugement ne sont en fait, que de grands frustrés de la carrière politique. Ils sont persuadés d’avoir raison sur tout, mais sans être acteurs avec toutes les responsabilités et les risques que cela comporte, bons observateurs et beaux parleurs mais sans plus .
    Par conséquent, comme ils ne sont pas décisionnaires, une grande liberté nous est offerte de ne pas être obligés de les écouter !

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  2. Peter - 26 octobre 2019 16 h 51 min

    Adopter l’euro supposait de faire les reformes de structure nécessaires. Seul Fillon l’avait compris .Il fallait l’éliminer.

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  3. gosheim - 27 octobre 2019 21 h 00 min

    Le bonheur possible

    « La bourgeoisie qui a voté Macron par crainte du populaire et frayeur de voir ses économies menacées (est elle en danger ?).
    Il est tellement réconfortant de voir nos médiocres sentiments étroitement égoïstes emballés proprement dans du papier de soie culturel.
    Faire partie de la France de Montaigne qui vote Macron est quand même plus reluisant que de voter Marine Le Pen avec la France populiste de Houellebecq. »

    Cela me choque de penser que Montaigne soit associé à l’égoïsme des classes dirigeantes actuelles. Pour moi Montaigne est associé à la liberté intérieure. Rester libre de tous et de tout !
    Et puis il fut là au bon moment, où il fallait être …l’histoire se répète, de nos jours l’histoire sera t’elle encore sacrifiée à la folie qui habite et anime ces fanatiques et idéologues d’un autre temps …là est la question et il semble que nous n’ayons pas un Montaigne ou un De Gaulle pour nous sortir du pétrin ; il va falloir que nous comptions sur nous …

    Aller il faut croire le bonheur possible ! Le second tour de 22 n’est pas déterminé et le vainqueur encore moins…à mon avis il n’est même pas connu !

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  4. DELAFOSSE - 28 octobre 2019 10 h 34 min

    « Pas connu » peut-être bien, quoique ? Mais capable de faire le bonheur des Français, ça, c’est une autre histoire !

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