Le CNIP a 70 ans….

Hier, j’étais invité par Bruno North, le Président du CNIP, réélu le matin même pour fêter les 70 ans du plus vieux parti de droite français, créé en 1949. Etaient également présents Nicolas Dupont-Aignan, Robert Ménard, Jean-Frédéric Poisson, qui ont formé avec le CNIP « les Amoureux de la France ».

Le Centre National des Indépendants et Paysans a eu son heure de gloire sous la quatrième République, et singulièrement entre 1951 et 1958, lorsqu’il était devenu le groupe le plus important de l’Assemblée grâce à l’arrivée des dissidents gaullistes de l’ARS (Action Républicaine et Sociale), après l’échec du RPF aux élections législatives, en raison de la manoeuvre des apparentements. Antoine Pinay fut alors la figure emblématique du parti, en laissant le souvenir d’un Président du Conseil et d’un Ministre des Finances pragmatique, réaliste, et qui détenait la capacité de susciter la confiance. La réussite de l’emprunt qui porte son nom a fait date dans l’histoire de l’économie de notre pays. Joseph Laniel fut également Président du Conseil à cette époque. Et René Coty, l’un des fondateurs de ce mouvement fut Président de la République. Il laisse l’image de celui qui rendit possible à de Gaulle de fonder la Ve République, d’abord en lui permettant de devenir le dernier Président du Conseil de la IVe République et ensuite en lui laissant sa place à l’Elysée. Les choses avaient changé. Désormais, le Président du Conseil devenait le Premier Ministre. Il n’était plus le détenteur principal mais éphémère d’un exécutif responsable devant les députés, mais le second, responsable devant le Président de la République qui détenait le pouvoir de dissoudre l’Assemblée et de le nommer, à charge pour lui de ne pas être censuré par une Assemblée beaucoup plus stable parce qu’élue au scrutin majoritaire à deux tours avec des majorités solides, à la manière des pays anglo-saxons. Le CNIP  joua encore un rôle important entre 1958 et 1962, puisqu’il devint le second groupe parlementaire derrière l’UNR, gaulliste. Antoine Pianay fut à nouveau Ministre des Finances, et réussit un nouvel emprunt de même qu’une dévaluation habilement masquée sur le plan psychologique par l’instauration du Nouveau Franc, valant 100 anciens. Les Français avaient l’impression que leur monnaie faisait jeu égal avec le Mark et non plus avec la Lire italienne. Mais, si la gestion des « Indépendants », conservateurs et libéraux, laisse de grands souvenirs qui accompagnent le redressement du pays à l’aube de la Ve République, le divorce avec le gaullisme se produisit sur la politique algérienne. La grande majorité des élus du CNIP restèrent fidèles à l’Algérie Française et furent balayés aux législatives de 1962. Une minorité s’en détacha derrière Giscard d’Estaing et forma les Républicains Indépendants qui ravirent l’Elysée aux gaullistes en 1974.

Mais le CNIP, amoindri, marginalisé, subsista, attaché à son identité. L’affaire de l’Algérie et son opposition à l’élection du Président de la République au suffrage universel témoignaient de cette identité. Sans doute était-il impossible de conserver l’Algérie comme départements français, et de permettre ainsi à tous les Algériens de devenir des Français à part entière, parce que beaucoup ne le voulaient pas, et plus encore parce que cela aurait menacé profondément l’identité nationale. L’abandon brutal des Pieds-Noirs et des Algériens qui soutenaient la France malgré la promesse faite était peut-être réaliste, mais cela a sans doute brisé sans que le Général s’en aperçoive, le sens de la grandeur de la France et de l’abnégation dont les Français avaient appris à faire preuve. L’individualisme forcené, le progressisme suicidaire, l’esprit de 1968 qui ont dominé la génération décisive du « Baby Boom » ne sont sans doute pas étrangers à la grande décompression nationale qui a suivi la fin de la guerre d’Algérie. Plus encore, cette séparation des Indépendants et des gaullistes a été très négative pour la constitution d’une vraie droite dans un régime qui aurait du introduire en France le bipartisme, et l’alternance régulière entre des forces politiques ancrées dans des valeurs distinctes, mais capables d’exercer la responsabilité du pouvoir. Le CNIP avait en effet le mérite d’être clairement un parti libéral-conservateur, à la fois libéral en économie, et conservateur sociétal. Son alliance avec le parti gaulliste aurait assuré un équilibre en soutenant le patriotisme logique de celui-ci face à l’immigration, sa politique familiale nataliste, mais en tempérant son dirigisme jacobin et une tendance mal dissimulée à courir derrière les modes idéologiques pour ne pas paraître imperméable au modernisme. En l’absence, d’un véritable conservatisme français, on est parvenu à l’ectoplasme de l’UMP, dont on se demande bien quelles étaient les valeurs communes à ceux qui en étaient membres. C’est encore vrai des Républicains comme en ont témoigné les critiques formulées à l’encontre de la désignation de François-Xavier Bellamy comme tête de liste aux Européennes.

Aujourd’hui, le CNIP  a donc rejoint les Amoureux de la France, qui recomposent le spectre traditionnel de la droite, avec les gaullistes, les démocrates chrétiens et les conservateurs-libéraux, mais leur poids politique est très insuffisant. Des électeurs de droite soutiennent Macron par un mélange d’aveuglement sur lui et de déception sur l’opposition de droite modérée. D’autres restent fidèles à LR voire à l’UDI. D’autres encore espèrent la victoire du Rassemblement National. La place grandissante des élections au scrutin proportionnel favorise l’éclatement. L’esprit même de la Ve République était animé par une volonté de clarté et de stabilité. On voit  à quel point on s’en éloigne.

Mot clés:

4 commentaires

  1. Bertrand - 17 février 2019 22 h 05 min

    Sauf en cas de réforme du scrutin pour toute assemblee un seul tour avec prime majoritaire à la liste arrivée en tête.

    Répondre
    • vanneste - 18 février 2019 9 h 05 min

      Un scrutin de liste revient à donner le pouvoir aux partis qui constituent les listes d’élus sans lien direct avec leurs électeurs. De plus, le mécanisme de la prime qui assure la majorité fait de celle-ci le résultat d’une stratégie d’états-majors. Le scrutin uninominal à un tour des anglo-saxons garantit des majorités, mais jamais écrasantes constituées par des élus de circonscription en lien direct avec les électeurs.

      Répondre
  2. en passant - 18 février 2019 14 h 54 min

    Mais l’esprit de 68 est en fait commun à tous les pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord. Comment en blâmer la décision de De Gaulle sur l’Algérie ?

    En réalité, il avait raison.

    Ce qu’on peut constater, toutefois, c’est que le gâchis final par manque de fidélité à sa décision de ses successeurs.

    En effet, il a renoncé au pétrole saharien (dont il est dit dans ses lettres, notes et carnets, avant 1958 lorsque ces gisements ont été trouvés, qu’ils pouvaient « tout changer au destin de la France ») pour ne pas avoir à intégrer 10 millions de musulmans.

    Mais, faute d’esprit de suite, on a renoncé à ces puits, mais on n’a pas conservé la contrepartie qu’il avait pourtant tracée.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2019/02/18/97001-20190218FILWWW00109-ei-le-royaume-uni-rejette-l-appel-de-trump-a-rapatrier-les-combattants.php

    Répondre
  3. 4bach - 16 avril 2019 20 h 10 min

    Le gigantesque et subit incendie de la partie supérieure de la cathédrale Notre-Dame à Paris, ce lundi 15 avril 2019, est un drame national de grande ampleur qui affecte toute la nation, la communauté chrétienne bien sûr mais bien au-delà. La preuve en est le véritable consensus pour déplorer cet évènement de la part de tous les politiques, les responsables religieux, les médias, les historiens et intellectuels.
    Le président Macron a bien trouvé les mots pour décrire notre désarroi mais aussi notre volonté de reconstruire ce symbole fort de notre patrimoine et de notre histoire.
    Tout porte à croire que les travaux de rénovation engagés sur la superstructure, avec ces gigantesques échafaudages, seraient à l’origine du drame : une erreur humaine d’une équipe de techniciens, comme un jet de chalumeau mal dirigé, serait à l’origine de l’incendie qui a peut-être couvé à l’abri de la perception des ouvriers.
    C’est, en tout cas, la version officielle de l’accident qui nous est répétée à l’envi, en nuançant quelque peu par le terme de « piste privilégiée » comme si on voulait que tout le monde sache que l’on allait, bien sûr, étudier toutes les autres versions possibles (criminelle ou terroriste).
    Et si, justement, l’origine de ce gigantesque incendie n’était pas accidentel mais volontaire, c’est-à-dire prémédité ?
    Plusieurs interrogations ou coïncidences ne doivent pas être balayées d’un revers de main, me semble-t-il :
    Le déclenchement du feu se produit au moment même où le président doit s’adresser aux Français pour leur dire comment il interprète la crise des Gilets Jaunes.
    Cela se passe « après » le départ des ouvriers sur le chantier.
    Le lieu même des travaux est interdit à tout public.
    Les pompiers ne peuvent pas accéder aux flammes avec leurs moyens ordinaires.
    Le feu est intense dès le début et se propage très rapidement.
    Comment se fait-il qu’une équipe d’ouvriers spécialisés et au fait de la fragilité des matériaux manipulés ne se rende pas compte qu’un élément à base de bois est en train de se consumer et comment se fait-il que tout le monde quitte les lieux, le soir, sans une inspection approfondie ?
    S’agit-il d’entreprises sous-traitantes ayant employé des personnes non qualifiées ?
    Un brasier de fortune ayant servi à réchauffer le repas des employés a-t-il été maintenu insuffisamment refroidi ?
    J’ai franchement du mal à accepter la thèse, commode pour l’esprit, d’un accident involontaire.

    Alors, il faut bien envisager la piste d’un acte de malveillance volontaire :
    Le fait que la date coïncide avec la fin de la crise des Gilets Jaunes (GJ) pourrait laisser penser que c’est l’un d’entre eux qui aurait eu cette idée funeste de faire un coup d’éclat. Bien qu’il soit prouvé qu’il y ait des fanatiques jusqu’auboutistes parmi eux, je n’imagine pas qu’un GJ soit allé à cette extrémité. Encore que nous savons, depuis le 9 septembre 2001, que tout est possible, surtout l’improbable.
    Une tête brûlée, fascinée par le saccage de l’Arc de Triomphe, pourrait avoir eu l’idée de faire mieux sur un autre monument emblématique. La Tour Eiffel, essentiellement métallique, ne s’y prêtant pas bien.

    Je penche plutôt pour une attaque anti-chrétienne comme nous en vivons, bien qu’elles soient largement tues par les médias, depuis plusieurs semaines sur notre territoire comme au Moyen-Orient.
    Sait-on que des messages circulent, de la part de Musulmans blessés par les remarques irresponsables d’un certain Hugo qui a « tweeté » cette phrase imbécile mais qui fait des ravages : « PTDR (pété de rire dans le langage des jeunes), y a du monde InZeBoite » en appui d’une photo montrant la foule autour de la Kaaba à La Mecque. Le jeune Hugo n’avait pas compris que tweeter n’est pas jouer. Sa blague n’est pas bien méchante mais, relayée sur le net, elle devient virale.
    Ces messages de sympathisants musulmans, en gros, se réjouissent de l’incendie à Paris sur le mode « Bien fait pour vous, vous n’aviez pas à injurier l’Islam. Allah s’est vengé ».

    Une autre piste, à ne pas négliger non plus, est celle d’un acte terroriste et, pourquoi pas, d’un baroud d’honneur des combattants de Daesch qui se vengeraient de l’implication de la France dans leur défaite militaire en Irak et Syrie.
    Rien de plus simple pour un de ces fanatiques de se faire embaucher, il y a plusieurs semaines voire plusieurs mois, par une société partie prenante à la restauration de l’édifice. Une fois intégré dans une équipe de ravalement, il lui suffirait d’observer les lieux et les habitudes, de préparer la partie technique de « l’attentat », puis d’attendre le moment propice pour que son action soit relayée au maximum sur les chaines de télévision. Le discours du président Macron fournissant une occasion rêvée de passage à l’acte. Un ouvrier quittant les lieux le dernier peut effectivement allumer une mèche sans que ses collègues, déjà partis, ne s’en rendent compte. La rapidité de l’embrasement prêche pour cette version.

    A l’heure où j’écris, soit le lendemain du sinistre, l’enquête commence seulement pour établir les causes de l’incendie. Je parie qu’on s’en tiendra, même avec des preuves inverses que l’on cachera, à la version accidentelle. Il ne faut pas affoler inutilement une population déjà bien traumatisée.
    Je termine en saluant, bien évidemment, le travail extraordinaire des pompiers qui ont lutté toute la nuit pour sauver, au péril de leur vie, l’essentiel de cette cathédrale qui va rester, hélas, plusieurs années fermée au public mais qui reste dressée, quoique blessée, au cœur de notre capitale et de notre beau pays.

    Répondre

Répondre à vannesteAnnuler la réponse