Macron ou l’apparence trompeuse.

« Tout ce qui brille n’est point or ». Les Français devraient cette semaine se rappeler ce proverbe de leur bon sens national. Il leur permettrait de ne pas succomber à l’assaut de séduction qu’ils ont subi de la part de celui qui occupe l’Elysée depuis 20 mois. La contre-attaque était prévisible. Elle a pris la forme tactique du judo en transformant une faiblesse en force. « Les gilets jaunes sont une chance », a osé le président. Puisqu’ils ont déstabilisé le pouvoir et profondément abîmé l’image présidentielle, celle-ci va renaître comme le phénix en amorçant une seconde phase du mandat, comme un renouveau appuyé sur le mouvement contestataire qui l’a suscitée. Voilà l’espoir caressé : acculé par les mauvaises nouvelles économiques et la révolte fiscale, accablé par la demande de pouvoir d’achat et l’exigence de justice sociale, éreinté par les attaques contre sa personne, le chef de l’Etat va redéployer son seul talent, celui du comédien brillant qu’il fut durant sa campagne. Un mot résume la chose : la performance. En parlant durant plus de six heures devant 700 maires dans une petite commune ceinturée de policiers, il a séduit le microcosme médiatique parisien toujours fasciné par ce qui brille. Peut-être a-t-il réveillé chez certains un peu de fierté nationale fondée sur l’idée que décidément la France est gouvernée par un esprit « brillant ». Le calcul suppose que le contraste avec la confusion et les maladresses verbales des « gilets jaunes » éclatera, d’autant plus que la confrontation aura été évitée, puisque le président se sera exprimé devant des notables d’une région connue pour sa placidité. Flattés et impressionnés par cette longue et talentueuse marque d’attention, ils ont d’ailleurs applaudi. Le peuple est dangereux : il est prudent de s’en tenir éloigné. La cour , celle qu’on avait reçue à la « Rotonde » entre les deux tours ou à la Maison de l’Amérique latine, lors de l’Affaire Benalla, est plus risquée encore car elle dévoile l’oligarchie, la connivence et l’isolement. Les maires, les seuls élus à bénéficier d’une image positive auprès des Français, constituaient l’échelon idéal entre la proximité périlleuse et l’éloignement faussement confortable.

On a donc repeint la façade du quinquennat. Le président brillant est aussi ouvert puisqu’il n’oppose aucun tabou, ni ne pose aucun totem à l’entrée du grand débat. Il cherche même à faire passer la brutalité de certaines de ses formules pour les marques d’un style jeune et direct, celui d’un grand frère qui dit crûment les choses : ceux qui « déconnent », ceux qui racontent des « craques », il ne faut pas les écouter. La fermeté n’est pas la fermeture. La vigueur n’est pas la violence. C’est ce qui doit séparer le président de ses ministres, y compris du premier : il faut laisser à Griveaux, à Castaner ou à Le Maire, le soin d’exclure telle question du débat, ou de réprimer les manifestations de manière suffisamment violente pour les décourager. Le pari est d’assécher les rassemblements et de susciter un réel engouement pour le débat. Si la manifestation de soutien est un succès, et si les élections européennes ne sont pas un échec, puisque la liste présidentielle reprend l’avantage, la chance de restaurer le statut présidentiel qui existait au printemps dernier se fraiera un chemin. Le déplacement à Toulouse pour les voeux aux Armées et symétriquement la garde à vue de Benalla ( avec sans doute une mise en examen qui lui évitera de répondre aux questions des sénateurs…) sont des signes annonciateurs : l’un souligne la fonction régalienne, l’autre montre qu’on ne peut toucher impunément à la réputation du monarque.

On mesurera à la réussite ou non de cette stratégie si la légèreté des Français l’emporte une fois encore sur leur bon sens. La fine pellicule d’or qui vient de recouvrir le buste du roi n’est pas suffisamment épaisse pour résister à la critique décapante du raisonnement. La France est gouvernée depuis bien longtemps maintenant par des élus qui la trahissent sans vergogne. Ceux qui avaient cru voir changer le sort du pays en Mai 2017, savent qu’ils n’ont fait que prolonger le déclin en maintenant au pouvoir nombre de ses acteurs, et sans en modifier les axes principaux, autrement que par une alchimie budgétaire superficielle. La France s’affaiblit économiquement : ses déficits dans tous les domaines en témoignent. Le corps même de la Nation, son peuple, se désagrège, avec le recul persistant de la natalité et le rôle grandissant d’immigrés non assimilés dans sa relative résistance. L’esprit national s’étiole puisque le passé du pays s’appelle repentance, que son présent se nomme soumission à d’encombrants alliés, et que son avenir se confond avec l’effacement dans un magma européen de plus en plus informe.

Si le « grand débat » permet au pouvoir en place de poursuivre son existence au prix de quelques mesures, peut-être grâce à un référendum qui serait la catharsis de la crise, sa dernière étape thérapeutique, il aura été un remède pour la très petite France d’en haut, et un placebo pour celle d’en-bas, condamnée à descendre encore. On pourra lui offrir un certain nombre de parlementaires comme un os à ronger, mais on se gardera de lui donner le référendum d’initiative populaire. La démagogie qui consiste à flatter le peuple, en commençant par les maires, est le contraire de la démocratie qu’on appelle aujourd’hui avec dédain « populisme ».

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6 commentaires

  1. DELAFOSSE - 18 janvier 2019 10 h 58 min

    Certes, face à un échantillon de Maires, il a tombé la veste et mouillé la chemise, le tout pendant des heures, ignorant que trop de paroles tue » La Parole » surtout quand elle est présidentielle.
    En un mot « Cause toujours,tu m’intéresses »

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  2. Jacques Peter - 18 janvier 2019 11 h 14 min

    La France a besoin de lutter contre son islamisation, réduire son déficit public, libérer son économie, mettre en concurrence son éducation et sa santé, etc…
    Il faut une forte volonté du peuple allant dans le sens de ces réformes pour qu’elles se produisent un jour. Est-ce le cas?

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  3. DE VOS Alain - 18 janvier 2019 14 h 14 min

    La diversion est engagée. Macron a un seul objectif être le meneur d’une Union Européenne fédérale. Le mouvement GJ a bousculé ledit projet et celui qui le conduit. Commençons par obtenir une légitimité dans un Grand Débat qui n’a rien d’un référendum ou d’une élection (mais que bien des citoyens prennent pour de la démocratie alors qu’il n’y a là qu’une manipulation) et voilà le tour sera joué, le nombre de participants dira son gain. Il pourra poursuivre le projet, ni une ni deux.
    Il faut vraiment être naïf pour ne pas voir la grosse ficelle. Les pauvres citoyens, c’est toujours par le sentimentalisme qu’on les a!
    Rendez-vous mi-avril ; d’ici-là ne vous découvrez pas d’un fil!

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  4. Oblabla - 18 janvier 2019 18 h 20 min

    Voilà le barnum politico-médiatique d’un individu brillant comme une voiture américaine d’occasion et qui a été bien formé à la comédie par sa « maman » et à la manipulation par des études chez les jésuites.
    Mais les faits sont têtus et seuls comptent et compteront des résultats concrets et chiffrés dans les domaines suivants: baisse du chômage, baisse des déficits, baisse drastique des dépenses publiques, baisse de 10 points des prélèvements obligatoires, croissance du PIB, baisse du déficit du commerce extérieur, contrôle de l’immigration, augmentation du pouvoir d’achat, réforme redonnant du pouvoir au peuple tel que le RIC …
    Inutile de préciser que je n’y crois pas une seconde tant ce monsieur est un étatiste, collectiviste, immigrationniste, communautariste, mondialiste, socialiste, fanatique de la dépense publique. Il ne peut qu’échouer.

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    • kerneilla - 19 janvier 2019 17 h 56 min

       » résultats concrets et chiffrés dans les domaines suivants: baisse du chômage, baisse des déficits, baisse drastique des dépenses publiques, baisse de 10 points des prélèvements obligatoires, croissance du PIB, baisse du déficit du commerce extérieur, contrôle de l’immigration, augmentation du pouvoir d’achat, réforme redonnant du pouvoir au peuple tel que le RIC … » redressement de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, suppression du racket du tout radar, abolition de la loi taubira et de ses avatars prévisibles…
      mais les Gilets jaunes semblent se limiter au RIC, et à l’ISF, du moins si on en crois les journalistes qui parlent plus des éventuels débordements des manifestations que du fond des problèmes…aucune déontologie !

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  5. Ribus - 19 janvier 2019 11 h 17 min

    Pour le grand débat, le sous-ministre Lecornu s’est fendu d’une lettre aux maires qui se termine ainsi : « je reviendrai vers vous prochainement pour que ce débat soit aussi utile pour votre quotidien. », ce qui laisse supposer que les élus ont d’ores et déjà obtenu quelque chose de Macron. En attendant de savoir quoi, une note d’information de la Délégation à la sécurité routière (bulletin officiel du Ministère de l’Intérieur du 15 janvier 2019 p 353 – disponible sur Legifrance) nous apprend que le coût des panneaux de limitation à 80 kms/h sera remboursé aux collectivités. Mais c’est sans doute sans rapport avec  « l’itinérance macronienne » du moment…
    Je persiste aussi à penser que ce « débat » va surtout servir de vaste opération de police politique visant à repérer des opposants considérés comme radicaux et qui pourront être fichés « S » ; comme cela, il n’y aura pas que des musulmans dans le fichier.

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