L’Etat va donc s’abreuver à la source…

marchezAvec une popularité tombée à 31%, Jupiter chu de l’Olympe a tenté de remonter la pente ce mardi 4 Septembre. Comble de maladresse ou petite manoeuvre ? Les hésitations tardives sur le prélèvement à la source de l’énarque-banquier, qu’un moment certains avaient appelé le « Mozart de la finance », ont fait passer l’ombre de l’amateurisme sur ce gouvernement de technocrates, comme si les Français, depuis de nombreuses années n’étaient pas habitués à l’addition des deux. Ce flottement a, toutefois, eu le mérite de concentrer l’attention, de la détourner de la démission de Nicolas Hulot, et de transformer le maintien de ce dispositif pour le 1er Janvier 2019 en fin heureuse, comme lorsque dans un feuilleton médical, le moribond est sauvé in extremis.

On ne sait pas si Macron est sauvé, mais la « macronie » se « bunkerise ». Hulot est remplacé par de Rugy et ce dernier par Ferrand au perchoir. L’affaire Benalla avait suscité le soupçon d’une cour. Effectivement, les courtisans sont bien servis. La société civile avait été appelée par un Président qui se disait au-dessus des partis. Mais c’est autre chose que d’être passé d’un parti à un autre sans fidélité ni conviction. C’est aujourd’hui le bal des hypocrites et des arrivistes. De Rugy sera un « écologiste » docile. Ferrand mènera la chiourme de la majorité des godillots parlementaires à la poigne.

Le trou d’air sur le prélèvement à la source, réel ou simulé, aura confirmé la triste réalité du macronisme. Ce qui est présenté comme une révolution est avant tout une mesure technique voulue par Hollande, adoptée dans de nombreux pays, mais comme par hasard, ni en Suisse, ni à Singapour, ces deux Etats parmi les mieux gérés au monde, qui parviennent à marier le succès économique, notamment en production de haute technologie, avec des balances commerciales positives, à l’intelligence financière qui attire les capitaux, et tout cela sans ressources naturelles. C’est mieux que les pays scandinaves, qui, quant à eux, privilégient l’impôt sur la consommation avec la TVA sociale, plutôt que l’étranglement des contribuables sur leurs revenus. On oublie toujours de le préciser lorsqu’on dit que la pression fiscale y est forte, désormais moins qu’en France, d’ailleurs. La « révolution » du prélèvement à la source n’est même pas une réforme importante en dehors de la communication qui en fera une marque du « réformateur » Macron. Ce n’est qu’une mesure technique dont l’introduction inopportune et les incertitudes qui l’ont entourée auront atteint le principal moteur de l’économie, la confiance ! Moins on touche à la fiscalité, sinon pour la réduire, mieux les esprits sont disponibles pour l’investissement et la consommation. S’il fallait une réforme, c’était celle qui conduisait à la relance de l’offre, et de notre production, celle qui tirait le meilleur parti du tourisme, l’augmentation de la TVA pour réduire les charges sur notre outil de production. Si l’on allait jusqu’à la révolution, alors la diminution massive de la dépense publique et le passage à l’impôt proportionnel auraient été de nature à libérer les énergies.

Au contraire, la France demeure une URSS qui s’enlise dans son socialisme avec 57% de dépenses publiques par rapport au PIB, des prélèvements obligatoires à 45%. L’Etat a simplement décidé de faire rentrer l’argent plus vite dans ses caisses, en demandant d’ailleurs aux entreprises de s’en charger. Il espère augmenter ses rentrées fiscales de 700 millions. Qu’on ne fasse pas croire que cette mesure est faite pour les Français. Elles est faite par et pour Bercy, dont les ministres issus de la prétendue droite ne sont que les porte-parole soumis par carriérisme à des décisions qu’ils ne maîtrisent guère. Une majorité de Français de 60% est, paraît-il, favorable à cette nouveauté. Il faut rappeler toutefois que 42% des Français seulement versent un impôt sur leurs revenus, et que parmi ceux-ci, 10% contribuent à 70% des recettes, et 2% à 40% dans un Etat qui se vante d’une redistribution très généreuse, ce « pognon dingue » dont parlait Macron, de moins en moins cohérent.  Un pays qui cherche à améliorer ses recettes fiscales techniquement au lieu de les obtenir par la croissance de son économie est un pays tragiquement socialiste ! Coincé entre ses discours et ses agissements contradictoires, le pouvoir va donc devoir aménager son dispositif, pour faire en sorte que la capacité pour les contribuables les plus fiscalisés d’utiliser leur argent dans un but altruiste puisse encore bénéficier des « niches » fiscales, ou des dons si utiles au logement social, à la France ultra-marine, aux entreprises innovantes ou à la vie associative.

Au-delà de la technique, l’idéologie pernicieuse poursuit son travail de taupe : l’impôt individualisé sur le revenu remplace la notion de foyer fiscal. C’est sournoisement un pas de plus vers la destruction de la famille, cible permanente des économies nocives depuis le dernier quinquennat. Enfin, « l’économie d’abord », comme priorité apparente du gouvernement dissimule le fait que  celui-ci néglige ce qui est l’essentiel : le délabrement moral de la nation, minée par une perte d’identité, par un morcellement communautaire, et par une violence qui amène les Français à s’interroger : les impôts, mais pourquoi ?

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7 commentaires

  1. kerneilla - 5 septembre 2018 10 h 02 min

    Ce ne serait pourtant pas difficile de « copier » ceux qui réussissent !
    La France ressemble de plus en plus la la Rome décadente; mais que pouvons-nous faire pour renverser la vapeur?

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    • BERGEREAU Claude - 5 septembre 2018 10 h 39 min

      La réponse est simple. En 2022, voter pour la droite (Wauqiez ou un autre ) car depuis Hollande on est en régime socialiste dont leur seule obsession est de prélever le plus possible de taxes et d’impôts pour pouvoir continuer à faire marcher la machine à dépenses administratives alors que la droite ferait le contraire. Augmenter le temps de travail des fonctionnaires pour en diminuer le nombre et aussi supprimer un grand nombre de dépenses inutiles de l’état, augmenter la TVA pour baisser les charges sociales et ainsi baisser le coût du travail permettant de produire moins cher et vendre à l’exportation en améliorant notre balance commerciale. Je n’invente rien, tous les Pays qui marchent bien l’ont fait. Après Hollande et Macron, 10 ans de Socialisme cela suffit.

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  2. DE VOS Alain - 5 septembre 2018 11 h 09 min

    L’impôt à la source et ses difficultés furent une grande manipulation. Tout était prêt.
    Mais il fallait faire passer le truc. Le scénario fut monté et voilà épilogue hier soir.
    OUF! La France vient encore d’être sauvée! Bande de gaulois ringards, on vint de vous créer une usine à gaz alors qu’on avait un système qui fonctionnait bien. Maintenant on va tout mélanger les salaires, les charges sociales, la retraite, la CSG, … et on pourra faire plein de trucs avec votre argent avec des choses qui n’ont rien à voir ensemble. Car l’impôt c’est en être responsable soit même, de sa déclaration à son paiement qui passe par un consentement. Ce consentement s’inscrit dans une devise : liberté d’être d’accord avec son impôt (de le déclarer, de le payer soi-même), égalité (là on verra plus rien, car nous ne sommes pas égaux devant l’impôt), et fraternité (elle existe partiellement par ceux qui consentent et paient cet impôt .
    L’objet réel c’est de contrôler, hantise des états socialistes! mais surtout contrôler les plus petits et jamais les grands contribuables.
    Foutez ce gouvernement dehors!

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  3. en passant - 5 septembre 2018 15 h 50 min

    Si la pression fiscale est moins forte en Suède, c’est parce que la Suède dépense moins que la France par le biais de la dépense publique ; ce qui ne signifie pas que son économie connaît des charges moins lourdes.

    Cette petite vidéo le rappelle :

    http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-L-Etat-est-il-demesure-et-inefficace-la-verite-des-chiffres_3740.html

    et montre pourquoi cela n’a pas de sens de parler des seules dépenses publiques.

    En effet, retraites, santé ou éducation peuvent être pris en charge directement par les personnes concernées, pour une partie plus ou moins grande. Mais les dépenses correspondantes n’en existent pas moins…et ont le même effet sur l’économie que si elles étaient intégralement publiques.

    La comparaison de la vidéo montre que la Suède dépense 0,5% de PIB de moins que la France en réintégrant ces dépenses directes de retraite, santé, enseignement (le cas allemand est traité dans une autre vidéo, et n’est pas si favorable qu’il paraît).
    Comme par ailleurs la France dépense 1,8% de son PIB pour la défense, et la Suède seulement 1,2% de son PIB, la France est donc en fait plus efficace que la Suède pour les dépenses non militaires, tout en remplissant un rôle mondial que la Suède ne remplit pas.

    Ainsi, il n’y a pas lieu de prendre exemple sur la Suède pour argumenter en faveur d’une baisse des dépenses publiques françaises. Sauf à dire que le cas suédois montre que ces dépenses n’empêchent nullement d’avoir une économie prospère, c’est à dire l’inverse de l’effet initialement souhaité.

    Quoi qu’il en soit, on ne peut pas argumenter sur les seules dépenses publiques à 57% etc etc, puisque les différents pays sont organisés différemment et ont des dépenses de type dépense publique réalisé « hors bilan ».
    Sauf si on souhaite enfiler les sophismes en faveur de réformes pré-conçues, souvent mal conçues d’ailleurs, et dont les gens ne veulent manifestement pas, à juste titre il me semble.

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    • vanneste - 5 septembre 2018 20 h 20 min

      La Suède n’est pas prise comme modèle dans ce texte. La Suisse et Singapour, oui. Quant à la diminution relative de la part de dépense publique en Suède ainsi que la contractualisation des fonctionnaires, elles sont de bonnes mesures qui permettent avec de nombreuses autres causes d’obtenir de meilleurs résultats économiques que la France. L’effondrement de notre commerce extérieur en est hélas le signe le plus évident.

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  4. Ribus - 8 septembre 2018 5 h 37 min

    « Le trou d’air sur le prélèvement à la source, réel ou simulé, aura confirmé la triste réalité du macronisme. »

    Il se dit aussi que les hiérarques de la DGFIP à Bercy, appuyés par certains syndicats, ont utilisé ce dossier pour faire pression sur l’Elysée en ce qui concerne les suppressions de postes annoncées. En effet, la grande partie des efforts devant être réalisés sont à la charge de cette direction. C’est, à mon avis, plausible.

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  5. Arfavale - 8 septembre 2018 18 h 09 min

    Texte impeccable comme d’habitude!

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