Macron ou l’orchestration de la vérité ?

orchestreAinsi donc, Jupiter-Narcisse est passé aux aveux. Il est arrivé au pouvoir par effraction. On appréciera ce mot qui laisse transpirer un attrait pour le délicat parfum de la transgression. Ce comportement est tendance. Macron affecte de n’y céder que dans les mots. C’est dire combien est grande la distance qui le sépare de DSK. Toutefois ne s’agit-t-il pas d’une apparence ? L’affaire « Fillon » montée de toutes pièces dans les couloirs de l’Elysée, en quoi se résume l’effraction qui a permis le vol du sceptre, s’inscrivait dans un souci de transparence tardive mais brutalement précipitée par la complicité active du trio politique, médiatique et judiciaire. Désormais, alors qu’il s’agit de blinder  le pouvoir au lieu d’y entrer par une brèche, la transparence devient suspecte. Le « la » donné à l’orchestre médiatique par le Président-Chef, c’est la dénonciation de l’ère du soupçon. Les violons se font aussitôt entendre : « mais quelle est donc cette société où le dépôt de plainte suffit à faire vaciller un ministre ? Une rumeur ne fonde ni le crime, ni la culpabilité ». La frénésie vengeresse de « Balance ton porc » devient elle-même douteuse voire coupable. Les solistes interviennent :  les ministres et le premier d’entre eux se précipitent pour voler au secours du collègue attaqué. Le choeur reprend le thème : les députés de la majorité ovationnent l’enquêté. L’opprobre change de camp. La victime devient coupable et celui qu’elle désignait se drape dans l’innocence outragée qu’on empêche de travailler pour le plus grand bien d’un pays auquel il a voué sa vie. Sur LCI, une philosophe et politologue, une de ces spécialistes privilégiées par les chaînes « d’information » qui nous aident à décrypter, c’est-à-dire à penser comme eux, vient tardivement au secours de DSK, et nous apprend que quand elle était au PS (tiens ?), chacun savait qu’il était libertin, et les femmes se jetaient sur lui. Intéressante confession sur l’ambiance de la maison qui s’apprêtait à diriger le pays… Il faudrait, selon elle, en finir avec la transparence qui est un retour à l’ordre moral. L’ordre moral est, avec quelques autres épisodes historiques, une de ces heures sombres de l’histoire de notre pays qui provoquent à gauche des frissons d’horreur, convulsifs et rétrospectifs. Chacun appréciera cette philosophe incapable d’esprit critique, adepte de la transparence unilatérale sur les méfaits supposés de la droite, et défenseur de la tolérance à l’égard de la vie privée des hommes de gauche, même lorsque celle-ci révèle des travers incompatibles avec l’exercice d’un pouvoir ou d’un mandat publics. Un obsédé sexuel n’est pas qu’un libertin… Quant à l’usage irréfléchi de la notion d’ordre moral, doit-on supposer qu’il légitime le désordre immoral ? L’exemplarité publique et privée de l’aristocratie élective est pourtant la moindre des exigences d’une véritable démocratie !

Ce qui frappe dans la contre-attaque des élus, du pouvoir, parfois au-delà de la majorité, par une solidarité dans laquelle on ne voudrait pas soupçonner, pardon, supposer une complicité, c’est le mépris sans vergogne pour la victime présumée qui prend le risque de déposer une plainte. Soubrette de New-York ou prostituée de luxe parisienne, elles n’en sont pas moins des victimes potentielles qui, à ce titre, méritent autant la présomption de vérité que la personne incriminée, la présomption d’innocence. Attention, il ne s’agit pas d’une association largement subventionnée et qui fera face aux frais de justice et à une condamnation pécuniaire éventuelle pour diffamation, pour dénonciation calomnieuse. Non, il s’agit d’une personne qui s’expose à des poursuites et à une peine sévère, alors qu’elle-même n’est pas actuellement aux prises de la justice, contrairement à Patrice Alègre dans la malheureuse affaire Baudis, que certains rappellent à cette occasion. Le problème n’est d’ailleurs pas le caractère sexuel de la plainte, mais le fait qu’un futur ministre, et déjà élu, ait pu chercher à obtenir un paiement, en nature, d’un service rendu à une citoyenne, qui aurait pris la forme d’une priorité, d’un privilège, d’une remise en cause d’une décision de justice. Lorsque ce ministre détient l’un des portefeuilles les plus susceptibles d’interventions gracieuses mais pas nécessairement gratuites, la prudence dans la charge comme dans la défense s’impose. La démission lui permettrait d’assurer sa défense avec sérénité. En revanche, le fait qu’un pouvoir issu d’une effraction s’acharne à se prémunir contre celles qui le renverseraient, ressemble à ce que font les occupants sans droit d’une maison vide, qui l’occupent suffisamment longtemps, après en avoir changé les serrures, pour qu’on ne puisse plus les en chasser.

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1 commentaire

  1. Thibault Loosveld - 20 février 2018 0 h 45 min

    La parité élective avait été instaurée par la gauche pour nous formater au refus des comportements puérils entre personnes de sexe opposé mais Judas Baratin, qui est l’actuel ministre du budget, nous aura démontré l’inutilité de cette disposition puisqu’en 2009, il avait déjà présenté sa candidature aux élections municipales à Tourcoing. Si les députés En Marche étaient cohérents, ils retireraient la parité des prochaines élections européennes.
    Mais, en 2017, l’effraction d’Emmanuel Macron correspondait, d’après moi, à une hypothèse selon laquelle la subsidiarité des accords de branche aboutissait systématiquement à des créations d’emplois pendant une période quinquennale, contrairement à la réalité économique américaine où les accords d’entreprise et le contrat de travail sont les seules sources de normes professionnelles.

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