Notre-Dame-Des-Landes : Courage, fuyons !

incertain« Le courage, la fermeté, l’autorité de l’Etat, le respect des lois de la République…  » le concert de louanges adressées à Edouard Philippe par le choeur médiatique, qui a repris très fidèlement, comme à son habitude, l’autosatisfaction gouvernementale, laisse pantois. La dictature molle qui s’est installée en France s’appuie sur la saturation de l’information par une pensée unique qui tend à déresponsabiliser les citoyens en leur promettant une évacuation en douceur des problèmes afin de maintenir la quiétude dans les esprits et la passivité dans la politique de l’Etat.  Celui qui résiste à cette anesthésie ressemble au personnage de la pièce de Ionesco qui est le seul à ne pas devenir Rhinocéros. Il continue à voir les choses comme elles sont. Il y a encore, Dieu merci, de nombreux Français qui en ont la capacité.

Il n’y a aucun courage, mais au contraire, une très grande lâcheté à renoncer à un projet uniquement pour éviter l’affrontement avec des groupes de gauchistes qui occupent illégalement un territoire de la République au nom d’une prétendue ZAD. Le courage consiste à accomplir son devoir, à faire respecter une décision démocratique dans le cadre de la continuité de l’Etat. Celui-ci a une fois de plus démissionné, dans la logique du « syndrome Malik Oussekine » qui a paralysé le faux dur Chirac de Décembre 1986 jusqu’à 2007. Le malheureux accident de Sivens, puisque telle est la qualification qu’il faut retenir après la décision judiciaire de non-lieu, a réanimé la peur panique des autorités de devoir répondre de la mort d’un homme pour avoir voulu faire respecter la loi.  C’est hélas une attitude qui renverse la hiérarchie de l’Etat de droit, dont on nous rebat les oreilles. Il n’y a pas d’Etat de droit lorsque des territoires de la République échappent à l’autorité de la Loi, lorsque le rapport de forces permet à une minorité violente de s’imposer face à une majorité de citoyens qui, directement ou au travers de leurs élus, ont exprimé la volonté générale.

On voit bien dans ce triste dossier de Notre-Dame -Des-Landes que les mots employés cherchent à masquer une réalité dont le sens est le contraire de ce qu’ils prétendent affirmer. Cette fois, on pense à 1984, et à la « novlangue » du génial Orwell. Il n’a plus d’autorité de l’Etat, lorsque celui donne raison à ceux qui ne respectent pas la démocratie. L’un des « zadistes » au milieu de la fête de la victoire de son camp, c’est-à-dire de l’illégalité, le proclamait sans vergogne : « nous avons fait plier l’Etat ». Le spectacle des commentaires était d’ailleurs déprimant : face à la joie des gauchistes et de la « France Insoumise », il y avait les malheureux citoyens, les oubliés de la majorité silencieuse, qui s’étaient donné la peine de participer à un référendum et qui croyaient avoir décidé de la réalisation de l’aéroport. Non, ce que les élus attachés à ce territoire, ce que la majorité de la population avaient voté, est effacé d’un revers de manche au nom de l’habileté politique. 51% des électeurs de Loire Atlantique s’étaient déplacés et avaient choisi le « oui » à 55, 7 %. 20 communes soutenaient le projet, conforté par 180 décisions judiciaires. Et l’on voudrait nous faire croire que la France est une démocratie ? Se moquer des électeurs est le meilleur moyen de les convaincre du contraire. La France est plus près d’une République bananière que de la Suisse.

La fermeté brandie par le Premier Ministre ressemble aux communiqués de guerre qui annoncent une retraite impeccablement exécutée, promesse des victoires à venir, quand elle n’est que l’aveu d’une bataille perdue. Palsembleu ! les drôles vont déguerpir, mais après les grands froids, des zones dont ils se sont emparées. Evidemment, puisqu’ils ont eu gain de cause. Et pourtant non ! L’autorité de l’Etat, le respect de la loi sont tombés à un tel niveau en France que cet espace soustrait à la République va sans doute lui être disputé au nom d’une prétendue supériorité « morale » du gauchisme archi-minoritaire sur les décisions d’une démocratie qui ne croit plus en elle-même. « Nuit debout » a fait école ! Mais comment faire respecter des gouvernants qui n’ont aucune parole ? M. Macron, le matamore qui clame faire ce qu’il dit, s’était engagé, comme Edouard Philippe d’ailleurs, à respecter le choix des électeurs. On voit qu’il n’en est rien.

Il restera la facture que paieront comme d’habitude les Français, y compris ceux qui seront les victimes directes de l’agrandissement de l’aéroport de Nantes, les habitants de Saint-Aignan, dont on se soucie comme d’une guigne. Il faudra indemniser Vinci, peut-être à hauteur de 350 Millions, traiter la délicate question des ventes de terrains et d’immeubles déjà réalisées, la compensation des dépenses des communes impliquées dans le projet, négocier en position de faiblesse avec l’opérateur, en lui abandonnant « Aéroport de Paris » par exemple. Sans doute le projet de Notre-Dame-Des-Landes était-il contestable à l’origine. Etait-il vraiment nécessaire, compte tenu des chiffres actuels de la fréquentation de celui de Nantes ? Il s’agissait d’un pari sur le développement du Grand-Ouest. Mais ce qui est sûr, c’est que la France devient incapable de mettre en oeuvre les grands équipements qui ont marqué l’épopée de la DATAR. On peut s’en réjouir en y voyant un recul de l’Etat. On peut au contraire y voir l’inefficacité grandissante d’un Etat obèse gorgé d’élus et de fonctionnaires et incapable d’éviter les débâcles qu’entraîne sa gestion calamiteuse : après la gabegie du retrait des portiques de l’écotaxe, au grand dam de Ségolène Royal, qui sort de son igloo pour savourer sa revanche,  voici la grandiose faillite de Notre-Dame-Des-Landes !

 

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8 commentaires

  1. erwan - 18 janvier 2018 10 h 19 min

    Sur la forme je partage votre analyse. L’Etat a plié face à la contestation. Sur le fond, je suis heureux d’apprendre que ce projet ne verra pas le jour, au grand dam de la bourgeoisie nantaise qui doit se mordre les doigts d’avoir voté Macron à l’élection présidentielle il y a à peine un an… Comme le dit très justement P. de Villiers, l’intérêt général a prévalu et le bon sens l’a emporté, les grands aéroports régionaux n’ayant plus d’intérêt dans la France interconnectée d’aujourd’hui.

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    • DELAFOSSE - 19 janvier 2018 9 h 04 min

      Prions le ciel qu’en France (y compris à Nantes) les bourgeois soient de plus en plus nombreux plutôt que de voir notre pays rejoindre un jour le « Quart monde ».

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  2. DELAFOSSE - 18 janvier 2018 11 h 14 min

    Sauf que des contestations, il y en avait des deux cotés. Suffirait-il d’une contestation sur un sujet quelconque pour ne pas prendre de décision, ce serait trop simpliste.
    Bonne ou mauvaise, je me réjouis de voir les gouvernants se « bouger » enfin, surtout après 50 ans de conflit. Ne sont-ils pas là pour ça? Beaucoup d’autres l’ont évincé, ignoré, contourné et il n’y a pas eu grands reproches.
    Que cette décision soit courageuse ou pas, qu’importe… C’est une décision prise.
     » Même les plus mauvais de nos généraux ont gagné des batailles ».
    N’en déplaise…

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  3. Pitton Rita - 18 janvier 2018 11 h 27 min

    La décision a été courageusement prise et bravo !
    Nos écolos ont gagné .
    Les zadistes aussi et c’est par le droit qu’on va régler leur sort pas en disant qu’il faut retrouver l’Etat de droit et les chasser car c’est le droit qui crée l’Etat de droit .
    Il faut une gestion collective comme l’état d’esprit qu’on a initié au Larzac en 1981 , un montage juridique signé avec l’Etat .

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    • DELAFOSSE - 18 janvier 2018 12 h 48 min

      Vos écolos ont gagné…seulement si cette décision a été prise pour raisons écologiques, ce qui n’est pas forcément le cas. Le seul vainqueur, c’est le bon sens et sans avoir beaucoup occuper le terrain.

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  4. MARTINEZ - 18 janvier 2018 18 h 11 min

    Déni de démocratie , MACRON renie sa parole , y a que pour rajouter des taxes q’il fais preuve de fermeté,

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  5. lapaladine - 19 janvier 2018 11 h 03 min

    L’étude qui a été commandée par Jupiter était biaisée d’avance comme vient de le dire B Retailleau chez Bourdin à cause des experts choisis. Pour démontrer la conclusion qu’on voulait, on a choisi des experts adéquats.
    La solution de renoncer à NDDL permet de ne pas se heurter frontalement aux zadistes. Et je pense que Macron va laisser cette ZAD, il espère en bon illusionniste que le 30 mars on n’en parlera plus ou si on en parle il détournera l’attention avec autre chose.
    Le gouvernement est en difficulté sur les prisons avec la grève des gardiens de prison, sur la sécurité avec la police qui se fait caillasser, maltraiter par les délinquants, la circulaire de G Collomb refusée par les associations, le projet de loi sur l’immigration, les hausses de taxes diverses et variées, la baisse des créations d’entreprise, le problème de l’immigration, etc.
    Pendant qu’on parle de NDDL, on ne parle plus du reste et pourtant…!

    Quant aux zadistes, ce sont des anarchistes. Ils ne paient sûrement aucun impôt à l’Etat, profitent de l’Etat comme RSA, chômage, aide médicale, école, route, électricité, etc.. Ils se sont installés sur des terres qui ne leur appartiennent pas. La France est un pays de droit et non une anarchie!
    C’est tout bénéfice pour les zadistes qui ne sont que des anarchistes en réalité et des sangsues de l’Etat. Vous parlez d’une société alternative!!! C’est une honte!!! Bové peut raconter ce qu’il veut, c’est indéfendable.

    Entre le communautarisme qui s’est installé dans les cités où la loi française ne peut plus s’appliquer, ces zadistes qui ont instauré un endroit en toute illégalité pour vivre leur modèle anarchiste, les clandestins qui sont logés, nourris, soignés aux frais de la République, où va la France?
    Et ce sont les bons Français qui paient leurs impôts et taxes, qui d’ailleurs ne font qu’augmenter, respectent les lois françaises qui sont les dindons de cette mauvaise farce. Et Jupiter a le culot de les insulter, de leur faire des leçons de morale!
    C’est le monde à l’envers!!!!
    Harry de Quetteville prévient les Anglais : “Cessez donc de vous réjouir et prenez garde ! Cet homme est un Casanova de la politique et de la diplomatie, toujours prêt à dégainer un compliment, à plonger ses yeux dans les vôtres en vous susurrant des mots doux, alors qu’en réalité il fait toujours – toujours – passer ses propres intérêts d’abord”.
    Le Daily Telegraph étrille sévèrement le chef de l’Etat. Il “est le plus raffiné des manipulateurs affectifs de notre temps”, bien que « raffiné » ? Son chien pisse dans son salon à l’Élysée et il se marre comme un soudard …
    Le Financial Times est plus taquin avec Emmanuel Macron : “A chaque fois qu’il a besoin d’arrondir les angles d’une relation bilatérale compliquée”, le chef de l’Etat use des cadeaux.
    Il n’y a que les Français pour être aveuglés, anesthésiés par Jupiter!!!

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  6. Pitton Rita - 20 janvier 2018 11 h 58 min

    Un peu de collectivisme d’Etat dans cette France capitaliste où les spéculateurs au service de Mammon font cruellement fortune en créant plein de SDF ça me réjouit .
    « Au Père est la Terre et tout ce qu’elle contient : mon enfant tout ce que j’ai est à toi pas aux 10 % de spéculateurs capitalistes qui accumulent des profits .
    En Chine défense de spéculer sur l’immobilier .Bravo .
    Ces Zadistes demandent à raison un mode d’organisation sociale fondé sur la propriété collective , une gestion par une entité politique pour planifier la production .

    Et ils vont gagner par la Justice Divine .Amen .

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