Ne pas se tromper d’ennemi ! (I)

terroLa désignation lucide de l’ennemi est le fondement de toute politique responsable. Il y a des ennemis réels, les autres Etats auxquels un Etat fait la guerre, et des ennemis absolus, ceux qui le menacent dans son existence et son identité. Ces derniers peuvent ne pas avoir une forme étatique, mais porter une idéologie. L’une des faiblesses de l’Occident repose sur son incapacité à désigner l’ennemi. L’Europe bêlante veut croire à un monde pacifié et tolérant d’où la guerre serait bannie, et où le gouvernement se réduirait à l’élaboration et à la mise en oeuvre du droit dans une société pluraliste tirant sa prospérité de l’ouverture des marchés. L’Europe ne voudrait avoir que des amis auxquels elle propose sa modestie politique et sa générosité financière, avec le sentiment qu’il s’agit pour elle d’un devoir qu’imposent ses turpitudes passées. Le grand allié et protecteur américain est dans une situation différente. La nation la plus puissante du monde, économiquement et militairement, a des ennemis, mais manifestement, elle éprouve quelque difficulté à les nommer, sans tomber dans les contradictions et la confusion.

Après le désastre des années 1970, l’abandon du Viet-Nam et de l’Indochine aux communistes, l’avancée des Soviétiques et des Cubains en Afrique et en Amérique centrale, la chute de l’allié iranien, lorsque Ford puis Carter, avaient succédé à l’un des plus grands Présidents des Etats-Unis, Richard Nixon, descendu par une presse égocentrique et insoucieuse de l’intérêt supérieur du pays, Ronald Reagan avait redressé la barre en ciblant l’ennemi,  » l’Empire du Mal », c’est-à-dire l’Union Soviétique. Une décennie plus tard, l’Empire se délabrait et s’effondrait. Les moyens employés avaient visé l’efficience plus que la pureté. L’un d’entre eux, et non le moindre, le soutien aux islamistes en Afghanistan pour épuiser l’Armée Rouge, se paye cruellement aujourd’hui.  G.W.Bush, après la molle parenthèse démocrate de Clinton, pointait « l’axe du mal », une notion plus floue qui englobait les Etats dangereux, de la Corée du Nord à l’Irak en passant par l’Iran, certes tenus par des régimes dictatoriaux hostiles idéologiquement à l’Amérique, mais nullement liés les uns aux autres par une ligne politique. L’Irak et l’Iran venaient de se livrer à un long et sanglant conflit. Depuis, Washington entretient et accentue cette confusion. L’ennemi désigné est le terrorisme, non l’islamisme sunnite qui l’alimente, et encore moins l’islam. Contre lui a été forgé le Patriot Act, qu’Obama s’est efforcé de réduire pour le rendre plus conforme aux « valeurs » américaines.

Le terrorisme n’est pas un ennemi, en chair et en os, c’est un moyen d’action politique, un concept. L’ennemi est celui qui utilise le terrorisme pour parvenir à ses fins politiques. En l’occurrence, l’ennemi c’est le djihadisme, le salafisme guerrier, le retour de certains musulmans à l’application littérale du Coran et à l’observation des règles et modèles de comportements tirés de la vie du prophète et de ses compagnons. Qu’il s’appelle Etat islamique ou Al Qaïda, ou s’affuble de voiles plus ou moins opaques, n’a aucune importance. Cette idéologie, qui bénéficie à la fois de l’expansion démographique de l’islam et des moyens financiers colossaux dont disposent les monarchies pétrolières, et que ne contrôlent pas nécessairement les Etats, est l’ennemi absolu de l’Occident. La Catalogne et Barcelone viennent encore de l’illustrer tragiquement. L’islam a, selon cette conception, une mission de conquête, de conversion ou de soumission des infidèles, qui a été mise en oeuvre sans discontinuer dans les premiers siècles de son existence. Les pays occidentaux subissent donc une triple menace qui touche à la fois leur sécurité par le terrorisme, leur identité culturelle notamment à travers l’immigration, et leur organisation politique, la démocratie libérale, qui n’est pas compatible avec le salafisme. L’agression contre l’Irak baasiste, contre la Libye de Kadhafi, qui avaient toutes les raisons de s’opposer à l’islamisme politique, ou le soutien à des djihadistes en Syrie, constituent donc des contre-sens. En revanche, la Russie qui continue à être traitée comme l’ennemi principal, est une nation qui appartient culturellement à l’Occident et qui se trouve confrontée au même danger, d’autant plus pressant que la minorité musulmane y est très importante. L’URSS était d’abord un ennemi réel qui à travers le marxisme, le communisme, se muait en ennemi absolu. La Russie est un partenaire, voire un concurrent. Ce n’est pas un ennemi mais un Etat qui possède son identité propre, entend la garder et ne cherche nullement à l’imposer. L’islamisme fanatique, lui, est clairement un ennemi absolu, qui veut la mort de notre civilisation, et n’hésite pas à l’entreprendre en massacrant le plus grand nombre de personnes dans des lieux qui symbolisent le mode de vie occidental qu’il veut anéantir.  ( à suivre)

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6 commentaires

  1. DELAFOSSE - 19 août 2017 11 h 24 min

    Les  » terroristes » sont nos ennemis, mais le » terrorisme », ne l’est pas…..comprendra qui peut ! J’ose l’avouer humblement, ce n’est pas mon cas.

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    • vanneste - 19 août 2017 11 h 33 min

      Le terrorisme est une abstraction qui permet de ne pas désigner l’ennemi, en l’occurrence l’islamisme.

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  2. erwan - 19 août 2017 14 h 21 min

    Pour paraphraser Gambetta, il viendra bientôt le temps de faire un choix alternatif avec l’islam: se soumettre et collaborer ou se démettre et résister! Il est clair que la deuxième option est la seule qui puisse sauver la France et plus généralement le monde libre!

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    • DELAFOSSE - 19 août 2017 14 h 42 min

      Je pense malheureusement que ces paroles de Gambetta auront bien du mal à être imprimées dans nos nouveaux livres d’Histoire.

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  3. erwan - 19 août 2017 17 h 41 min

    M. Vanneste, je suis d’accord avec votre propos mais je le nuancerais. Réduire le problème à l’islamisme, autrement dit le salafisme, consiste à ne voir que la partie émergée de l’iceberg. Car plus généralement, c’est l islam dans son ensemble qui défie l’humanité et qui a du sang partout à ses frontières comme dirait S. Huntington. D’ailleurs vous reconnaissez que c est notamment grâce à l’expansion de l’islam que l’islamisme croît. Les deux sont hélas liés et la frontière est plus que poreuse…. E. Zemmour l’a très bien démontré.

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  4. Jacques Peter - 20 août 2017 14 h 52 min

    Il est en effet curieux que les Etats occidentaux aient tant de mal à reconnaître l’islam comme leur ennemi alors que cette idéologie est opposée à la liberté, valeur principale de l’occident.

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