Le « Droit » et la guerre, ou une paix réaliste ? (I)

bashartoujourslaLa situation militaire et politique évolue considérablement en Syrie. Les reconquêtes territoriales de l’armée nationale, soutenue par la Russie, sont importantes. De la frontière libanaise à l’Est syrien, les islamistes fanatiques de l’EI, comme leurs cousins prétendument modérés, sont en recul. A l’Ouest, des zones de désescalade, sous contrôle russe, sont déjà opérationnelles dans trois secteurs encerclés par l’Armée syrienne. Le but est de restaurer la paix civile en permettant éventuellement le transfert des combattants rebelles vers le Nord, dans la province d’Idleb, près de la Turquie, puisqu’il faut être aveugle pour ne pas voir que la rébellion a été d’autant plus active qu’elle était soutenue de l’étranger et par l’étranger, le long des frontières hostiles. Que la  France ait pu participer à ces opérations de renversement d’un Etat et de prolongation de la guerre, après la désastreuse opération libyenne, est un scandale, une forfaiture dont les dirigeants responsables devraient rendre compte. Or, c’est d’un procès à Bachar Al Assad dont il est aujourd’hui question, tandis que ses troupes foncent vers Deir Ez Zor, dernier fief de l’Etat islamique, selon trois axes et ont ainsi multiplié par 2,5 le territoire qu’elles contrôlent. Mme Del Ponte prétend faire entendre le droit dans une situation sans rapport avec lui, si ce n’est qu’un Etat souverain a été l’objet de multiples interventions étrangères sur son sol dans le but de l’abattre. Si la guerre a été cruelle, tous les protagonistes en portent la responsabilité. Il est étrange que les accusations  » contre le régime » soient aussi unilatérales. Cette nouvelle offensive médiatique, toujours à contre-temps, comme celle qui s’était déployée lors de la libération de la partie d’Alep occupée par les djihadistes, n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans la série de manipulations récurrentes, cyniques et objectivement irresponsables, qui de l’ex-Yougoslavie à la Syrie en passant par l’Ukraine offrent au grand public occidental une lecture manichéenne de  la politique internationale. Il faut s’interroger sur les raisons obscures qui depuis le début du pseudo Printemps Arabe, ont conduit à une désinformation systématique de la part des grands médias et à un parti-pris de l’oligarchie qui détient le pouvoir réel dans les démocraties occidentales. L’Occident, drapé dans les plis du droit et de la morale, allié pourtant à des monarchies qui ne s’embarrassent guère de droit ni de morale, a soutenu des révolutions qui loin d’amener la démocratie et la paix avec des dirigeants respectables, ont répandu le chaos et la barbarie. Que l’Etat syrien ne soit pas un modèle de démocratie libérale est une évidence. Y a-t-il dans les pays arabes un seul pays qui le soit ? Celui qui s’en approche le plus est le Liban, avec son importante minorité chrétienne, ce qui n’est pas un hasard. Quant aux ennemis de l’Etat syrien, beaucoup sont pires que lui, car ils menacent les nombreuses et importantes minorités syriennes.

Il faut une fois encore rappeler les faits. Depuis la fin du bloc communiste, une politique d’isolement et d’encerclement de la Russie est en oeuvre, alors même que ce pays n’est plus communiste et ne prétend plus à l’hégémonie mondiale. Le dépeçage de l’ex-Yougoslavie au détriment de la Serbie, proche des Russes et à l’avantage des minorités musulmanes, soutenues par la Turquie et les pays du Golfe, et, depuis, radicalisées en Bosnie et au Kosovo, a été le premier jalon. La technique des révolutions orchestrées a été ensuite employée dans plusieurs anciennes républiques de l’ex-URSS et dans les pays arabes qui étaient tenus par des régimes nationalistes, plutôt hostiles à l’islamisme, et parfois amis de la Russie. Au Proche-Orient, ces « révolutions » soutenues par les pays occidentaux, les monarchies du Golfe et la Turquie, et dans lesquelles les Frères Musulmans et les salafistes ont joué un rôle de premier plan, ont conduit à deux types de situations. Soit une guerre civile s’est installée au détriment des populations, comme en Libye, en Syrie et au Yémen. Soit un coup d’Etat a chassé les islamistes du pouvoir, comme en Egypte. Il y a enfin l’Irak qui, après l’intervention intempestive des Etats-Unis et l’occupation américaine, a sombré dans la guerre civile, sans même avoir connu de révolution. La région laisse donc un paysage politique dévasté dont la lecture est plus complexe que jamais. L’Irak, soutenu militairement par la coalition occidentale et sunnite, est contrôlé par les chiites majoritaires qui ont été le fer de lance de la reconquête contre l’Etat islamique. Objectivement, le pays est donc proche de l’Iran chiite, l’adversaire déclaré de l’Amérique et de l’Arabie Saoudite. Les deux ennemis religieux s’affrontent au Yémen. Les monarchies du Golfe offrent un camaïeu de positions politiques liées à l’islam. Le Bahrein à majorité chiite mais gouverné par des sunnites est sous la tutelle des Saoudiens. Ces derniers viennent de rompre clairement avec le Qatar, pourtant proche sur le plan religieux, reprochant à celui-ci d’avoir de trop bonnes relations avec Téhéran, et surtout de promouvoir les Frères Musulmans. Ce clivage prend corps en Libye où le maréchal Haftar, légitimé par le Parlement de Tobrouck, soutenu par l’Egypte, les Emirats Arabes, et la Russie est en position de force à l’Est du pays contre le gouvernement de Tripoli à l’Ouest qui a l’appui des Occidentaux… de la Turquie et du Qatar. Militairement, Fayez Al-Sarraj, à la tête de ce Conseil Présidentiel, doit compter sur les milices de Misrata, c’est-à-dire sur les Frères Musulmans… Le monde arabo-musulman n’est toujours pas converti à la logique d’Aristote. L’ami de mon ami peut être mon ennemi, comme l’ennemi de ce dernier, aussi d’ailleurs. L’ennemi de mon ami peut être mon ami de même que l’ami de mon ennemi !  A ce titre, toute comparaison avec les menaces totalitaires du siècle dernier est absurde, en ce qui concerne les vrais Etats, du moins, parce qu’ils ont leur logique d’Etat, difficile à comprendre, mais infiniment préférable à la logique mortifère des idéologies, religieuses ou non. (à suivre)

 

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2 commentaires

  1. erwan - 15 août 2017 13 h 03 min

    Si la Syrie n’est pas un modèle de démocratie libérale, est ce que la démocratie libérale est un modèle? Certainement pas. On comprend mieux pourquoi la Russie, mais aussi beaucoup de pays d’Europe de l’est ne souhaitent pas s’en inspirer. L’Occident déclinant, moraliste, donneur de leçons de droits de l’homme à longueur d’année est usé! Il vit une éclipse de la pensée, de l’esprit et de l’intelligence, comme l’a si bien souligné Soljenitsyne. Il a un grand besoin de se régénérer!

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    • vanneste - 15 août 2017 14 h 33 min

      C’est hélas très juste…

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