Débat Bilger-Goldnadel sur la Justice et la Politique (Droite Libre 28/3/2017)

BilgerGoldnadelMercredi soir, je présidais le dîner-débat de la Droite Libre dont le thème était le rapport Justice-Politique. Evidemment, la question était celle de l’opportunité des poursuites en pleine campagne électorale contre François Fillon candidat désigné par la primaire de la Droite et du Centre lors de la primaire. Philippe Bilger assumait avec sa finesse habituelle le rôle du défenseur de l’accusation. Cet oxymore lui va bien. La solidarité de l’ancien Avocat Général avec le Parquet National Financier est apparemment logique. Mais Philippe Bilger est rarement là où on l’attend. En fait, devant un public largement favorable à François Fillon, il était plus dans le plaidoyer que dans le réquisitoire et n’avait pas la position la plus facile. Gilles-William Goldnadel inversait lui aussi les rôles puisque l’avocat, membre des « Républicains », reconnaissait n’avoir pas une sympathie particulière pour François Fillon, mais condamnait avec fougue la machination orchestrée contre lui. Tous deux étaient d’accord sur un point que chacun peut facilement admettre. Le candidat que le tandem médiatico-judiciaire cherche à abattre n’est pas bien conseillé. Pourquoi n’a-t-il pas immédiatement démenti les allégations du « Canard enchaîné » et porté plainte en diffamation ? Pourquoi n’a-t-il pas refusé d’obéir à une instance judiciaire qui empiétait sur les prérogatives du pouvoir législatif et intervenait par ailleurs sur un dossier qui n’avait rien à voir avec ceux pour lesquels elle a été créée, c’est-à-dire des affaires importantes et complexes, et non pas l’emploi fictif ou non de son épouse par un député ? L’explication est pourtant bien simple : ce qu’a fait François Fillon est tellement peu original qu’il n’en tirait aucun sentiment de culpabilité et n’imaginait pas un instant qu’on puisse l’inquiéter à ce sujet. Il avait sans doute en tête tel ou tel financement d’un homme politique français par un pays étranger qui cependant n’avait pas donné lieu à une condamnation.

Pour Philippe Bilger, la Justice, à laquelle il a consacré sa vie, n’est pas un vain mot. S’il déteste les magistrats qui trahissent leur mission notamment en contrariant l’action de la police lorsque celle-ci est justifiée, il croit que l’autorité judiciaire doit pleinement accomplir sa fonction démocratique en éclairant les électeurs y compris à la veille d’une élection. Il ne doit pas y avoir pour lui de trêve judiciaire en période électorale. La précipitation du PNF à lancer la procédure et la porosité entre la justice ou la police et les médias ne résultent que du devoir pour une fois respecté de la rapidité de l’action et du souci de la transparence devant l’opinion publique. La riposte de Maître Goldnadel a reposé sur une opposition classique et sur un constat. Certes, on peut idéaliser une justice abstraite fondée sur de grands principes, mais la justice est faite d’hommes et de femmes en chair et en os, avec leurs préjugés, leurs accointances et leurs préférences.  Or, une grande partie des magistrats, une large majorité des journalistes sont ancrées à gauche. Le PNF est une création de Taubira, le magistrat qui est à sa tête a été nommée par François Hollande. Mme Houlette a été choisie alors qu’un autre magistrat, Catherine Pignon, plutôt marquée à droite, était sur les rangs. Chez les journalistes, le tropisme gauchiste serait supérieur à 70%. Sans évoquer le complot, l’avocat a donc conclu à une sorte de coup d’Etat improvisé qui a vu la justice et les médias se saisir d’une affaire qui ne pouvait que les réjouir : empêcher le favori de l’élection, un homme de droite, de parvenir au second tour de celle-ci et permettre ainsi le maintien de la gauche au pouvoir. Les deux débatteurs ont refusé les idées de complot ou de « cabinet noir » qui semblent sortir d’un mauvais roman et sont intervenues bien tardivement dans la contre-attaque de François Fillon.

Personnellement, je crois au complot, au « cabinet noir » et au système prêt à tout pour assurer sa survie. On peut refuser ces mots en dénonçant l’abstraction sans visage qu’ils désignent. C’était l’argument de Philippe Bilger. Mais il est facile de donner à ces termes plus de réalité. Natacha Polony définissait récemment ainsi le système : « l’alliance objective de différentes personnes à des postes divers, dans des sphères supposées indépendantes, mais qui embrassent une même cause en usant pour cela de la position dominante ». Le système, c’est par exemple M.Jouyet, M. Attali, M. Minc, M. Drahi, M. Bergé, M. Delanoe, M. Collomb, M. Apathie, M. Barbier, M. Pujadas etc, etc… et M. Macron qui les connaît tous très bien. Le système, c’est un réseau de pouvoirs politiques, économiques, et médiatiques qui a ses tropismes idéologiques communs et ses détestations identiques. Les traitements, opposés à l’extrême, des candidats Fillon et Macron ne laissent aucun doute sur son existence. En son sein, peut-on parler de complot ? Certes non, car le complot ne peut embrasser la majorité des médias dont la plus grande partie n’a fait que saisir avec volupté  la « divine surprise » de l’affaire « Pénélope ». Mais que cette opportunité ciblée dans le temps et sur une personne, alors que tant d’autres à d’autres moments étaient possibles, ne peut être le fruit du hasard et demande bien une cellule, quelques personnes ayant par ailleurs d’autres fonctions très officielles, au plus haut niveau de l’Etat, capables de réunir les informations et de les transmettre aux journaux et à la justice, avec les suggestions amicales ou les souhaits bienveillants, qui dans l’un et l’autre cas entraînent l’action espérée.

Que des personnalités du monde judiciaire aussi différentes que l’ancien Procureur Général François Falletti ou l’avocat Eric Dupond-Moretti s’inquiètent du « feuilleton » actuel qui a pourri le débat en vue de l’élection présidentielle, et s’interrogent sur le caractère intempestif de la procédure ou sur l’absence de respect des droits de la défense, devrait heurter beaucoup plus l’opinion publique que les faits reprochés à François Fillon ou sa théorie du complot. Pourtant, quand on entend les dénégations des conformistes, des membres éminents du système, comme Alain Duhamel, rejeter l’idée du complot avec le même mépris que celui qu’ils affichent à l’encontre du populisme, on se dit que cette posture systématique résonne comme un aveu.

 

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4 commentaires

  1. COUROUVE - 30 mars 2017 22 h 00 min

    La violation du secret de l’instruction entraîne la superposition dans le temps des procès judiciaire et médiatique. C’est malsain, voire digne d’un régime totalitaire.

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  2. ADAM - 31 mars 2017 10 h 38 min

    Tiens… Mon cher Christian, tu retrouves un peu d’objectivité?
    C’est bien… Merci… continue s’il te plait.

    Je viens ici simplement t’apporter un argument dont personne ne semble plus vouloir parler, depuis l’enterrement de première classe de ce que nous avons connu sous le nom de « affaire du Juge RENARD » ou « Le renard Franc-maçon ».

    Ce Juge du Parquet de NICE fut « pris la main dans le SAC ».

    Il se servait de sa position, de ses fonctions, pour porter à la connaissance de la « Maçonitude » locale, de sa Loge notamment, le contenu des Instructions.
    La première « victime » en fut naturellement « Jacques Médecin »! Ben voyons donc, pourquoi s’en priver, lui qui s’affichait clairement en lutte contre les « Maîtres » et « sous-maîtres » locaux!

    L’une des « implications » de ses détournements et violations de l’instruction, remontaient aux « ministères » les renseignements recueillis lors de « perquisitions » dont les motivations douteuses ne débouchèrent que sur des « NON-LIEU »!
    Les « matériels consistants et inconsistants » saisis n’auraient jamais du apparaître au Public et devaient rester du Domaine de la CONFIDENTIALITÉ Politique et Privée!

    N’est-il pas préoccupant que certaines de ces « violations » furent récupérées par un certain « Michel Polac », pourfendeur attitré de la « GAUCHITUDE » de l’époque dont la « cellule » de l’Elysée de « DIEU », ce « Mythe Errant », apporta la PREUVE de l’existence de « Cabinets NOIRS »!

    « ILS » ont beau dire que cette époque est révolue… Comment les croire?
    À bientôt mon Ami… mais surement pas dans le sillage d’un Gourou du Système comme le « Fillou » de service!

    En mai, il va falloir choisir au 2ème tour…
    Et nous ne devrons pas venir nous plaindre ensuite, car pendant les cinq ans à venir nous aurons les MAÎTRES que nous méritons!

    VOUS SUBIREZ ceux que vous prétendez vouloir VIRER!
    VOUS aurez ceux POUR QUI vous aurez FAIT VOTER, ou ceux que vous aurez laissé passer, faute de vous être engagés avec le PEUPLE combattant!

    Eric Adam, CRD-CVD
    Porte Parole des Forces Combattantes
    de la Résistance Démocrate du PEUPLE de FRANCE:

    Page Officielle du CRD-CVD
     » Conseil de Résistance pour la Démocratie  »
     » Combattants pour les Valeurs de la Démocratie  »
    https://www.facebook.com/OfficielCVD/?ref=br_rs

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  3. kerneilla - 31 mars 2017 16 h 07 min

    Il a fallu quelques heures pour que la Parquet financier mette les Fillon en examen, combien faudra-t-i de temps pour que le même parquet mette le ministre démissionnaire en examen? parce que, tout de même, l’emploi fictif semble plus probable lorsqu’il s’agit d’adolescentes, que lorsqu’il s’agit de l’épouse largement adulte d’un homme politique , n’est-ce pas ? alors deux poids, deux mesures ?

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  4. Pitton Rita - 1 avril 2017 10 h 07 min

    Christian tu as bien raison de croire au cabinet noir . j’aime te lire mais ce que dit Eric Adam est vrai aussi .

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