Poutine joue et gagne…

echecsAlep est presque totalement libérée. L’avancée des troupes gouvernementales et de leurs alliés a été foudroyante. Beaucoup de rebelles se sont rendus à l’armée régulière tandis que de nombreux civils profitaient de l’effondrement des djihadistes pour gagner les secteurs plus sûrs contrôlés depuis longtemps par ce que les « occidentaux » continuent d’appeler le régime et qui est le gouvernement légal syrien. Jusqu’au dernier moment, l’exécutif français a été à la pointe de l’ingérence et de l’hypocrisie à propos de la guerre qui est en train de tourner nettement à l’avantage de la Syrie  de Bachar Al-Assad et souligne la justesse de la stratégie du Président Poutine. La France a été fourvoyée dans une aventure criminelle par des dirigeants irresponsables soutenus dans cette affaire par des médias dont l’attitude est une honte sur le plan déontologique.

La stratégie américaine a comme d’habitude mêlé la sinuosité et le cynisme sur le terrain et les déclarations solennelles fondées sur les grands principes. Depuis l’accord passé sur le Quincy le 14 Février 1945 entre le Président Rooseveelt et le Roi d’Arabie, Abdelaziz Ibn Saoud, les Etats-Unis ont définitivement remplacé les Britanniques comme « protecteur » de la Péninsule et de son sous-sol riche en gaz et en pétrole. Le Royaume-Uni a progressivement abandonné ses possessions et ses vassaux tout autour. Les Américains se sont au contraire déployés, au Qatar et en Arabie Saoudite, notamment. Les Etats du Golfe constituent un intérêt vital pour l’Oncle Sam, et celui-ci l’a montré en intervenant quand une monarchie sunnite était attaquée. Ce fut le cas au Koweit quand Saddam Hussein avait tenté de l’annexer. Cette alliance objective avec des pays qui se réclament notamment du Wahhabisme est un paradoxe. Cette conception intégriste de l’islam, qui est une lecture intransigeante du Coran et des hadiths, n’est pas une hérésie, mais elle se situe aux antipodes de toutes les valeurs dont se réclament les démocraties occidentales, et l’Amérique en premier lieu. Le choix de Washington s’est donc habillé d’une illusion volontaire, utile pour les discours et absurde dans la réalité. L’idée est venue que l’islam sunnite pouvait servir de vecteur à l’accès du monde arabe musulman à la démocratie. Il avait grandement contribué à la défaite soviétique en Afghanistan. Il pouvait permettre la transition dans les pays arabes entre les dictatures nationalistes et la démocratie. Les néoconservateurs qui entouraient le Président G.W.Bush, saisissant le prétexte de l’attentat du 11/09/2001, ont ainsi lancé l’opération irakienne, contre un pays fragilisé par sa politique aventureuse, mais que sa richesse avait doté d’une classe moyenne. Le résultat fut catastrophique. Les démocrates ont donc tenté de substituer un pouvoir doux à une action dure. Le retrait des troupes et de l’action militaire sur le terrain était décidé par le Président Obama. Tandis qu’il cassait la contre-attaque assez réussie de l’armée américaine en Irak, il allait au Caire dire tout le bien qu’il pensait de l’islam. Le prix Nobel de la paix par anticipation préparait le terrain à un Printemps arabe, fait de démocratie et de paix, qui allait souffler sur le Nord-Est de l’Afrique et sur le Moyen-Orient, dix-huit mois plus tard. Le désastre de cette politique mensongère ou utopique est aujourd’hui patent. Le chaos s’est installé en Libye, en Irak et en Syrie. Du Nigéria jusqu’aux Philippines le terrorisme s’est répandu au nom de l’islam, dont le Président américain avait tressé les lauriers avec des citations sélectionnées peu représentatives de l’ensemble. Obama quittera la Maison Blanche en laissant un monde arabo-musulman avec plus de guerres et moins de démocratie qu’à son arrivée. La Turquie elle-même, musulmane mais non-arabe, qui affichait un kémalisme progressiste et laïque, pilier de l’Otan et aspirant à l’Union Européenne, est redevenue une autocratie ottomane dangereuse pour l’Europe.

L’aveuglement de Washington, sincère ou simulé, sur les rapports entre la démocratie et l’islam s’est accompagné de deux orientations contestables. Le maintien de la doctrine Brzezinski qui conduit à prolonger la guerre froide avec une Russie délivrée du communisme, mais néanmoins rejetée vers l’Asie et donc vers la Chine et frappée par des sanctions injustes et humiliantes, est la première. Le choix du sunnisme par rapport au chiisme duodécimain, alors qu’il est plus aisé de dialoguer avec ce dernier dans la mesure où il est plus unitaire et mieux organisé, est la seconde. La relative amélioration des relations avec L’Iran n’a pour effet que d’inquiéter les Saoudiens qui savent combien les Américains peuvent facilement abandonner leurs protégés, quand une autre option se présente. Les USA sont redevenus exportateurs de pétrole.

Vladimir Poutine a déployé une stratégie plus cohérente et dans le fond plus transparente même si elle s’accompagne d’une grande habileté tactique et ne s’embarrasse guère de circonvolutions dans l’action militaire. Il a clairement choisi de  soutenir son allié syrien non seulement pour maintenir les bases russes dans ce pays, mais aussi pour combattre le fondamentalisme sunnite qui est inséparable du terrorisme, et globalement dangereux sous toutes ses formes, même apparemment « modérées », surtout pour les pays qui abritent une forte minorité musulmane comme la Russie… ou la France. Il a donc fait la guerre comme on doit la faire, pleinement, contre un ennemi qui menace son pays et qui est aussi un danger civilisationnel. Comme il l’avait fait en obligeant Damas à se défaire de ses armes chimiques, en libérant Palmyre, ou aujourd’hui encore en ouvrant un couloir humanitaire pour que les civils puissent échapper à l’emprise des rebelles dans leur dernier bastion, le Président russe a toujours gardé un coup d’avance. Nos médias essaient de compenser cette évidente supériorité par une désinformation qui devient grotesque. Il est pourtant facile de traduire : lorsqu’ils parlent d’Alep, il s’agit maintenant de quelques quartiers qui ne peuvent abriter les 250 000 habitants toujours rappelés. Lorsque l’armée avance, les civils ne fuient pas, mais se réfugient quand ils le peuvent dans le secteur gouvernemental. La zone « rebelle » correspond à 15% de la ville et les tentatives d’arrêter le processus de libération par des votes à l’ONU ne pourraient, si elles aboutissaient, que prolonger le bain de sang. Lorsque l’Armée loyaliste bombarde les quartiers où sont retranchés les derniers djihadistes, c’est une action militaire qui a un but et des limites. Lorsque les « insurgés » bombardent les civils d’Alep-Ouest, c’est une vengeance inutile. L’attitude la plus responsable des occidentaux, certes déplaisante pour leurs alliés du Golfe, serait de faciliter la reddition des rebelles. Evidemment, quel gâchis que toutes ces armes données et ces combattants formés en pure perte. Il faut espérer que 2017 verra aux Etats-Unis puis en France de nouveaux responsables adopter une politique plus intelligente, plus claire et plus efficace.

 

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7 commentaires

  1. DELAFOSSE - 9 décembre 2016 9 h 14 min

    Poutine ou autres, ce n’est pas demain que la colombe de la Paix survolera cette partie du monde !

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  2. Eric ADAM - 9 décembre 2016 11 h 37 min

    Bien, mon Ami Christian, cette claire et dense approche de la situation conflictuelle du Moyen-Orient et de la scandaleuse ingérence Impérialiste Américaine au gré de ses trahisons et de ses seuls intérêts, démontre que la France, et l’Europe Désunie, ne sont plus que des camps de consommateurs soumis au Nouvel Ordre Mondial, aux Loges et aux Spéculateurs esclavagistes.

    Résumons :

    Les « migrants » qui fuient les douleurs et les d’une guerre entre « clans » Syriens, sont de gentils Réfugiés qui courent vers l’Occident salvateur et généreux. Ils n’y a aucun terroriste « planqués » au milieu de ces « pauvres réfugiés »!

    Les « Citoyens Syriens » de toutes confession, qui fuient les douleurs et les d’une guerre entre « clans » Syriens, sont de pauvres malheureux obligés de se jeter dans la gueule du Loup ASSAD qui ose faire le tri entre les « réfugiés » et les « terroristes planqués », affiliés à DAESH comme à Al-Qaida. Il n’y a pas de réfugiés parmi ces « pauvres martyrs » mais que des traîtres à la doctrine Occidentale !

    Soit. nous devons donc nous résoudre à admettre que les Chrétiens d’Orient sont de « sales déserteurs » de l’humanisme et de la charité Chrétienne, et qu’à l’opposé, les « migrants de dieu ALLAH » qui prêchent l’extermination des « mécréants » sont de valeureux et amicaux partenaires partageant nos VALEURS, dont la charité chrétienne et humaniste, jusqu’à nous imposer de nous soumettre à leur foi…

    En somme, nous devrions être « HEU-REUX » et béats devant tant de bonheur promis pour demain, voir pour cet après-midi, puisque nous sommes garantis de « partager » les mêmes « VALEURS »… de gré ou DE FORCE!

    Réjouissons nous, mes AMIS, demain nous serons tous des « frères musulmans » et nous nous rangerons derrière la bannière aux 51 étoiles et à ses Maîtres, dont le seul Dieu est le PROFIT SPÉCULATIF, seule NATION, la TERRE, et la seule DOCTRINE : L’ESCLAVAGISME !

    Mais au fait, il n’y a rien de nouveau : L’esclavage n’est-il pas une VALEUR que nous ont fait découvrir les « CHEIKHS » Arabes lors des Croisades ?
    Nous en avons copier un temps la pratique, le Nouveau Monde l’a développé jusqu’à la banaliser en laissant les esclaves chez eux et en exportant les Maîtres des BARONNIES Africaines et Asiatiques adoubées par les EMPEREURS de WALL-STREET fournir la « chair humaine » que nous ne saurions voir!

    Ne nous étonnons pas que les « BARONS » changent de FOI et de RITES, voir de COULEUR!

    Et dire que c’est vers cette TERRE LÀ que nous courrons!

    Heu… NON, pas moi! Je me battrai jusqu’au bout pour rester debout et digne, je ne m’indigne pas de cette situation, je lui fais la GUERRE!

    Et s’il le faut, loin d’aller me réfugier en « migrant » vers une terre promise inaccessible, c’est avec mon sang que j’écrirai MA page de la Démocratie, de MA France et de MON MONDE!

    Eric ADAM,
    Porte Parole des structures
    « Combattants pour les Valeurs de la Démocratie »
    https://www.facebook.com/OfficielCVD/?ref=br_rs

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  3. Ribus - 10 décembre 2016 9 h 22 min

    La prise d’Alep est une victoire russe qui permet à Assad de rester en place mais surtout cela permet à la Syrie de rester un pays et une nation. Comme pour Palmyre, Poutine va laisser la symbolique de la victoire au peuple syrien, ce qui montre sa remarquable intelligence politique.

    Je crois qu’Alep est un point crucial dans le rétablissement d’un monde multipolaire et la fin de la déplorable hégémonie américaine. Mais cette évolution aurait été impossible sans Poutine qui sera sans aucun doute un des hommes les plus importants de ce siècle.

    Poutine a, en effet, l’envergure d’un De Gaulle ou d’un Napoléon. On peut ne pas être d’accord sur sa politique mais les faits sont là. Plutôt que de le dénigrer sans cesse nos médias et nos politiciens seraient bien inspirés de reconnaître le caractère exceptionnel du personnage et la redoutable efficacité de son action politique.

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  4. DELAFOSSE - 10 décembre 2016 11 h 41 min

    En espérant qu’il ne finisse comme eux…
    Napoléon, battu et exilé par l’ennemi
    De Gaulle, rejeté par son propre peuple

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    • Ribus - 10 décembre 2016 13 h 56 min

      Ce qui importe, à mon avis, ce ne sont pas les circonstances de la fin d’un personnage hors du commun mais l’empreinte qu’il laisse dans l’Histoire. La première difficulté est déjà de reconnaître leur dimension extra-ordinaire au-delà du contenu même de leur action.

      J’ose donc le dire : Poutine fait partie de la catégorie de ce qu’on appelle « les grands hommes ».

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      • DELAFOSSE - 11 décembre 2016 14 h 38 min

        Il n’y a pas de « grands » n’y de « petits » hommes, il n’y a que de grands ou beaux actes !
        Il ne nous faut pas vivre dans l’intérêt de l’Histoire mais dans celui du temps présent !
        Je peux me tromper….

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        • DELAFOSSE - 11 décembre 2016 16 h 18 min

          Lire : » ni » au lieu de » n’y »

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