Novembre : Le mois des morts…

jeanneleoncharlesLe mois de Novembre est bien celui des cimetières et des tombes. On les fleurit dès la Toussaint que l’on a tendance à confondre avec son lendemain, le jour consacré aux défunts. Le 11 Novembre, on commémore la victoire qui a mis fin à l’hécatombe militaire la plus douloureuse pour notre pays. C’est la journée des Héros après celle des Saints. Ils ont tous quitté cette terre désormais, et on ne peut s’empêcher de changer notre regard sur cette date dont certains voudraient faire la journée du souvenir, non seulement des morts de la Grande Guerre, mais de tous les morts « pour la France ». Ce jour était celui qui commémorait la dernière victoire qui fût vraiment celle de notre pays : il avait supporté le poids le plus lourd des combats, perdu le plus grand nombre de soldats par rapport à sa population, et surtout il avait résisté à l’envahisseur avec ténacité et bravoure. On honorait ses chefs, militaires, de Joffre à Foch en passant même par Pétain chez qui beaucoup voulaient voir le vainqueur de Verdun plus que l’homme de Vichy. On participait aux cérémonies devant les innombrables monuments aux morts et leurs listes de victimes gravées dans la pierre. Le patriotisme se mêlait au rappel douloureux des souffrances endurées. Peu à peu, les secondes l’ont emporté sur le premier. Les ennemis aussi avaient leurs morts. Un Premier Ministre alla jusqu’à évoquer les fusillés, les mutins condamnés après les mutineries de 1917.

Cet anniversaire du 11 Novembre est celui d’une victoire obtenue à l’arraché par un peuple incroyablement courageux et résistant, conduit par des chefs qui pour la plupart n’étaient pas des génies militaires et guidé par des politiques qui ne surent ni préparer ni éviter la guerre et encore moins en maîtriser les suites. Tout juste avaient-ils bâti les alliances qui avaient cruellement manqué en 1870, notamment celle avec la Russie d’Alexandre III, un Tsar clairement réactionnaire, dont le fils fut l’un des empereurs emportés par l’ouragan guerrier puis révolutionnaire. L’indépendance préservée, la liberté sauvegardée, l’unité retrouvée demeurent la récompense légitime de l’héroïsme déployé. Mais ce grand moment de l’armistice, si fort affectivement, ne doit pas faire oublier le désastre continental de la Grande Guerre. Avant, l’Europe se partage le monde. Les Etats-Unis et le Japon sont les seules puissances extérieures qui apparaissent mais ils ne font pas partie des « grands ». L’épuisement des nations européennes et les traités stupides qui on suivi l’armistice ont préparé la suite calamiteuse qui en vingt ans a effacé tout ce qui avait été obtenu par la France avec 1,4 millions de morts. Le 11 Novembre 1940, les étudiants et lycéens patriotes qui manifestent autour de l’Arc de Triomphe, notamment ceux venus de Janson-de-Sailly avec une gerbe en forme de croix-de-Lorraine, subissent la répression des autorités allemandes qui occupent un pays vaincu. Une autre est déposée au pied de la statue de Clémenceau au nom du général de Gaulle. C’est là un geste éminemment symbolique : l’hommage rendu à l’organisateur de la victoire de 1918 par celui qui va permettre à la France libérée de participer à celle de 1945. Mais l’armistice du 11 Novembre si chèrement acquis fut suivi par des traités et une politique aveugles qui vont générer la catastrophe suivante. L’Allemagne est humiliée alors qu’elle avait gagné la guerre contre la Russie et que son territoire n’était nullement envahi. L’effondrement de l’Autriche-Hongrie catholique réjouit la gauche laïque et fraternelle. Le dépeçage d’un Empire qui avait développé une extraordinaire culture conduisit au nom du principe des nationalités à l’émiettement de l’Europe centrale, une proie facile et tentante pour l’Allemagne nazie. La Tchécoslovaquie et la Yougoslavie incapables de se défendre attendront la chute du bloc communiste pour faire exploser des unions artificielles. Pour la seconde, ce sera sanglant, et l’Europe en porte encore les traces. L’Empire Ottoman laisse place à la Turquie qui prendra sa revanche en quelques années. Elle aura développé une politique d’éviction des minorités que nous voyons aujourd’hui même se poursuivre.

La machine infernale de la volonté de puissance, de la mobilisation de masse, des armes modernes ont entraîné ce suicide collectif en deux épisodes qui a abouti à la double colonisation de 1945 : l’Est est soumis à la Russie soviétique, l’Ouest, blottie sous l’aile protectrice de l’Aigle américaine. L’Europe qui dominait les mers et le monde doit abandonner ses colonies et laisser place aux puissances montantes, celles qui avaient absorbé leurs colonies grâce à la continuité territoriale, la Russie et les USA, et les Etats libérés ou créés, dont le poids démographique et économique est de plus en plus écrasant : la Chine, l’Inde, etc… Il faut mesurer en ce 11 Novembre la valeur du sacrifice consenti par les Français en 1914-1918, et les conséquences désastreuses de cette guerre absurde. Mais il faut plus que jamais affirmer cette identité et cette indépendance nationales que le courage des « poilus » avait sauvegardées. Le mois de Novembre est désormais aussi celui des victimes des attentats islamistes. Ceux-ci appellent également à la résistance. Le dernier grand homme politique français, le Général de Gaulle avait participé courageusement à la première guerre mondiale, en étant blessé à deux reprises, et laissé pour mort la seconde fois, aux mains des Allemands. Toute sa vie, il a tenté d’arracher notre pays au déclin, et pensé que le renouveau de l’Europe se trouvait dans la synthèse de sa diversité acceptée et d’une union réaliste dans l’indépendance. Lui aussi est un mort de Novembre. Il s’est éteint le 9 Novembre 1970. Son message est toujours vivant : c’est celui des peuples qui ne veulent pas mourir.

 

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4 commentaires

  1. DELAFOSSE - 11 novembre 2016 9 h 46 min

    Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Notre chaîne nationale , en ce centenaire du 11 Novembre 1916, année de VERDUN, nous propose ce soir…..
    un film policier bidon suivi d’un hommage au chanteur MIKA .
    Debout les morts, regardez ce que l’on fait de vos souffrances et de vos vies…

    « Le temps a et aura raison de tout »

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    • DELAFOSSE - 11 novembre 2016 9 h 49 min

      J’aime beaucoup votre dessin illustrant le titre, j’aurai juste rajouté CLEMENCEAU entre Napoléon et De Gaulle.

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  2. Pitton Rita - 12 novembre 2016 10 h 50 min

    Merci Christian pour ce billet historique .Je le partage sur mon Facebook . De Gaulle avait bien raison : « le renouveau de l’Europe se trouve dans la synthèse de sa diversité acceptée et d’une union réaliste dans l’indépendance « .

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  3. kerneilla - 15 novembre 2016 17 h 39 min

    Ce qui m’a choqué , ce sont les 6 plaques commémoratives avec le nom des victimes : amalgame entre les victimes d’un hasard terroriste et les victimes pour cause d’héroïsme (fusillés pour cause de résistance par ex…)… c’est faire trop d’honneur aux terroristes que de commémorer leurs méfaits !

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