La vraie droite a besoin d’un père !

nouveauchefParmi les truismes habituels des commentaires  politiques figure l’idée que le clivage entre entre la gauche et la droite est dépassé. Il faut distinguer deux niveaux. A celui de la gesticulation politicienne, l’opposition peut s’atténuer, les alliances et les compromissions se nouer. De toute manière, règne la plus grande confusion, propice aux manoeuvres des professionnels, et qui les rend invisibles aux yeux des profanes. Je crois au contraire qu’il y a une métaphysique de la politique. A ce niveau, le combat entre la droite et la gauche est celui qui domine la nature, entre la vie et la mort. Il suffit de lire de Gaulle pour savoir que malgré ses affirmations, il était clairement à droite, du côté de la vie, de la conservation, de la liberté créatrice et d’une conception organique de la société. La notion de progrès, chez lui, n’était nullement une fin mais un moyen pour garder l’essentiel. En face, à gauche, elle s’apparente à une fuite en avant vers le néant, avec le puissant moteur de l’égalité de nivellement qui produit une poussière d’individus à la merci d’un Etat mécanique, distributeur automatique de droits et de soutiens. D’un côté, la personne France composée de citoyens animés par la volonté de la défendre et de la promouvoir ; de l’autre, le tas de sable prêt à se mêler à d’autres sans frontière, dont les grains sont des consommateurs de biens et de droits, attentifs à la grosseur de leur voisin, subissant l’histoire à défaut d’avoir encore la capacité d’y jouer un rôle.

Dans les années 1990 et 2000, le modèle anglo-saxon du bipartisme a eu tendance à s’imposer dans de nombreuses démocraties. Cela s’expliquait d’abord par la victoire des Etats-Unis sur l’URSS, ensuite par quelques réformes du mode de scrutin, destinées à favoriser des majorités parlementaires claires et stables, enfin par une simplification des enjeux politiques. A droite les partis étaient plus soucieux de défendre l’identité des nations et la liberté économique. A gauche, adeptes du métissage culturel, ils voulaient accroître la redistribution sociale et donc l’intervention publique. A cette opposition classique, s’en est ajoutée une autre qui a un rapport direct avec la vie. D’un côté, on défendait la famille, le mariage, la liberté d’éduquer et on se montrait réticent à l’avortement, à l’euthanasie et au « mariage » unisexe. De l’autre, la libération de l’individu hédoniste s’introduisait dans le discours de gauche avec la revendication de ces nouveaux « droits ». Ce « libéralisme » était compensé par l’impératif d’insuffler de force ces idées nouvelles dans l’enseignement.

Depuis l’échec retentissant des Etats-Unis à vouloir imposer leur système politique à d’autres cultures, les crises financière, monétaire et économique qui ont frappé le monde occidental, puis l’Europe en particulier, tandis que surgissaient d’autres acteurs importants sur la planète, les lignes ont bougé. La droite conservatrice a cédé plus ou moins sur les exigences sociétales. En France, cela s’est traduit par une déroute honteuse sur l’avortement, désormais considéré comme un droit de la femme et non comme une exception de la mère en situation de détresse, mais aussi sur l’union homosexuelle. Après avoir refusé le Pacs, la prétendue droite en a fait une institution à renforcer et Madame Pécresse subventionne les « gay pride ». Il  lui reste donc le libéralisme économique et une plus grande résistance à la submersion migratoire. Cette évolution n’est pas générale. Si elle est majoritaire dans les vielles démocraties, elle va parfois plus loin dans des pays comme l’Allemagne où s’affirme l’idée de grandes coalitions où des sociaux-démocrates réalistes en économie s’allient à des Chrétiens-démocrates adeptes du capitalisme rhénan, tous deux professant le même enthousiasme pour l’accueil massif des étrangers et pour le multiculturalisme. Le fossé se creuse avec les Etats issus de l’effondrement du bloc communiste : ceux-ci conservent les trois piliers de la droite, identitaire, conservatrice et libérale en économie.

Le désastre européen produit par la contradiction entre l’élargissement et l’approfondissement, et par la construction d’un monstre technocratique aveugle et paralytique, tellement impuissant qu’il en est réduit à être l’ombre politique et militaire des Etats-Unis, a fait naître un autre clivage, entre ceux qui restent favorables à l’édification d’une Europe fédérale et ceux qui souhaitent un retour aux Etats-nations. Partout se développent des partis souverainistes qui remettent en cause le bipartisme ou les grandes coalitions, du Royaume-Uni à l’Autriche. On assiste donc à un éclatement du paysage politique beaucoup plus qu’à une atténuation de la fracture entre la droite et la gauche. La gauche française est divisée, comme on le voit à propos de la loi El Khomri mais aussi sur l’Europe entre les réalistes et les idéologues, entre les fédéralistes et les eurosceptiques. Le Front national lui-même connaît des tiraillements entre patriotes libéraux-conservateurs clairement à droite et populistes volontiers progressistes et socialisants. Les Républicains sont comme d’habitude dans le flou le plus complet, celui d’une machine électorale où le pouvoir compte plus que les idées.

Les Français auront bientôt à voter. Ils risquent de choisir une étiquette plus qu’un programme. Le bipartisme qui continue de s’imposer dans les résultats électoraux ne correspond absolument plus aux enjeux de notre pays et de notre époque. Le choix de la nation, celui de la famille, celui de la vie, celui de la liberté ne sont nullement proposés par des formations en capacité de prendre le pouvoir. Cela fait des électeurs de la vraie droite des orphelins. Il leur faut un père !

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8 commentaires

  1. DELAFOSSE - 7 juillet 2016 8 h 00 min

    ou une mère…

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    • François ALLINE - 7 juillet 2016 9 h 35 min

      Vous croyez ? J’ai plutôt le sentiment que notre nation crève à petit feu d’un excès de maternalisme…

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      • DELAFOSSE - 7 juillet 2016 16 h 27 min

        envers ses enfants adoptés,surement…mais beaucoup moins pour les légitimes

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  2. François ALLINE - 7 juillet 2016 9 h 34 min

    Bien d’accord avec vous sur le titre. Encore faudrait-il que ce soit un Homme.

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  3. Ribus - 7 juillet 2016 21 h 22 min

    Je crois qu’au fond, la figure emblématique de De Gaulle nous induit en erreur. Nous l’attendons encore ou au moins un homme de son envergure. Or, il ne faut pas attendre pour 2017 un De Gaulle tout fait tel qu’il existait en 1965.

    Ce qui manque ce sont les hommes ( ou les femmes) nouveaux n’ayant pas encore exprimés leur pleine mesure et qui n’auraient pour seul sujet : La France et ses intérêts.

    Or, nous n’avons pas çà et le système les tue à peine sortis de l’œuf. On nous propose que du réchauffé, des chevaux de retour, des comiques en fin de carrière. Ce système médiocre et mortifère interdit toute possibilité de voir un homme ou une femme se révéler en situation.

    La première des choses serait peut être de choisir des individualités en devenir, histoire de nous redonner un peu d’espérance.

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  4. DELAFOSSE - 8 juillet 2016 7 h 54 min

    Très juste, mais ce sont les événements extraordinaires qui font les hommes extraordinaires.
    Sans la guerre, que serait devenu De Gaulle ? Un général à la retraite Maire de Colombey ? Et ce n’est même pas évident !

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    • Ribus - 8 juillet 2016 21 h 50 min

      Mais même Pétain devait prendre sa retraite en 1914 comme simple colonel et n’imaginait sans doute pas devenir en 4 ans général d’Armée et Maréchal de France.

      La question qui se pose est la suivante : «  Le système permettrait-il aujourd’hui à un homme comme De Gaulle de prendre la place qui fut la sienne dans l’Histoire ?»

      A mon avis, la réponse est non ; et çà, le problème.

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  5. DELAFOSSE - 13 juillet 2016 8 h 06 min

    Le système actuel a quand même permis à un « Hollande » d’arriver au pouvoir….
    tout est toujours possible dans ce monde de fous !

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