Euro 2016 : Football, panem et circenses…

lesbleusvontgagnerIl voyait déjà les « Bleus » en haut de l’affiche et lui-même faisant des sauts de cabri sur son siège lors de la finale remportée par l’équipe nationale. En 1998, déjà son prédécesseur, corrézien lui-aussi, avait, lors du sacre de la France au Mondial, regagné le coeur des Français par un enthousiasme sportif aussi démonstratif qu’inattendu après l’une des décisions politiques les plus stupides de notre Histoire, la dissolution de 1997 et la victoire de la gauche. La victoire de la France sur la Roumanie n’est pas miraculeuse et le groupe n’est pas le plus difficile. Tous les espoirs sont donc permis si les meilleurs chutent en cours de route. Mais, comme François Hollande a le talent très particulier de transformer l’or en plomb, la religion du sport et sa communion pacifique dans les stades et devant les écrans a débordé dans la rue où elle s’est muée en déferlement de violences. C’était à Marseille, mais aussi à Nice : des supporters anglais et russes se sont affrontés violemment dans la cité phocéenne, non sans que des « autochtones » participent au déchaînement. Un Anglais est entre la vie et la mort. Malgré les discours moralisateurs du Ministre de l’Intérieur, le mal est fait et il est triple : d’abord, les événements n’ont pas été anticipés. La splendide organisation avec les coûteuses Fans Zones a lamentablement foiré. Ensuite, les forces de l’ordre utilisées au-delà du raisonnable, trop peu nombreuses et dispersées, ont été débordées comme en témoignent les images de rues abandonnées à des foules dévastatrices. Elles devaient intervenir en trois endroits : la Fan Zone, le stade… et le Vieux-Port.(article du Figaro) On peut s’interroger sur la pertinence de la stratégie. Les commerçants peu satisfaits de la concentration des supporters et de la fête sur un lieu clos ont reçu la double peine : ils ont du fermer pour limiter les dégâts. Ce fiasco risque de susciter des actions plus graves encore, des actes terroristes, puisque la sécurité a une fois de plus comme à Paris, Rennes ou Nantes montré ses défaillances. Enfin, ce qui devait servir de vitrine à la France se retourne en instrument de dénigrement. Décidément, ce pays n’est pas sûr. La violence y règne, l’ordre n’y est pas assuré. Les touristes qui attendaient les beaux jours et la fin de la compétition pour y venir vont sans doute désirer visiter des lieux plus paisibles.

Quant aux retombées politiques positives pour le Président, elles seront nulles voire inversées si, à une possible défaite, s’ajoute l’impression qu’une nouvelle fois, il a été incapable de maîtriser la situation. Faut-il s’en plaindre ? Certainement pas ! Le mariage entre le sport et la politique est profondément malsain. Il a toujours été surexploité par les régimes totalitaires : l’Allemagne nazie aux JO de 1936, l’Italie fasciste et ses succès en football ou en sport automobile, les soutiens chimiques apportés à leurs athlètes par les régimes communistes, la présence enthousiaste dans les gradins du général Videla, lors de la consécration de l’Argentine à la Coupe du Monde 1978, sont des jalons de cette récupération du sport par la politique la moins respectable ( Emission France Inter). Il faut donc s’interroger sur le bien-fondé de ce lien, même dans les Etats démocratiques, s’il y en a.  Les clubs de football sont des entreprises de spectacle. En France, elles emploient souvent des joueurs étrangers qui sont leurs vedettes. Les joueurs français de l’équipe nationale jouent pratiquement tous à l’étranger, sauf les remplaçants, comme par hasard, parce que des championnats en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie disposent de moyens financiers supérieurs. Le rapport avec la France est donc ténu et une victoire n’a aucune signification sur la réalité du pays.

Le fait que le patriotisme à longues éclipses brille de temps en temps durant 90 minutes pour des rencontres qui ne reflètent en rien l’état de la France et ne concernent que 11 joueurs vivant pour la plupart à l’étranger, est un dangereux trompe-l’oeil. La France n’est pas un terrain de football et la religion du ballon rond pourrait bien être l’opium du peuple des sociétés décadentes, cette parenthèse éblouie et parfois enivrée qui détourne le regard de la réalité, et distrait des turpitudes de ceux qui nous gouvernent. Certes, nous faisons moins la guerre, et l’alcool aidant, les combats « nationalistes » se limitent à des échauffourées entre supporters, mais les passions suscitées par un divertissement, un spectacle sans conséquence politique autre que symbolique, comme le révèlent les rencontres difficiles entre la France et l’Algérie, risquent d’affaiblir la démocratie, ce régime où des citoyens lucides et informés devraient décider ensemble de leur avenir. Trèves menacée et ruinée par les barbares à quatre reprises s’était, dit-on, réfugiée dans les Jeux du Cirque pour oublier son triste présent.( Histoire ecclésiastique de Trèves)

Panem et Cicenses. Notre auguste Président signe les chèques pour calmer les tensions sociales et compte sur le spectacle sportif pour les faire oublier et forcer les protestataires à se calmer. Un pouvoir médiocre et cynique à la fois est pour un pays un handicap beaucoup plus lourd qu’une défaite sportive.

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2 commentaires

  1. Ribus - 12 juin 2016 18 h 32 min

    Ceux qui ont le talent d’écrire l’Histoire doivent impérativement prendre des notes et enrichir leurs archives du quinquennat de Hollande. Ainsi pourront être écrites des pages noires et brûlantes comme du bitume des méfaits continus de ce personnage funeste.

    Quand il sera parti l’année prochaine, nous l’espérons tous, ils pourront se mettre au travail et graver pour l’éternité des pages terribles de celui qui fut au sommet d’un État, jadis fille aînée de l’Église et qu’il acheva de précipiter dans un gouffre sans fond.

    Il y a du Tibère et du Néron chez ce Hollande comme de ces rois débiles et dégénérés qui ont livré autrefois la France aux Anglais avant que notre Sainte ne vienne la sauver. Du purin de ce quinquennat, j’espère que fleurira un Tacite ou un Léon Daudet.
    A cette heure, il jette du pain au peuple présent dans les stades. La question est désormais : « Va-t-il brûler Rome ? »

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  2. DELAFOSSE - 12 juin 2016 22 h 14 min

    Je pense que son unique BUT à lui, c’est celui de rester…et pourtant en ce moment, ce n’est faute de se faire siffler ! J’espère que l’année prochaine, nous aurons un peuple arbitre à la hauteur.

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