Servir la France plutôt que se servir de son Histoire.

LouisJeanneCharlesL’Histoire n’est pas une science. Elle peut s’en rapprocher lorsque des chercheurs établissent l’exactitude de certains faits. Dès qu’elle est obligée de les sélectionner, d’en interpréter la signification, d’en jauger l’importance, d’en faire apparaître les causes et d’en mesurer les effets, elle donne lieu à des choix et ouvre la porte aux préférences idéologiques ou partisanes. Lorsqu’elle met en valeur des hommes ou en stigmatise d’autres, elle devient une lecture subjective du passé. Un historien peut, en effet, avoir ses sympathies d’ordre politique ou psychologique pour tel ou tel personnage. L’enseignement de l’Histoire est ainsi toujours une relecture du passé par le présent. Si le présent peut éclairer le passé par un nouveau regard ou grâce à certaines découvertes, le présent est, à son tour, souvent éclairé par les valeurs du passé que l’on veut transmettre plutôt que d’autres. L’Histoire doit être laissée aux historiens, dit-on, pour en chasser les idées adverses, mais elle redevient le vecteur encensé de l’éducation civique à travers ses saints et ses héros quand elle véhicule les idées que l’on aime. Si le roman national n’a plus la côte, ce n’est pas l’Histoire vraie qui le remplace, mais la légende républicaine qui fait commencer la France en 1789, dose savamment la fierté et la repentance, distingue les bons et les mauvais Français, et privilégie plutôt les héros de « gôche ».

Il est vain et nocif de participer à ces affrontements stériles entre les morts. La jeunesse a besoin d’admirer des hommes et des femmes qui ont incarné le vouloir-vivre de notre pays. Jeanne d’Arc était déjà une résistante. Il n’y a pas de nation sans fierté nationale. La cultiver est un exercice salutaire. L’entrée de quatre résistants au Panthéon ne doit susciter aucune diatribe, aucune amertume. Si Jean Zay a écrit un poème immonde à vingt ans, on dit aussi qu’il est mort en criant « vive la France ». Si Pierre Brossolette s’est opposé à Jean Moulin, tous deux ont combattu l’occupant et ont succombé avec courage. Si la tendance manifeste du Président de la République est d’instrumentaliser l’Histoire pour draper dans le tricolore une politique désastreuse, il est préférable de se situer à un autre niveau.

On peut certes saluer l’habileté présidentielle qui a consisté à équilibrer son choix. Deux femmes, une innovation intelligente, et deux hommes. Elles ont vécu et ont poursuivi après-guerre une action humaniste au profit des déshérités, même si Germaine Tillon a, hélas,  manifesté des sympathies pour les rebelles d’Algérie. Résistantes et engagées socialement : le message est limpide. On peut seulement ressentir de l’agacement dans le fait qu’un apparatchik parvenu au sommet de l’Etat puisse ainsi convoquer l’Histoire et ses héros pour faire oublier sa médiocrité. Qu’un Homme d’Etat issu lui-même de l’Histoire choisisse ceux qui entrent au Panthéon sans y entrer lui-même avait de l’allure. Lorsque le choix dépend arbitrairement de l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste, on est moins convaincu de sa légitimité. On soupçonne le calcul politicien qui n’est pas à la mesure de notre pays et de son Histoire.

Alors, oublions le discours présidentiel et son souci d’utiliser les statues du passé pour se donner enfin une stature qu’il a tant de mal à acquérir. Ce qui compte ici est de se souvenir que face à la tragédie des Français ont risqué leur vie pour sauver la liberté et l’honneur du pays. Le message a toute sa force aujourd’hui. Ces Français étaient souvent de jeunes gens qui sans avoir écouté le Général de Gaulle, comme me disait Robert Galley, sont partis rejoindre la France qui continuait à se battre. Il y a beaucoup de destins croisés parmi tous ceux qui ont résisté. Honoré d’Estienne d’Orves défendait la France plus que la République. Hélie Denoix de Saint-Marc déporté à 20 ans pour résistance participera au putsch d’Alger pour respecter la parole de la France. Le Panthéon est trop étroit pour accueillir ces parcours personnels que la République ne peut saluer alors qu’ils sont à l’honneur du pays. Pierre Brossolette devait être exclu de la SFIO parce qu’il avait compris que le régime des partis d’avant-guerre était mortel pour notre pays. « C’est dans le cadre du gaullisme, le grand rassemblement auquel je pense depuis l’armistice qu’on pourra refaire la France », écrivait-il. Sa prémonition,si elle avait été entendue, nous aurait évité le naufrage de la IVe République. C’était le RPF avant l’heure.

Il est paradoxal et presque cocasse que ce soit un président socialiste qui fasse entrer au Panthéon celui dont l’exclusion du parti n’a été évitée que par la mort. Il avait eu le tort de constater le rôle néfaste du parti avant-guerre et d’anticiper la nocivité de son retour après la victoire. L’Histoire lui donne encore aujourd’hui raison en la personne de celui qui veut l’honorer.

Mot clés:

5 commentaires

  1. ROBIN - 28 mai 2015 9 h 55 min

    Nous avons besoin de héros de notre époque, à savoir un jeune qui se jette à l’eau pour sauver un autre enfant, une solidarité entre voisins qui évite à des aînés d’être expatriés en maison de retraite, ce que le peuple est prêt à faire avec son intelligence, son savoir… Oui je suis fière de mon pays, de ses montagnes, de ses côtes, de sa mer, de sa campagne, de ceux qui protègent la terre pour lés générations suivantes. Je ne suis pas fière quand des élus avec des milliards veulent créer des monuments, des autoroutes sans la moindre vergogne, les gens du coin n’ont pas leur mot à dire, pourtant ce sont eux qui vivent là. Quand on leur impose des migrants alors que les « seigneurs du gouvernement » vivent dans des châteaux trop grands pour eux!!! A quand la révolution douce, celle qui fait s’unir des êtres pour vivre simplement heureux là où ils sont??

    Répondre
  2. kerneilla - 29 mai 2015 7 h 29 min

    « Germaine Tillon a, hélas, manifesté des sympathies pour les rebelles d’Algérie » ce qui rend le choix de Germaine Tillon est contestable , car en les soutenant elle trahissait la France, et nos soldats… il y avait certainement d’autres héroïnes …

    Répondre
  3. kerneilla - 29 mai 2015 7 h 39 min

    Hollande se sert et ne sert pas la pays, il est rejeté par plus des 3/4 des français, si on en croit un récent sondage, et néanmoins les journalistes continuent à le présenter comme le futur candidat de gauche à la présidentielle… quelle est cette démocratie qui bafoue la volonté du Peuple? quels sorte de journalistes avons-nous qui trouvent cela normal ? et qui sont incapables de donner la paroles à des hommes neufs qui auraient un programme valable et les compétences pour l’appliquer… La France doit tout de même avoir d’autres choix que les 3 personnages dont on nous rebat les oreilles : Hollande et sa nullité, Sarkosi et ses casseroles, Le Pen et son extrémisme…

    Répondre
  4. Thibault Loosveld - 29 mai 2015 20 h 04 min

    Je pense que les Français étaient bien obligés de constater que Pétain était effectivement l’enseigne d’un complot fomenté contre la IIIème République puisque le vieux maréchal avait déclaré, le 17 Juin 1941: « Vous n’êtes ni trahis, ni vendus, ni abandonnés: ceux qui vous le disent, vous mentent [sic] et vous jettent dans les bras du communisme ! »
    La conclusion de cette allocution radiodiffusée était un calque de la dialectique nationale-socialiste: « à des fins de politique intérieure, il est utile que la seule opposition apparente soit celle des communistes: les classes riches sont ainsi amenées à croire que la fin de la dictature signifierait la victoire du communisme. »

    Répondre
  5. DELAFOSSE - 30 mai 2015 6 h 35 min

    A quand un « PANTHEON pour les Nuls » ?

    Rentre ici François Hollande avec ton horrible cortège de politiciens de gauche…

    Répondre

Exprimez vous!