Les Chrétiens sont en guerre et ils l’ignorent (II)

téléchargement (56)Ce texte est la seconde partie de mon intervention de Versailles.

La France, dont l’existence même résulte de l’alliance entre les Francs et le catholicisme, est au sein d’une Europe fondée principalement par des démocrates-chrétiens, l’un des pays dont les dirigeants s’acharnent le plus à gommer l’identité chrétienne et à déconstruire les institutions, les valeurs et l’héritage social issus d’une Histoire qu’ils veulent nier. La France, c’est d’abord le Royaume des Francs, depuis le baptême de Clovis, le Royaume de France de Saint-Louis et de Sainte Jeanne d’Arc, la France des Rois Très Chrétiens dont la langue, la culture et les armées ont dominé l’Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. La réduire à une révolution sanglante et tellement manquée qu’elle a hoqueté durant cent ans de régimes divers avant d’aboutir à la République radicale, c’est la ramener à un pays dont la puissance était diminuée, la religion combattue, et l’histoire amputée. Non seulement, on s’ingénie à faire croire que la France est née en 1789 ou même en 1792 et qu’elle est le pays des Droits de l’Homme, le phare de la libération de l’Humanité, mais encore on voudrait effacer les dernières traces de sa culture catholique, c’est-à-dire chrétienne et romaine. Les étrangers ne s’y trompent pas. Ils visitent de préférence Versailles et le Louvre, ex-palais royaux,  plutôt que le temple de la mémoire sélective qu’est le Panthéon.

Si on peut comprendre le désir qui a animé le mouvement des Lumières, la volonté de restreindre le pouvoir et les privilèges de l’Eglise dans la société, de briser le joug qu’elle imposait à la liberté de pensée et d’expression, et ainsi d’émanciper les esprits et de libérer le savoir, il faut aussi distinguer les ombres qui en ont résulté. D’abord, la religion chrétienne a davantage porté la connaissance qu’elle ne l’a freinée. Elle a, aussi, intellectuellement permis la séparation des pouvoirs. Ensuite, les excès de la libération n’ont pas à être admirés plus que ce qu’ils ont détruit : Voltaire, Rousseau, oui, et pourquoi pas Diderot, mais Sade n’est qu’un malade mental obsessionnel, dépourvu du moindre intérêt. Enfin, et surtout, le temps a passé qui a singulièrement changé le rapport de forces.  Il  faut ne pas craindre le ridicule lorsque, au nom de la Libre Pensée, on prétend aujourd’hui censurer les crèches. Les rouflaquettes à la Jules Ferry de l’auteur de ce gag soulignent le caractère anachronique d’une guerre qui depuis longtemps a cessé faute de combattants et de raisons de se battre. Ce n’est pas la foi chrétienne ni la religion catholique qui gênent la laïcité républicaine.

Néanmoins, la lutte se poursuit au-delà du raisonnable avec la volonté non plus de réduire mais d’éradiquer, sans percevoir qu’à force d’arracher les prétendus préjugés, on finissait comme un chirurgien fou à arracher les organes vitaux. Par bien des points, la pensée chrétienne se confond avec ce qui est utile à notre société, voire indispensable à l’Humanité. Or, la caste qui nous dirige, incapable de protéger le pays des conséquences économiques et démographiques néfastes de la mondialisation, a fait de cette lutte son domaine de prédilection. Le progressisme transnational qui l’habite renoue de manière pathétique avec le laïcisme de la fin du XIX e siècle. C’est sur le terrain de l’éducation que l’ancien et le moderne se retrouvent. La loi pour la Refondation de l’Ecole de Juillet 2013 est éloquente à ce sujet : alors que les résultats de notre système éducatif sont en recul dans les enquêtes PISA, que les difficultés de maîtrise de l’écrit touchent 20% des élèves et que 12% des sorties se font sans qualification, le texte annonçait son intention de lutter contre les déterminismes sociaux et d’inscrire la laïcité parmi les valeurs à enseigner. C’était oublier un peu vite que 20% des établissements scolaires associés au service public sont privés, pour une grande majorité catholiques et bénéficient à ce titre d’un caractère propre correspondant au voeu des familles. Si l’instruction est de moins en moins efficace, était–il opportun de donner à l’école la mission de « rééduquer »? Les pressions pour faire apposer la charte de la laïcité dans les écoles catholiques, les mises en garde à l’enseignement privé pour son éventuel soutien aux manifestations contre le mariage unisexe, la tentative d’introduire l’idéologie du genre à l’Ecole à travers les ABCD de l’égalité, ou la circulaire heureusement annulée par le Conseil d’Etat promouvant la Ligne Azur, et donc la question de l’orientation sexuelle, résultent d’une conception préoccupante de l’enseignement visant non plus à instruire, mais à changer les mentalités. C’est là une démarche totalitaire. Le gouvernement peut changer le droit en faisant voter des lois, il n’a pas à agir sur les mentalités pour leur imposer une idéologie. Il n’a pas à se substituer aux familles pour l’éducation aux valeurs de l’espace privé.

Mais la destruction systématique de la structure familiale est justement le seul domaine où le pouvoir a fait preuve de cohérence. Après avoir dynamité la base anthropologique du mariage, déjà bien fragilisée par la facilitation du divorce et l’instauration du Pacs, la majorité socialiste s’est attaquée à la seule politique française qui pouvait être considérée comme une exception réussie, la politique familiale. A la suite des prestations ou des avantages fiscaux annulés ou rognés, le basculement du familial dans le social est arrivé avec la modulation sous condition de ressources des Allocations Familiales. D’une manière plus discrète, l’extension des ouvertures de grandes surfaces le dimanche est aussi un coup porté au repos dominical, ce jour réservé sinon au Seigneur, au moins à la famille, y compris celle des personnes contraintes de travailler ce jour-là. La grande distribution et ses importations massives y trouveront leur compte. Les traditions qui font la solidité d’une société, beaucoup moins.

Enfin, c’est la valeur qui se trouve au coeur même de la foi chrétienne qu’il faudra défendre avec énergie : la vie ! La vague idéologique qui supporte le pouvoir actuel, mais influence également l’opposition, continuera à réclamer les conséquences de la dénaturation du mariage, le droit pour les deux paires possibles de même sexe « d’avoir » des enfants en dehors de l’adoption, la Procréation Médicalement Assistée et la Gestation Pour Autrui, achevant par-là l’instrumentalisation du « matériel humain » et la marchandisation de l’enfant. Avortement des amas de cellules d’un côté, fabrication d’un enfant sur commande de l’autre. Le « Meilleur des Mondes » est à la porte. Les possibilités légales offertes par les pays frontaliers, les offres économiques des pays pauvres, les décisions des instances de Justice nationales ou européennes, la surexposition de cas isolés par la presse, exerceront une pression très forte sur l’opinion et les élus. A l’autre bout de la vie, l’euthanasie voire le suicide assisté approchent. La résistance est plus faible. Le premier pas vient d’être accompli avec la remise du rapport Cleys-Leonetti. Certes les propositions paraissent modérées : la volonté du patient l’emporte désormais sur celle du sachant, la sédation profonde n’est pas en soi létale, mais il n’est pas interdit d’y voir une euthanasie hypocrite à la demande du malade.

 

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