Les Français sont des Veaux…

Cette phrase assassine du Général de Gaulle sur les Français révélée par Raymond Tournoux et confirmée par son fils Philippe comme n’étant pas rare dans la bouche du Général, est hélas plus que jamais d’actualité. Elle pointe la passivité d’un peuple qui subit les événements  comme les veaux qu’on conduit à l’abattoir sans qu’ils opposent de résistance. Bien sûr, ce n’a pas toujours été vrai. Les Italiens du XVIe siècle parlaient de la Furia Francese, qui a su renaître en plusieurs grandes occasions de notre histoire. Les Gaulois passaient pour courageux, mais querelleurs et indisciplinés. En fait l’histoire récente offre le spectacle déprimant d’un peuple capable de se rebeller pour défendre des intérêts catégoriels, mener des grèves contraires au Bien Commun, mais incapable de se dresser pour montrer sa vitalité, son vouloir-vivre ! Deux exceptions à cette tendance : la manifestation gaulliste de 1968 et plus récemment les défilés contre la dénaturation du mariage. Mais, le soufflé est retombé. De Gaulle quittait le pouvoir en 1969. Quant aux manifestants qui se réuniront encore début Octobre, ils savent que leur mouvement, déjà récupéré par l’UMP, sera utilisé par le candidat Sarkozy qui n’a pas la moindre intention de revenir sur la Loi Taubira. Nullement fâché que d’autres aient instauré une disposition que lui-même aurait sans doute mise en oeuvre sous la pression des lobbys qui l’entourent s’il avait été réélu, il s’apprête seulement à reprendre la conduite du troupeau. Car beaucoup de manifestants estimeront comme un moindre mal le retour d’un guide au verbe fort qui ne changera guère la situation du pays, mais lui redonnera peut-être sur la scène internationale quelques illusions de fierté. Quand je vois l’ancien Président et son épouse accueillis par BHL à la porte du Théâtre de l’Atelier, je me rappelle la mise en scène parfaitement réussie de la corrida contre Kadhafi, mais je pense aussitôt que cette opération conseillée par le philosophe de salon et soutenue par le Qatar a été une faute politique lourde dont nous payons aujourd’hui l’irresponsabilité sur l’ensemble du Sahel et peut-être au Moyen-Orient.

En 2017 au plus tard, les veaux vont donc voter. Ils vont pouvoir « choisir » celui qui les mènera. Actuellement, ce « choix » paraît plus subi que réellement voulu. La plupart des grands pays européens ont bénéficié de responsables politiques vraiment courageux et ont procédé à des réformes difficiles pour lesquelles ils ont su fournir des efforts.  Thatcher au Royaume-Uni, Schröder en Allemagne, Monti en Italie n’ont pas hésité à braver l’impopularité pour redresser leur pays. D’autres Etats, comme la Suède, ont procédé à de véritables révolutions acceptées dans le consensus. Certains sont restés en dehors de la zone Euro et n’ont pas à s’en plaindre. D’autres s’y maintiennent au prix de l’austérité, passée ou présente. La France n’en fait pas partie. Elle appartient à l’Euroland et en souffre, mais n’a pas procédé aux réformes indispensables pour y être à l’aise. Depuis près de quarante ans, les veaux attendent de leurs maîtres qu’ils enrichissent leurs pâturages sans leur demander d’efforts particuliers et maintiennent certaines prairies plus vertes que d’autres tout en chantant le refrain de l’égalité. Lorsqu’ils sont fatigués du bouvier, ils en changent, pour en être déjà mécontents l’année qui suit. Le monde bouge, la France décroche, mais les Français attendent toujours de leurs dirigeants qu’ils redressent le pays sans trop de souffrances. Dès la moindre douleur, on souhaite modifier le traitement.

Ce comportement conduit bien sûr à une impasse. Le brinquebalant pouvoir socialiste est discrédité pour n’avoir pas annoncé la couleur et avoir mis en oeuvre après deux ans d’errements une politique qui n’a pas la moindre chance de succès avant la fin du mandat. Le PS encore divisé pat son archaïsme idéologique n’a qu’un faible espoir : celui que la division de la « droite » le laisse en face de Madame Le Pen au second tour. Sinon, ce sera comme d’habitude dans notre pays amnésique, le retour des socialistes, incapables de gouverner, dans leur niche de l’opposition. En face, l’UMP piaffe d’impatience. Moins ils ont fait leurs preuves au pouvoir, plus l’ambition les dévore. Le désastreux Raffarin se voit Président du Sénat. Le remuant Sarkozy va relancer son show avec le talent qu’on lui connaît. Copé va suivre pour se refaire une virginité. Fillon qui n’a pas eu le courage de casser la baraque quand il était à Matignon risque de pleurer sur le lait renversé et Juppé soutenu par Bayrou espère convaincre par le sérieux et la sagesse de celui qui offrira son intelligence au pays mais en ayant passé l’âge des tourbillons médiatiques. Tous se disent que contre Madame Le Pen au second tour, c’est dans la poche.  Quant à l’intéressée, elle continue de faire peur et de ne pas susciter la confiance. Les veaux aimeraient bien quitter l’Euro qui les étrangle, limiter au minimum l’immigration qui les submerge, mettre fin à la violence qui les agresse, mais ils pensent aussitôt que les discours qui les font rêver d’un autre destin ne sont pas réalistes et qu’il est préférable de se confier à ceux qui ont déjà fait leurs preuves… même si justement, ils ne les ont jamais faites. Mettre fin à la désastreuse expérience de l’Euro est possible, à une condition, c’est que ce soit dans le cadre d’une refonte rigoureuse de notre système comme on l’a connue en 1958 : non pas changer de monnaie pour se donner quelques années de facilité illusoire et suicidaire, mais pour redonner au pays une attractivité et une compétitivité salutaires. Les idées socialisantes défendues par le FN ne nous menacent pas d’une pareille cure. Elles font peur par manque de sérieux et non par les efforts exigés. Aucun de Gaulle à l’horizon ! Sur la morne plaine, on s’apprête seulement à changer le spectacle pour réjouir les veaux… à moins que…

 

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4 commentaires

  1. BACHAUD YVAN - 13 septembre 2014 10 h 46 min

    La France a besoin dans de nombreux domaines de réformes profondes et justes.
    En 2006 donc avant la Présidentielle, un sondage IFOP indiquait que 93% des Français estimaient qu’il était urgent de réformer la France dont 54% très urgent.
    En 2013 après le quinquennat de N.SARKOZY et l’élection de F.Hollande , le même sondage indiquait que pour 94% des Français il était urgent de réformer la France dont 57% très urgent.( Ifop/Le figaro 02.12.2013)
    Les Français ne sont donc pas satisfaits de plus de 30 ans de notre système dit de  » démocratie représentative » avec 7 alternances  » UMP/PS ».
    Il est grand temps de donner au peuple l’outil démocratique et efficace qui lui permettra enfin de pouvoir exercer la souveraineté nationale qui est censée lui appartenir selon l’article 3 de la Constitution..
    Avec 50millions d’adultes, le peuple dispose de toutes les compétences pour élaborer des réformes profondes et justes et les voter si la prétendue « représentation nationale » refuse de les adopter elle-même en l’état.
    MAIS pour arracher le RIC en toutes matières il faudra démontrer que ce sont bien plus de 82% des Français qui le demandent. D’où la nécessité d’un vaste regroupement unitaire sur cette unique revendication.

    C’est l’unique revendication de l’association  » Article3  » http://www.article3.fr

    Le Président, son gouvernement, sa « Majorité » ne respectent pas leurs « promesses ».
    L’opposition UMP-UDI s’occupe des écuries de candidats pour 2017 et de préparer des catalogues de promesses mirifiques qu’ils ne respecteront pas, et que les citoyens ne pourront pas soumettre à référendum. 
    Le FN déclare qu’il est pour le RIC qu’il instaurera s’il arrive au pouvoir, mais sur 11 maires soutenus par le FN/RBM , 1 seul celui du Pontet (84) a accepté un engagement de RIC à la demande de 20% des inscrits.

    Il est urgent d’arracher le RIC pour instaurer enfin la démocratie en France.. ! Signez et faites signer la pétition pour l’instauration du RIC – en toutes matières – dans l’article 3 de la Constitution…www.artilce3.fr

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  3. Jean-Philippe - 14 septembre 2014 4 h 54 min

    Tres bon article. Vous expliquez bien ces apparents paradoxes qui font que les francais sont capables de se soulever pour des interets categoriels, mais n’en sont plus capables pour des elements qui nous protegerait au niveau national.

    Pour le FN, c’est vrai que je suis assez d’accord avec vous au niveau economique, je crois qu’il nous faudra baisser les salaires a terme, redevenir competitif. Mais,
    1, L’identitaire prime sur l’economique ( A quoi sert-il de gagner de l’argent si on n’a plus de chez soi?)
    2, On pourra faire pas mal d’economies en arretant toutes les subventions aux associations communautaires, a la politique de la ville, aux soins aux etrangers, etc… Il faut d’abord commencer par la je crois.

    Sur le fond, completement d’accord avec vous cependant.

    Merci de vous etre souvenu de mon anniversaire!! Ca me va droit au coeur!!

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  4. Claude Trouvé - 17 septembre 2014 17 h 04 min

    Oui les français sont tellement abêtis par des médias qui n’ont cessé de relayer la pensée unique qui garantit aux journalistes une longue et profitable carrière qu’ils ne croient plus en rien. Les politiques sont discrédités et l’opinion se raccroche à l’illusion qu’elle peut au moins être entendue sur des sujets de société qui touchent de près à sa vie privée. Pour le reste, il reste la grève pour les actifs. Les retraités sont peu mobilisables et doivent subir leur sort en silence puisqu’il faut attendre 2017 et que le référendum est passé aux oubliettes.
    C’est effectivement un triste constat qui laisse peu de chances au redressement de la France surtout si les « entrepreneurs » et les « cerveaux » se découragent et disparaissent ou s’expatrient comme aujourd’hui.

    Il faut néanmoins se demander pourquoi nous avons une élite politique aussi nulle alors que la droite a salué comme un grand progrès la création de l’ENA ? Elle a forgé des hommes pour le pouvoir qui vivent une carrière politique où seule leur compétition interne est une réalité. On ne devrait plus faire carrière en politique mais donner une partie de sa vie pour livrer son expérience à la réussite du Bien commun. C’est sans doute notre plus grave erreur qui laisse un vide d’hommes de valeur, propres et patriotes, puisqu’ils ont tous échoué depuis quarante ans.

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