La France Dévaluée ?

images (46)Avec l’Euro, on ne peut plus dévaluer la monnaie, alors c’est le pays qu’on dévalue. L’Europe a toujours eu son homme malade. N’est-ce pas notre tour ? Une économie en berne, sans croissance, sans emplois, mais avec des déficits sur tous les tableaux, un Président qui a perdu tout crédit à l’intérieur et dont les homologues étrangers ne prennent la main que pour tâter le pouls, des socialistes laminés aux élections et dont la politique arrogante et à contre-courant sombre dans le ridicule aux yeux du monde entier, un résultat provocateur au scrutin européen : cet inventaire établit le diagnostic d’un pays dont la santé est atteinte au point de l’empêcher de tenir son rôle sur la scène internationale. Le Président avait annoncé une année de commémorations. Il comptait y trouver l’occasion de réinvestir symboliquement une fonction qui lui convient comme le commandement d’une escadre aérienne à un chef de gare du fin fond de la Corrèze. Il reçoit notamment Poutine, Obama, et le nouveau Président Ukrainien. On voit quel parti aurait pu tirer un grand Président de cette opportunité pour la France, mais aussi pour la Paix.

La France n’a joué aucun rôle positif dans la crise ukrainienne alors que sa tradition le lui imposait. Au lieu de laisser notre histrion international, BHL, s’illustrer une fois encore comme boute-feu à Maïdan, c’est notre Président qui aurait dû prendre ses distances avec la politique interventionniste américaine et chercher à réconcilier les parties dans un espace qui est d’influence russe davantage qu’européenne et qui n’implique en rien les intérêts légitimes des Etats-Unis. Mais la France n’apparaît de plus en plus que comme l’ombre malchanceuse d’une Allemagne qui en est à craindre un premier rang trop visible à force d’y être seule. De même, en décomptant jour après jour les morts en Irak, on doit se souvenir de l’attitude juste de Dominique de Villepin au côté de Jacques Chirac, lorsqu’il s’est opposé à l’aventure américaine contre Saddam Hussein. Nous aurions dû choisir la même option lorsque les Etats-Unis et leurs alliés du Golfe ont tenté de renverser Assad en Syrie. Au contraire, nous avons été parmi les plus offensifs. Aujourd’hui nous recevons le prix de notre irresponsabilité. Des « français »,  un « américain » se font tuer en participant avec des fanatiques au « djihad » contre le gouvernement syrien. Les islamistes massacrent des villages chrétiens et notre pays est complice objectivement de ces meurtres : par son attitude de soutien aux rebelles, par son appui au moins sanitaire dans les zones frontalières de repli, et par les rançons versées. On cherchera vainement la moindre logique dans une diplomatie qui légitime certaines rébellions en Syrie ou à Kiev et en condamne d’autres comme en Crimée, combat le terrorisme ici, et se retrouve son allié ailleurs, si ce n’est un alignement indigne sur les Etats-Unis, ce pays dont le Président allume partout des brasiers depuis qu’il est « Prix Nobel de la Paix. » Le Printemps arabe n’aura été qu’une illusion. Nous avons couru pour la rattraper. Cela a donné l’intervention militaire décisive contre Khadafi décidée par Sarkozy. Elle portait effectivement sa signature : décision énergique, action réussie, communication parfaite, mais absence d’évaluation des conséquences et absence de suivi des événements. Aujourd’hui, la situation est catastrophique : l’anarchie règne, le pays est livré aux rivalités tribales, la production d’or noir est considérablement réduite, les hommes et les armes du terrorisme islamiste circulent à partir de la Libye sur l’Afrique et le Moyen-Orient, l’émigration sub-saharienne n’est plus contrôlée.

La France s’est engagée à deux reprises directement et en première ligne contre les effets de la chute du dictateur libyen. La décision d’intervenir au Mali était bonne. Elle éradiquait les bases des organisations djihadistes au Nord-Mali. Mais une nouvelle fois, l’absence de suivi se fait sentir. Politiquement, notre pays devait peser de tout son poids pour qu’un accord soit trouvé entre Bamako et Kidal, entre les Bambaras et Peuls au sud et les Touareg au nord. Militairement, l’aide et la formation offertes à l’armée malienne auraient dû accroître son efficacité. Diplomatiquement, la France devait obtenir une participation plus grande et plus opérationnelle de la part de nos alliés africains et européens. Or, l’armée malienne engagée à la légère a été balayée. Cet échec ne tient pas seulement à la légèreté de nos dirigeants. Il est dû aussi au manque de moyens de notre armée pour faire face aux situations auxquelles elle est confrontée. La réduction du budget de la Défense est criminelle de la part de ceux qui décident d’exposer nos soldats sans leur donner toutes les chances de réussir avec le moins de pertes : huit au Mali, au moins trois en RCA. On veut espérer qu’elle n’aient pas été inutiles. En République Centrafricaine, la situation semble s’enliser dans une guerre civile entre la majorité chrétienne et les Musulmans de la Séléka. L’impréparation et l’inefficacité des alliés africains sont une fois encore constatées.

Retrouver notre place en Europe exige un rétablissement de notre économie. Etre de nouveau entendu dans la monde nécessite une indépendance dont il faut avoir les moyens. Exercer nos missions légitimes dans notre sphère d’influence oblige d’en posséder les capacités matérielles et humaines. Le chemin risque d’être long et ne sera pas parcouru d’ici le 6 Juin. Mais puisque le débarquement est dans les esprits, peut-être faut-il penser d’abord à « débarquer » ceux qui ont mis notre pays dans cet état.

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5 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 31 mai 2014 20 h 55 min

    Les journalistes sont ravis de nous apprendre que le Débarquement en Normandie permit la libération de l’Europe. Est-ce à dire que les autres débarquements furent des points de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale ?
    Si la ligne Gustave verrouillant le franchissement du col du Brenner fut construite, c’est parce qu’en Novembre 1942, le socialiste Pierre Laval laissa débarquer les Allemands à Bizerte, reportant à Décembre 1943 le débarquement dans la baie de Naples des 2ème division d’infanterie marocaine et 3ème division d’infanterie algérienne, de la 4ème division marocaine alpine, de la 1ère division d’infanterie motorisée et des célèbres Tabors.
    Quant au réarmement français concomitant à l’opération Torch, il fut essentiellement financé par la loi prêt-bail. Sans parler des munitions, il s’agissait de 30.000 pistolets mitrailleurs, 166.000 carabines, de 1.400 tanks et autant d’avions ainsi que 27.000 camions, 16.000 remorques et 1.500 jeeps.
    Dans le fond, ceci n’a aucune importance pour Julian Bugier et la rédaction de France 2 qui militent pour un droit à l’oubli !

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  2. Isabeau - 1 juin 2014 15 h 49 min

    Les Etats-Unis,  » ce pays dont le Président allume partout des brasiers depuis qu’il est « Prix Nobel de la Paix. »… la politique outrageusement impérialiste américaine date de 53, bien avant Obama et bien avant Bush.
    A lire, Killing hope, America’s Deadliest Export: Democracy et Rogue State de l’historien de gauche William Blum, des livres qui détaillent avec force documents, archives et preuves la longue liste des coups d’état, fausses révolutions, gouvernements fantoches et attentats fomentés par les Américains.
    L’Ukraine n’est que le dernier épisode d’une longue série.
    Ma question : pourquoi Hollande, tout comme Sarkozy avant lui, croit-il de son devoir d’aider les Américains à étendre leur zone d’influence ? Syndrome du larbin ? Pots-de-vin ? la volonté de Merkel et de Barroso ? Ordres directs de Washington ? Trop de films de Hollywood ?

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    • vanneste - 1 juin 2014 16 h 21 min

      oui, mais 1) les Etats-Unis combattaient le communisme, le terrorisme, c’est-à-dire NOS adversaires. Nos intérêts étaient liés de Berlin à Santiago ou à Djakarta. 2) Aujourd’hui, ils combattent la Russie qui n’est plus communiste et ont au Moyen-Orient une politique compliquée et hypocrite qui consiste à combattre les Shiites, les dictatures laïques nationalistes, et à soutenir Israël et les monarchies pétrolières qui elles-mêmes sont proches des mouvements islamistes. 3) Enfin, la politique de Bush était claire. Celle d’Obama, encensé par la bienpensance occidentale, ne l’est pas. C’est cette contradiction entre le titre grotesque de Prix Nobel et son action que j’ai voulu souligner. Pourquoi ne pas avoir attribué le titre à Reagan qui a mis fin à la guerre froide en faisant exploser l’URSS en Afghanistan et avec la « guerre des Etoiles » ?

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    • MONTRICHARD - 5 juin 2014 11 h 19 min

      A lire les vrais raisons !
      […] Une Europe fragmentée au service des Etats-Unis
      La classe politique américaine est largement au courant du processus de fragmentation régional du continent européen. Ce fait fut manifesté officiellement par le Président Clinton le 2 juin 2000 lorsqu’il reçut la plus haute distinction eurofédéraliste : le Prix Charlemagne. Ce prix remis pour la première fois en 1950 à Richard Coudenhove-Kalergi (1950, le fondateur de la Paneurope), fut par la suite attribué par exemple à Jean Monnet (1953), Winston Churchill (1955), Georges C. Marshall (1959), Henry Kissinger (1987), Tony Blair (1999) ou encore à Valéry Giscard d’Estaing (2003). Au cours de son discours, le Président Clinton a rappelé la nécessité d’une relation transatlantique étroite en soulignant les mutations profondes de l’Europe. « » SOURCE : http://www.diploweb.com/forum/hillard2.htm

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  3. Thibault Loosveld - 1 juin 2014 18 h 36 min

    @ Isabeau:

    Il est clair que Barack Obama est menacé par l’Impeachment puisqu’en annulant le pipeline Keystone, il a assuré en Novembre 2012 leurs victoires aux candidats démocrates du Montana et du Nord-Dakota.
    Et je continue de me demander si les guerres en Irak puis en Afghanistan décidées sous la Présidence de George W. Bush sont des conséquences de ce qui est arrivé à Rand Paul http://www.youtube.com/watch?v=EzzSFrO-C4Q

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