Noël.

imagesLa Fête de Noël recèle une richesse sémantique incomparable. Il faut ressentir de la compassion pour ceux qui veulent en taire le nom ou en voiler les symboles parce qu’ils seraient attentatoires à la très sainte laïcité, et exprimeraient la domination de la religion chrétienne à l’encontre des autres croyances. Fête de l’hiver ? Oui, comme le soulignent dans l’imagerie enfantine et commerciale, le Bonhomme et son traîneau, mais surtout Fête du solstice d’hiver qui marquait, autour du sapin en feu, pour les païens la renaissance des jours dans nos contrées septentrionales. Mais le Noël chrétien célèbre la naissance du Christ en donnant à un événement historique unique, symbolisé par la crèche, une signification cosmique, celle du triomphe de la vie. Celui qui est le chemin, la vérité et la vie est né de la Vierge Marie, il y a plus de vingt siècles. Il a apporté un message qui a exercé sur l’Histoire et sur les hommes, directement ou indirectement, une influence incomparable. Il a introduit cette révolution humaniste d’un Dieu souffrant en la personne de son Fils par amour de l’Humanité. Lorsque ce message a rencontré grâce à Saint Paul la pensée grecque, il a créé un mouvement dont la civilisation occidentale, sa pensée, sa morale, sa politique sont issues. Lorsque les commentateurs parlent du Pape François comme d’un Pape révolutionnaire, ils se trompent lourdement. Certes, ils en attendent une évolution de l’Eglise sur les sujets qui les obsèdent, les moeurs, en particulier. Mais elle ne viendra pas. Le Pape François a changé le style du Pontificat, l’a rendu plus humble dans sa symbolique, dans son discours, plus proche des gens, plus expressément attentif au rôle social de l’Eglise, mais sur le fond, rien de cela ne le sépare vraiment de son prédécesseur. La vraie révolution est doublement millénaire, et comme l’a bien vu Bergson, la religion chrétienne a été comme un volcan avec ses périodes stables et son lien avec l’ordre social, son constantinisme, et ses éruptions mystiques, avec François, celui d’Assise, par exemple. La vie doit être conservée et renouvelée. C’est aussi la signification profonde de Noël, cette Fête d’une naissance unique et bouleversante, qui se renouvelle tous les ans comme l’une des traditions les plus heureusement conservatrices, avec l’image apaisante de la Sainte Famille, ses déclinaisons culturelles locales où récits et légendes se mêlent, où le merveilleux des Rois Mages côtoie le dépouillement des bergers.

Le message du Christ s’adresse à toute l’humanité. La religion chrétienne est ouverte, universelle. Elle s’adresse à tous les hommes et à toutes les femmes. La Foi et la Raison sont les deux chemins, chers à Benoît XVI qui y conduisent et peuvent être empruntés par quiconque. L’un et l’autre appartiennent à l’Esprit, non pas au privé, mais à l’intériorité. C’est pourquoi, si on ne peut nier la dimension collective, communautaire, voire parfois politique de la religion chrétienne, il faut surtout souligner son relatif détachement par rapport aux obligations à caractère physique ou matériel, et son absence de lien avec une entité ethnique ou politique déterminée. L’exception du Vatican pour l’Eglise Catholique confirme cette idée. Certes, Jean-Paul II n’avait pas de division blindée, mais il a montré que le pouvoir spirituel pouvait, ô combien, contribuer au renversement des murs et même des Etats munis de puissantes divisions. Néanmoins, le christianisme, dans la mesure même où il n’est pas une religion comme les autres, est actuellement en butte à l’hostilité voire à la violence dans de nombreuses régions du monde. Il l’est de la part de religions qui ne séparent pas autant que lui le temporel du spirituel et tendent à confondre communauté des croyants et entité politique ou qui identifient pureté et appartenance au point de rendre impossible ou difficile la coexistence avec d’autres. Cela est vrai là où le Christianisme est minoritaire avec, par exemple, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi en prison et menacée d’exécution pour avoir bu l’eau d’un puits musulman, mais cela s’affiche parfois dans nos sociétés par une volonté de distinction excessive et provocatrice. L’absence du contact physique, le refus par la caissière d’une grande enseigne britannique de vendre de l’alcool sont des pratiques inacceptables qui remettent en cause le fameux « vivre ensemble ». Par ailleurs, les Chrétiens sont victimes de censure religieuse ou politique dans le meilleur des cas mais aussi de persécutions dans nombre de pays. On ne peut aujourd’hui être insensible au sort des orthodoxes du Kossovo ou à celui des Chrétiens d’Orient, les premiers de l’Histoire, menacés dans leur existence même. Il est douloureux de constater l’indifférence des puissances occidentales à la menace qui pèse sur les villages de Syrie où l’on parle encore l’araméen, la langue du Christ, et que des djihadistes, armés plus ou moins volontairement par nos pays, n’hésitent pas à attaquer. La proximité de ces villages avec celui de Bethléem doit aviver notre solidarité en ce jour de Noël.

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