DIEU MERCI, EN FRANCE ON NE REFORME PAS !

imagesPour résumer, on pourrait dire que le gouvernement légifère sur le bricolage et bricole sur la loi. Ce n’est pas nouveau, même si, à force de parler de boîte à outils, le pouvoir actuel a accentué cette impression. Entre la nécessité objective des réformes, le désir narcissique du Ministre de marquer son passage par une loi qui porte son nom, le souci de soigner sa clientèle électorale et la levée des boucliers ou des fourches de la résistance corporatiste, le chemin est étroit et jalonné de pièges. Les réformes, dans notre pays subissent une étrange fatalité : on avait une idée du problème au point de départ. On ne voit pas, en regardant la souris difforme à l’arrivée, le rapport qu’elle a avec la montagne.

Ainsi en est-il de l’école. On voit les deux questions essentielles qu’elle pose : recul des performances et rythmes scolaires. La France pouvait être assez fière de son système éducatif. La comparaison effectuée avec d’autres pays montre depuis un certain temps des résultats en recul. Ainsi le classement établi dans le cadre du Programme International pour le Suivi des Acquis scolaires place-t-il la France au 22e rang pour le niveau atteint en mathématiques et en lecture en fin de scolarité obligatoire, et à la 27e place pour les sciences. Cette détérioration a des conséquences collectives, la baisse de compétitivité du pays, et individuelles, avec le grand nombre d’élèves qui quittent l’école sans diplôme ni qualification (12,8% des 18-24 ans en 2011) et qui auront du mal à trouver un emploi, avec le maintien d’un taux d’illettrisme inquiétant, également. Il n’y a pas un lien direct entre la dépense éducative et la qualité du système scolaire. Les pays du nord de l’Europe, comme la Finlande, ou d’Asie, comme la Corée du Sud ou Singapour se situent parmi les premiers, avant d’autres pays dont les dépenses sont supérieures. Ainsi la France est-elle 12e, pour la dépense, devant la Finlande ou la Corée dont les résultats sont meilleurs. L’organisation du système éducatif doit donc être analysée et corrigée. L’école française travaille 144 jours contre 187 dans la moyenne des pays de l’OCDE. La réforme des rythmes scolaires est donc une vraie question et pas seulement un sujet de polémique électorale avant les municipales comme l’effervescence de certains le donne à penser. Le yoyo de la majorité précédente, fermant les écoles le samedi avec Darcos pour aboutir à la conclusion de la Conférence Nationale sur les Rythmes scolaires de 2011, réunie à la demande de Chatel et préconisant l’étalement des cours sur 9 demi-journées, devrait la rendre plus modeste.

Une année trop courte constituée de journées trop longues : tel est le constat établi depuis longtemps. Des locaux sous-utilisés, des enseignants sous-employés, des parents obligés de jongler avec les emplois du temps, des corporations attentives au changement en fonction de leurs intérêts : le système français a perdu progressivement sa rigueur et sa logique pour n’être plus qu’un empilement de réformettes contradictoires, comme dans beaucoup d’autres domaines. La réforme Peillon est donc très représentative de notre mauvaise gouvernance. On voit le problème et faute d’avoir le courage politique de le résoudre, on le complique davantage. La précipitation du Ministre a entraîné une « sacrée » pagaille dans une institution qu’il veut laïque. Une partie du pays seulement l’a mise en application dés cette année. Les élèves sont des cobayes et les municipalités essuient les plâtres. Les difficultés réelles se mêlent aux obstacles illusoires. La coupure diminuait-elle la fatigue ? Il est au contraire probable que la régularité des horaires présente un avantage. En revanche, l’introduction improvisée des activités périscolaires a généré  nombre de problèmes : multiplication des référents pour les élèves, des personnes ayant accès aux locaux, entretien de ceux-ci, complexité du repérage temporel pour les plus jeunes, financement, enfin, pour les communes. On a regagné une demi-journée à l’école sans accroître le temps proprement voué à l’éducation mais en augmentant la dépense publique. Faute d’encadrement adéquat, le temps dévolu aux autres activités risque de se réduire à une garderie coûteuse en argent public et concurrente de celles qu’offrent de multiples organismes privés ou publics.

En fait, ce retour à la case départ, avec le remplacement du samedi par le mercredi sera sans doute la « grande réforme » du quinquennat. Peillon qui, dès son arrivée, piaffait, pour une fois intelligemment, sur la durée du temps scolaire, commence à comprendre qu’il doit obéir aux patrons du Ministère dont il a la charge apparente : les syndicats. Il sait bien que la vraie question est celle de l’allongement de l’année scolaire. Après l’avoir évoquée, il s’est contenté d’allonger… les vacances de la Toussaint. Mais ce récidiviste de la gaffe a remis ça en février dernier en annonçant le passage à 38 semaines au lieu de 36 avec un zonage de 6 semaines réparties sur deux secteurs. Désormais assagi, notre Ministre qui a le tort de croire qu’on est vraiment Ministre de l’Education Nationale, dit qu’on va en parler en 2015, pour une mise en oeuvre en 2017… Une année électorale comme pour la TVA sociale de Sarkozy… Peillon doit croire au Père Noël, ce qui est son droit, car contrairement à Saint-Nicolas, celui-ci est un personnage laïque…

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2 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 2 octobre 2013 22 h 27 min

    Non seulement la gauche ne réforme pas, mais elle continue sa politique sectaire, ancrée aux antipodes de la défense du bien public. Le 11 octobre prochain, Victorin Lurel va ainsi tenter d’accroître de 16 points la part du capital de la STCPI dans celui de la SLN. La clef de répartition passerait alors de 8,5 % des dividendes versés par la SLN à 12,5 %. Certes, après l’entrevue d’Hollande avec le docteur Cahuzac à l’Elysée, les deux hommes ont certainement convenu d’un pacte mutuel de silence. Certes, en refusant de témoigner devant la commission d’enquête parlementaire, Jean-Marc Ayrault a évité une révocation dans sa fonction de premier ministre. En tout cas, Victorin Lurel l’a dit très clairement: si sa solution novatrice -et surtout lucrative- n’est pas acceptée, il y aura une consultation sur l’indépendance en Nouvelle-Calédonie… C’est la bourse ou la vie !

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  2. Thibault Loosveld - 3 octobre 2013 12 h 55 min

    A ceux qui pensent que ma critique de la politique du ministre socialiste de l’outre-mer est excessive, je dirai simplement ceci:
    La gauche fait faussement croire que la « consultation » insérée en juillet 1998 dans la Constitution revêt nécessairement la forme de trois référendums, en vertu de la loi du 21 décembre 1998. Or, ces trois référendums sont inconstitutionnels mais ont été validés, le 15 mars 1999, par le conseil constitutionnel de Roland Dumas.
    Et, la dernière fois que la droite calédonienne s’opposa à un président socialiste à cause d’une violation de la Constitution, c’était à Nainville-les-Roches en 1983.

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