LES VALEURS CHRETIENNES DE L’EUROPE ?

images (84)Dans son petit ouvrage « Quand notre monde est devenu chrétien(312-394) », Paul Veyne écrit : » Notre Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme ou de la réduction des inégalités. Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. » Pour lui, les racines chrétiennes sont une illusion dans la mesure où nous ne nous référons plus directement à la pensée chrétienne et où, au contraire, nous ne cessons pas d’interpréter le christianisme en fonction de la pensée et des problématiques de notre temps. J’avoue ne pas comprendre cette réduction de la notion de racines. Une société n’est pas un arbre dont les racines alimenteraient encore la croissance.  Les racines doivent ici être conçues comme les conditions de possibilité de ce que l’Europe est devenue. Pourquoi l’Europe est-elle ce qu’elle est ? Pourquoi a-t-elle une politique, un droit, une culture qui lui soient propres ? Si on pose cette question, la réponse va être différente. Par exemple, un auteur comme Kant cité par Veyne comme l’un des pères de la modernité peut difficilement être séparé d’une pensée d’inspiration chrétienne. La liste des valeurs de la modernité qui l’opposent au catholicisme, selon Veyne, cache une situation plus complexe.

D’une certaine manière, notre société actuelle est plus évangélique que celles qui se sont affirmées chrétiennes. Le personnage de Marie-Madeleine, le pardon de la femme adultère, ou encore la comparaison de la pécheresse et du pharisien au détriment de ce dernier témoignent d’une largeur d’esprit d’une grande modernité. Plus généralement, il y a dans les Evangiles et chez Saint-Paul un souffle d’authenticité qui est aussi très moderne. Ce n’est pas l’obéissance rituelle à la Loi qui sauve, mais la conversion de l’esprit à la Foi. Quant à la Loi suprême, la Règle d’or, « tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faîtes-le vous-mêmes pour eux », elle traverse toute l’histoire depuis Saint-Matthieu jusqu’à la déclaration des droits de l’homme, en passant par l’impératif catégorique de Kant, car elle est fondée sur l’affirmation implicite de la  Liberté et de l’Egalité des hommes. L’affirmation universaliste , voire mondialiste de l’Epitre aux Galates, « il n’y a pas de de Juif ni de Grec, il n’y a pas d’esclave, ni d’homme libre, il n’y a pas d’homme et de femme » possède une résonance extraordinairement moderne. Mais il faut aussitôt la rapprocher de ce que dit le Christ sur les parents que l’on doit honorer, mais qu’il faut savoir quitter pour un mariage indissoluble, c’est à dire où l’homme ne répudie plus sa femme vieillissante pour comprendre que cette conception conservatrice de la famille en fait le lieu privilégié de l’amour et de l’égalité entre les sexes. Et ce « conservatisme » risque bien d’être plus respectueux des personnes qu’une libération des moeurs qui n’est qu’un retour hypocrite de la domination des forts sur les faibles.

En fait, la présence du christianisme dans notre temps est encore et toujours celle d’un combat contre le paganisme, contre le matérialisme et l’hédonisme qui l’ont depuis le début accompagné. Lorsque les « droits de » ont laissé place à une multitude de « droits à » pour satisfaire les désirs des individus et des groupes revendiquant leur identité propre, alors l’humanité est entrée sur le chemin d’une profonde régression. Qu’on le veuille ou non, le christianisme est une religion différente des autres : alors que les autres impliquent des sacrifices, parfois humains, le plus souvent animaux, une soumission absolue à Dieu ou à la Loi divine, la religion des Evangiles repose sur l’idée d’un Dieu qui par amour de l’Humanité donne son fils en sacrifice afin de la délivrer et qui laisse à l’homme, au jeune homme riche, par exemple, la liberté de le suivre ou non. Il y a dans ce message un humanisme révolutionnaire dont l’Europe doit brandir l’originalité. Qui plus est, l’Europe est ce continent marqué par la lutte entre l’Empire et la Papauté. Byzance, capitale d’un empire grec submergé par l’Islam était la terre du césaro-papisme, l’héritière de Constantin et Justinien. La confusion des pouvoirs politique et religieux y régnait comme elle régnera par la suite sous les Khalifes musulmans. L’Europe a, au contraire, davantage appliqué le « rendez à César » en distinguant le spirituel du temporel. Cela paraît, à l’évidence plus malaisé dans les pays musulmans. L’hypothèse suivant laquelle laïcité et démocratie libérale seraient filles du christianisme est si peu absurde qu’un grand courant de la pensée politique contemporaine s’appelle précisément, « Démocratie Chrétienne ». Cette philosophie politique que beaucoup en France ont eu peur d’afficher exprime à la fois l’originalité exemplaire de la culture et de l’histoire européennes au sein desquelles le christianisme joue un rôle immense. Ce rôle, cette mission c’est d’éviter aux Nations de notre continent de perdre leur âme pour n’être plus que des troupeaux de consommateurs dirigés par des bergers technocrates.

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1 commentaire

  1. Courouve - 11 juillet 2013 14 h 31 min

    Il n’est pas facile de distinguer ce qui est valeurs proprement chrétiennes et valeurs d’origine gréco-romaines (culture, politique, droit) incorporées au christianisme (ce qui en fait une religion bien différente du judaïsme et de l’islam).

    Au sens strict, les valeurs chrétiennes se réduisent aux vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité.

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