CONTRE LA BARBARIE, DUREMENT !

téléchargement (16)« Le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie ». Cette phrase de Levi-Strauss interdit à celui qui la connaît d’employer facilement le mot. On doit pourtant prendre conscience que cette formule dénonçait l’ethnocentrisme, la tendance spontanée des membres d’un groupe culturel à rejeter ceux d’un autre groupe en fonction de leurs pratiques ou de leurs croyances. Pour autant, le relativisme culturel de l’ethnologue est scientifique. Il n’est pas « moral », puisque ce mot revient à la mode. (C’est toujours quand la chose vient à manquer que le mot qui la désigne connaît un regain). Toute société a ses règles. Certaines tentent même d’établir un fondement universel qui les impose ou les justifie pour tout homme qui sait entendre raison. C’est ce qui permet de condamner les crimes du nazisme, certes conformes en partie au droit positif allemand de cette époque, mais qui constituent une dérive insupportable par rapport aux règles d’une société chrétienne européenne du XXe siècle et qui sont une insulte à la raison humaine. En évoquant Auschwitz ou la Shoah par balles, le mot « barbare » prend à nouveau tout son sens. Il ne désigne plus l’autre culture, mais une double trahison envers « sa » culture et envers les principes universels d’humanité et de réciprocité qui doivent prévaloir dès lors que les cultures du monde entier communiquent les unes avec les autres. C’est pourquoi le mot « barbare »est légitime pour désigner non pas ce qui contredit nos valeurs culturelles, de l’extérieur, mais ce qui les trahit. Deux exemples, que la Justice met sur le devant de l’actualité, ont malheureusement illustré ce constat : le meurtre du jeune Alexandre Junca à Pau et celui de Mohamed Laidouni sur l’autoroute A13.

Dans les deux cas, sans véritable préméditation, avec une violence  inouïe, en groupe ou avec des complices, des « êtres humains » ont ôté la vie à un homme, pour satisfaire des subjectivités monstrueusement égocentriques, aussi incapables de réciprocité que sans doute dépourvues d’intériorité. Comment peut-on comprendre qu’on puisse s’acharner à coups de marteau sur un gosse de 13 ans, et le dépecer, pour la simple « raison » qu’il passait par là et qu’on avait « la rage » ?   Comment admettre qu’une bande de quartier puisse traiter un visage d’homme comme un ballon de foot, devant ses proches, pour un banal accrochage entre voitures ?

Devant de tels actes, des questions angoissantes se font jour. La première est celle du degré d’inconscience ou d’hypocrisie d’une société qui déborde de bons sentiments, d’appels aux Droits de l’Homme et à la République, et qui « produit » de tels comportements. Ce n’est pas l’inégalité sociale ni le chômage qui font d’un retraité le complice d’un assassin. La seconde question pointe le narcissisme des Belles-âmes, de Badinter à Taubira, en passant par beaucoup d’autres, adulées par une presse superficielle, sans doute éprises de leur image de générosité éthique, sans cesse penchées sur les victimes qu’elles confondent volontiers avec les coupables. Leurs discours séduisent les beaux quartiers de la pensée, mais désarment une société qui ne joue plus à armes égales avec le mal. La peine de mort existe toujours, mais ce sont les criminels qui l’appliquent sans remords, comme des tyrans, pour leur simple jouïssance. Les prisons sont inconfortables, mais la mort de la victime de celui qui a été libéré trop tôt est infiniment plus révoltante. La troisième question interroge la société elle-même, non pas les inégalités qu’elle peut engendrer, mais la barbarie qu’elle secrète. Certes, il y a toujours des voleurs de bicyclette, mais sous la Big Mother social-démocrate française et ses 56% de dépenses publiques, la misère n’a pas le même visage que dans l’Italie de 1945, si le délabrement moral ne l’accompagne pas. Or, le désordre immoral ne vient pas des conditions socio-économiques, il est est généré par une éducation déficiente, sans certitude sur ses valeurs, et partant, sans autorité. Et il ne s’agit pas seulement de l’école, mais de la famille qu’on s’acharne à détruire, d’une immigration qu’on n’a plus l’énergie d’assimiler, d’une culture qui aime tant jouer avec le feu et semble parfois fascinée par la beauté du diable.

Une société libérale est toujours entre paradis et enfer. Rien n’est plus enthousiasmant et énergisant que la Liberté : de penser, de s’exprimer, d’agir, de se réunir, de se déplacer, d’entreprendre, de posséder. Cette liberté est la porte du bonheur, si celui-ci existe. Mais cette liberté n’est pas sans rivage. Elle n’est possible qu’à trois conditions : d’abord, il faut qu’il y ait une croyance commune forte, comme Weber pensait que l’Ethique Protestante avait été indispensable au capitalisme. Ensuite, il est nécessaire qu’entre l’individu et le monde dans lequel celui-ci peut s’évanouïr, une fois son forfait accompli,  il y ait des Etats dignes de ce nom capables de faire respecter leurs lois à ceux qui vivent sur leurs territoires. Le meurtre de l’A13 est significatif. Il s’agissait pour les habitants d’un quartier sensible de ne pas appliquer la loi des « Français ».  Pour ne pas signer un constat, ils ont massacré un homme qui, lui, était un modèle d’intégration. Serait-il injuste de retirer la nationalité française à ceux des assassins qui auraient une double allégeance ? Enfin, il y a, comme pour une pièce de monnaie, deux versants de la liberté. Le premier c’est la volonté, mais le second, c’est la responsabilité. Il est absurde qu’une démocratie libérale applique des peines légères parce qu’elle excuse des comportements en raison d’un déterminisme social qui est revendiqué par les idéologies de ses adversaires et qu’elle privilégie la réinsertion de tous les condamnés comme si tous étaient victimes de ses manquements. Parce qu’elle croit à la liberté, la démocratie libérale a le droit et le devoir d’être dure avec ceux qui en ont fait un mauvais usage. Le travail devrait être, non une possibilité, mais une obligation pour les condamnés, y compris à des peines de perpétuité.  Ne serait-ce que pour couvrir leurs frais de séjour. On se souvient du très beau texte de Foucault sur « l’éclat des supplices »par quoi le pouvoir écrasait l’individu, avec un luxe de cruautés sans limite. Ces cérémoniels féroces nous paraissent aujourd’hui barbares. Mais faut-il accepter pour fuir ces horreurs que des individus s’arrogent le « droit » de les commettre ?

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3 commentaires

  1. kerneilla - 10 avril 2013 14 h 38 min

    J’irais même plus loin que vous:
    – il me semble que la France devrait d’abord interdire la double nationalité, car elle interfère avec l’assimilation qui est notre choix national concernant les immigrés;
    si on veut vire en France on doit en respecter les lois, les habitants et accepter la culture, les coutumes, la langue etc… et non prétendre imposer les siennes, ce qui est un comportement d’envahisseur.
    – il me semble que le renvoi dans leur patrie d’origine de tous les délinquants devraient être la norme; quant à ceux qui ont obtenu la nationalité Française, elle devrait pouvoir être retirée par un jugement légal pour les crimes de sang et autres crimes graves…nous n’avons pas à tolérer les barbares parmi nous, or si mes informations sont exactes la majorités des pdélinquants emprisonnés en France sont d’origine étrangère.
    – en ce qui concerne le travail en prison, il me semble qu’effectivement les condamnés devraient travailler pour payer les frais qu’ils imposent à la nation (dans des conditions humaines contrôlées, cela va de soi.):
    – autre proposition : que les condamnés étrangers soient renvoyés dans leur pays d’origine et qu’ils en soit prévenus, cela pourrait en arrêter certains au seuil de la délinquance, les prisons en Afrique du Nord étant encore bien pire qu’en France; cette mesure pourrait faire l’objet d’un accord donnant-donnant de coopération
    entre des états;
    Avantages:
    -désengorgement des prisons en France sans besoin d’en construire d’autres
    – une certaine diminution de la délinquance et de la récidive ; à ce sujet si on commençait par la tolérance zéro ce serait pas mal; à New York cela s’est révélé très efficace. On pourrait aussi responsabiliser les familles à commencer par les pères démissionnaires ou qui n’assument pas correctement leurs responsabilités familiales et sociales.

    Enfin il faudrait revoir de très près les valeurs véhiculées par l’Education Nationale, 70% des profs votent à gauche, ce qui n’est évidemment pas sans incidence : la liberté avant la responsabilité, le plaisir avant le devoir etc… ce qui est tout à fait en opposition avec la Déclaration des Droits de l’Homme dont ils se réclament sans cesse, qui fait passer les devoirs avant les droits… mais les gauchistes oublient commodément la Déclaration des devoirs du Citoyen annexée à la Déclaration des D de L’h, en 1792.

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    • DEMANET CARRUEL - 10 avril 2013 20 h 40 min

      Je suis tout à fait d’accord avec votre article et le commentaire Kerneilla, je pense exactement comme cette personne. merci pour votre article un peu philosophique mais j’aime bien. E.DEMANET

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  2. Courouve - 10 avril 2013 20 h 28 min

    Déjà Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (Essais, I, xxxi).

    Un relativisme qui ne résume pas cependant la pensée de cet humaniste dont les valeurs d’inspiration gréco-latine étaient à portée universelle.

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