Faut-il faire une Croix sur le Père Noël ?

Une directrice d’école de Montargis a failli annuler la venue du Père Noël sous la pression de quelques parents d’élèves. Finalement le traîneau passera quand même, mais cette anecdote rejoint malheureusement une série préoccupante. Elle est triplement inquiétante en elle-même puisque, si la demande d’annulation procédait d’une exigence de respecter la laïcité, il convient de rappeler que le Père Noël, comme le sapin ou la bûche sont des traditions et des symboles païens parfois plus anciens ou plus récents que la Fête Chrétienne, qui, contrairement à Pâques, est elle-même une date symbolique qui correspond à peu près au solstice d’hiver. Dans le Nord et l’Est, c’est St Nicolas qui récompense les enfants sages et l’on imagine le drame d’une distribution de saints en chocolat. J’en tremble d’horreur. Si l’ignorance de parents, qui appartiennent peut-être à une autre culture d’origine, est admissible, celle de la directrice ne l’est pas, et sa soumission apeurée à une demande infondée encore moins. Enfin, lorsque des signes religieux s’inscrivent dans le patrimoine culturel d’une civilisation et d’une société, leur transmission doit s’inscrire dans l’éducation pour que chaque enfant scolarisé sache lire et comprendre le paysage culturel dans lequel il vit et va s’épanouir. Il faut qu’il sache d’où il vient. Quant à celui qui vient d’ailleurs, il est sans doute utile qu’il connaisse cet ailleurs, s’il souhaite y retourner, ou s’il veut en garder certains aspects au sein du pays où il vivra désormais, mais il est encore plus important qu’il apprenne à comprendre la culture de son nouveau pays. Tout effacement de celle-ci favorisera le communautarisme. Malika Sorel-Sutter dans son excellent « Immigration-Intégration-Le langage de vérité », le dit clairement : « La qualité de l’intégration se dégrade chez les descendants d’immigrants…La classe politique française s’est mise à exiger que ce soit la société française qui s’adapte à eux. » Et de s’en prendre à J.F. Copé qui, dans une autre phase que celle des « pains au chocolat », avait insisté sur cette « part de notre population qui a la culture arabe dans le sang » (sic) et qui doit pouvoir faire apprendre l’arabe à ses enfants, en lui rappelant l’avis du HCI qui  » a toujours préconisé la suppression des enseignements et des cultures d’origine tant ils apparaissent contraires à l’objectif d’intégration ». En gommant les aspects identitaires du pays d’accueil dans le processus éducatif, on aboutit à ce paradoxe de faire des autochtones des barbares par rapport à leur propre culture et de favoriser le communautarisme chez des immigrants déjà renforcés dans leur propre identité par la facilité des voyages et la présence des paraboles.

Comme le souligne P. A. Taguieff, les trois élites qui dirigent nos sociétés européennes ignorent superbement ce risque. Les dirigeants économiques ne rêvent que d’échanges, de circulation des biens, des personnes et des idées. De toute manière, leur niveau de formation les met à l’abri de la barbarie intérieure. Ils parlent anglais, voyagent beaucoup, habitent loin des ghettos et sont mondialistes. La classe bureau-technocratique qui dirige la politique ne pense qu’à l’Europe, cette source inépuisable de non-responsabilité prestigieuse et confortable. C’est pratique : à Paris, on dit qu’on ne fait rien, parce que çà se décide à Bruxelles où on ne fait pas grand chose, mais on voyage beaucoup entre les deux, on parle anglais, et on défend le transfert de souveraineté parce qu’on est eurocrate. Reste le pouvoir devenu principal, le monde de la « com », frétillant à l’idée du métissage culturel, affirmant que la France marche au mélange, et qui se retrouve un jour à réduire Voltaire à une enseigne commerciale, et à considérer que Mahomet et le CHRIST étaient de sacrés communicants pour avoir si bien réussi. L’idée qu’une sorte de maladie d’Addisson culturelle puisse se répandre et faire que les habitants de notre pays ne sachent plus très bien qui ils sont ne les effleure pas. A force d’être superficiels et de tout survoler, ils ne touchent plus terre et n’ont que faire des racines.La France, dans cette ambiance peu propice à l’approfondissement des  dites racines a participé à l’éviction des valeurs chrétiennes de la « constitution européenne ». La Commission Européenne vient d’enjoindre la Slovaquie de retirer les croix prévues sur des pièces de monnaie à l’effigie de St Méthode et de St Cyrille. Cachez ce saint que la laïque et ouverte Europe ne saurait voir. Pensez ! Mettre une croix et une auréole à un saint, quel scandale ! La Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg, dans le cadre du Conseil de l’Europe, cette fois, avait également prétendu exiger en 2009 que l’Italie retirât les crucifix des écoles. La bataille a duré jusqu’en 2011, lorsque la Grande Chambre a accepté que la diversité culturelle et historique puisse laisser une marge de liberté aux Etats. Le juriste américain Joseph Weiler a rappelé à cette occasion que « les pays ont aussi le droit de se définir par rapport à un patrimoine religieux. » Que serait la France sans le Mont Saint Michel ou les tours de Notre Dame ?

On peut sérieusement s’interroger sur la capacité de nos « élites » à construire l’avenir de ce petit continent qui a joué un si grand rôle dans le monde et dont le beau drapeau s’orne des douze étoiles de la Vierge Marie. Surtout, n’allez pas leur répéter. Ils seraient capables de le changer, car détruire le passé et les traditions, gommer notre identité, çà, ils savent faire .

 

1 commentaire

  1. Jean - 8 décembre 2012 13 h 36 min

    J’ai comme l’impression que certains croient que l’on devient plus intelligent en oubliant ses racines, la distinction entre le bien et le mal (comme si c’était accéder à l’arbre de la connaissance, dans un autre sens).

    Nos magnifiques cathédrales sont peut-être apparues par la volonté des eurocrates mondialistes ou des musulmans…

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