CACHEZ CE SAINT…

Le niveau du débat public devient misérable. On voit bien que l’essentiel aujourd’hui est de faire parler de soi par tous les moyens. Provocation, provocation à la provocation se succèdent, jalonnées de petites phrases, de gestes ostentatoires et de signaux forts. On aimerait que les médias quittent plus souvent qu’ils ne le font le domaine du réflexe pour celui de la réflexion. La raison principale de cette évolution réside dans le mécanisme du marché de « l’information ». Saturé de données à court terme, il « fabrique » des produits éphémères et univoques. La concurrence sélectionne très vite celui susceptible de « faire le buzz » et on aboutit à ce paradoxe que plus il y a de vecteurs, plus le message est le même, moins l’analyse de son contenu n’a le temps de se faire. Donc le produit  qui veut réussir sur le marché devra être distinct du bruit de fond de la veille pour être assuré de son jour de gloire. Il y a sur ce point une parfaite complicité ente l’émetteur, le politique, et le diffuseur, le journaliste.

Le scénario de cette semaine est de ce point de vue caricatural, si j’ose dire… Clip médiocre « révélé » au grand public par ceux qui cherchaient un prétexte d’indignation (attitude très « tendance »), manifestations violentes, Charlie, kamikaze d’une liberté qui fait vendre, et Marine, qui veut interdire le voile et la kippa dans la rue, non parce qu’elle croit çà possible, mais parce que, ce faisant, elle sort de son silence en donnant à nouveau le « la » de l’info. Elle a fait jouer  un vieux secret de famille et a parfaitement réussi son coup. Mme Boutin porte plainte contre Charlie, mais çà fonctionne moins bien. Le problème des « cathos » (pas tous), c’est leur manie de biaiser et d’avoir des attitudes complexes qui justement exigent un déchiffrage. Bon Dieu ! On n’a pas le temps !

Si on passe du réflexe à la réflexion, on peut alors aboutir à quelques idées claires et distinctes sur la guerre vestimentaire, la laïcité et l’identité.

L’habit ne fait pas le moine. L’important n’est pas ce qu’on porte, mais ce qu’on pense. J’observe que Merah s’habillait à l’occidentale et que la mère d’une de ses victimes militaires portait un voile, lorsqu’à la télévision elle évoquait le patriotisme de son fils. Or, depuis plus de vingt ans nous nous enlisons dans la querelle superficielle et absurde des signes extérieurs, parce que nous sommes devenus incapables de définir ce qui est exigible « à l’intérieur » pour être français ou vivre en France. Ce fut le combat contre le voile à l’école, à travers une loi que je n’ai pas votée. La victoire apparente n’a rien apporté. On remet son voile à la sortie, on fréquente un établissement confessionnel, et on peut détester la France et l’Occident sans »dévoiler » sa pensée… en se voilant. La proposition d’interdire voile et kippa dans la rue est doublement anticonstitutionnelle : elle porte atteinte à la liberté, et aussi à l’égalité en omettant les signes chrétiens. Surtout, elle renchérit sur une attitude défensive et contraignante qui sont deux aveux de faiblesse. A l’école, il fallait exiger l’uniforme, qui restaurait l’égalité et la discipline vestimentaire en réglant le problème des signes. Dans la rue, le signe « musulman » a pris de l’ampleur. J’ai, cette fois, été le premier, avant Copé le copieur, à déposer une proposition de loi interdisant le voile intégral pour la seule raison juridiquement admissible : la sécurité qui exige qu’à l’époque de la vidéoprotection, on soit à visage découvert dans la rue. Pour le reste, si on demande à un Sikh de retirer son turban, on verra apparaître dans toute sa splendeur sa longue chevelure qui est le véritable « signe ». Va-t-on aller jusqu’à légaliser la coupe des cheveux ou la taille des barbes ? Nous ne sommes pas en dictature, ni dans la Turquie d’Atatùrk ! Par ailleurs, la richesse et la variété des vêtements sacerdotaux chrétiens sont un élément de notre civilisation qu’on a bien tort de cacher.

Car l’un de nos problèmes trouve sa source dans l’origine même de notre laïcité : une laïcité de combat, décrite par Jean Sévilla dans son excellent « Quand les catholiques étaient hors la loi », qui avait entrepris, dans une école  bâtie sur les principes du protestant libre-penseur Ferdinand Buisson, dont s’inspire son lointain, mais fidèle disciple Vincent Peillon, d’éradiquer la religion catholique des jeunes esprits pour en faire des consciences libres, rationnelles, universelles. Que la révocation de l’Edit de Nantes ait été une bourde est indiscutable, que la France ait existé avant 1905 et avant 1789 l’est tout autant. Comme le montre Saint Thomas d’Aquin, la foi et la raison sont compatibles, et il n’était pas nécessaire de nier une identité aussi évidente et resplendissante d’art et de mémoire pour laisser un désert spirituel et affectif, une ignorance desséchée, un vide qu’il est trop facile à d’autres de remplir. La laïcité est la tolérance envers toutes les religions, ce n’est pas la négation de celle qui est indissolublement liée à l’histoire de notre pays.

On ne dessine pas son portrait avec une gomme. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les mêmes qui n’arrivent pas à avoir une position claire avec l’Islam, entre clientélisme et indignation laïque, entre repentance et combat contre l’extrémisme, soient aussi ceux qui n’ont pas supporté le débat sur l’identité nationale. Il est insupportable de voir des identités communautaires conquérantes s’affirmer en face d’une identité qui a l’ordre de se nier. Il est en revanche très facile d’admettre que le grand fleuve France, qui prend sa source du côté de Reims, avec le baptême de Clovis, est donc clairement d’une eau largement catholique, franque et gallo-romaine, qui après avoir parcouru bien des siècles, franchi bien des obstacles avec gorges et cascades, reçu beaucoup d’affluents, est d’autant plus prêt à en accueillir d’autres qu’il aura la force d’être lui même. Il est plus facile à un catholique qui sait ce qu’est le Carême de comprendre ce qu’est le Ramadan. Il sera plus aisé pour la France d’accepter une différence vestimentaire lorsqu’elle saura qui elle est, n’aura pas peur de l’affirmer et qu’on cessera de lui interdire de le faire !

3 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 22 septembre 2012 10 h 24 min

     » Ce fut le combat contre le voile à l’école, à travers une loi que je n’ai pas votée.  »

    En autorisant le port du voile islamique pendant les cours et les sorties de classe, le conseil des tas ouvrit en toute illégalité une brèche dans la loi du 9 décembre 1905 afin de permettre la captation par la gauche d’électeurs de remplacement et de l’aider à faire grimper le score du FN à l’approche des élections: rappelons que, sous la précédente législature, François Hollande vota contre l’interdiction du niqab dans les lieux publics.

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  2. mali sab - 22 septembre 2012 10 h 32 min

    les pensees libre ,la foi integre a quand la compréhension de l être?

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  3. Courouve - 22 septembre 2012 12 h 05 min

    La proposition de Marine Le Pen vise, il me semble, à pacifier l’espace public, voies et commerces, en prohibant la proclamation de croyances religieuses au moyen de de signes distinctifs par ailleurs sexistes, puisque voiles et burkas ne sont que pour les femmes, kippas que pour les hommes.

    Ces deux religions devraient pouvoir obtenir de leurs fidèles la fin du port de ces signes ostentatoires sexistes, afin que ces fidèles soient dans la même situation sociologque que les chrétiens et les incroyants (indécelables dans l’espace public), ceci sans que les législateurs aient à s’en mêler. Je crains de plus qu’une telle loi ne soit inapplicable, par laxisme et manque de courage politique.

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