Mon intervention lors de la discussion générale sur la reconnaissance de la nation et la contribution nationale en faveur des Français rapatriés

M. le président. La parole est à M. Christian Vanneste.

M. Christian Vanneste. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, cher rapporteur, mes chers collègues, la République française ne reconnaît aucune autre communauté en son sein que celle de ses citoyens égaux en droit.

J’ai été choqué par les interventions de notre collègue Chassaigne qui a semblé, s’exprimant sur le 11 novembre, hiérarchiser les morts de ceux qui ont tous répondu à l’appel de la République.

M. André Chassaigne. J’ai dit le contraire !

M. Christian Vanneste. Il a essayé de réduire le sens de l’engagement des harkis. Je voudrais l’appeler à un peu plus de modestie et, puisqu’il a employé le mot « traîtres », lui rappeler qu’il y a effectivement eu des traîtres en Algérie. Ces traîtres, ce sont notamment les communistes qui ont collaboré avec les fellaghas !

M. Élie Aboud, rapporteur. C’est très juste !

M. André Chassaigne. Je n’ai pas dit du tout cela ! C’est de l’interprétation !

M. Christian Vanneste. Comme le dit Dominique Schnapper, « La nation se définit par son ambition de transcender par la citoyenneté des appartenances particulières ». Au-delà du rappel de ce principe, il faut constater l’existence d’un débat. Celui-ci a deux aspects : la reconnaissance de communautés unies dans le souvenir du malheur qui les a frappées et la part de responsabilité de la République française dans ce malheur.

Avec les harkis, le débat tourne court, et cependant la réponse trop évidente est insuffisamment présente dans notre conscience collective. Les harkis sont ces combattants qui ont répondu à l’appel de la France, qui ont cru à sa parole, qui ont servi la IVe, puis la Ve République, la nôtre, et que nous avons trahis et abandonnés pour la plupart d’entre eux.

La lecture du livre du Bachaga Boualam Mon Pays, la France est douloureuse pour celui qui se fait une haute idée de notre pays. Il n’y a eu, dans cette tragédie aucune trace de cette grandeur sans laquelle la France n’est pas elle-même. Le Bachaga Boualam se définit lui-même comme un Français humilié, trompé, bafoué, un père qui a donné son fils à la France ainsi que dix-sept de ses proches parents. Il a été élu à quatre reprises vice-président de cette Assemblée. Il s’est engagé passionnément pour notre pays. Capitaine en 1946, il était commandeur de la Légion d’honneur ; et cet homme a dû se réfugier en Camargue, au Mas-Thibert avec ses fidèles Beni-Boudouanes. Son récit est poignant. Le rappel de la circulaire Joxe – ça, c’était mieux, monsieur Chassaigne !… – enjoignant aux autorités de limiter étroitement le départ des harkis vers la métropole et même d’organiser le retour vers leurs assassins de ceux qui s’y étaient réfugiés est tout à fait insupportable, tant il révèle la froideur calculatrice des politiciens. Je la cite : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront renvoyés en Algérie… Il conviendra d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. » J’ai retrouvé ce triste et froid calcul, lorsque notre collègue socialiste a tenté tout à l’heure de ramener ce texte à une intention électorale. Il est heureux que son intervention ait été, pour le reste, empreinte d’une grande émotion que je tiens à saluer.

Il est donc tout à fait inacceptable que ceux qui sont parvenus à se maintenir sur le territoire de la République et leurs descendants soient injuriés ou diffamés. Il est indigne que la mémoire de ceux qui ont été massacrés, souvent dans des conditions horribles, soit souillée.

Pour répondre à cette double exigence, il faut donc une loi qui réprime ces atteintes. Il est particulièrement judicieux de souligner qu’il s’agit d’actes très graves par le fait qu’ils visent des membres de l’armée française, plus exactement des formations supplétives faisant partie des forces armées. Cela souligne l’appartenance des harkis à la communauté nationale par le plus beau vecteur qui soit : celui du sang versé, de la vie exposée. Cela rappelle aussi – faut-il le dire ? – le crime qui a consisté à abandonner nos soldats, les soldats qui servaient la République, à leurs adversaires.

C’est la raison pour laquelle ce texte ne serait pas complet, serait même hypocrite si le mot de « harki » ne s’y trouvait pas mentionné, d’une manière ou d’une autre. Il s’agit de répondre, une fois encore, à une double exigence : la première est d’ordre juridique et doit permettre à ce texte d’être conforme à la Constitution ; la seconde est morale. C’est bien sous le nom de « harkis » qu’ils se font insulter par certains ; c’est bien sous ce nom que la France doit rappeler leur droit particulier à sa reconnaissance et à l’honneur de revendiquer ce titre. Personnellement, je voterai ce texte avec une pensée particulière pour le père de notre secrétaire d’État, Jeannette Bougrab, qui est, elle aussi, le symbole de la volonté de la majorité actuelle de réparer une injustice !

M. Élie Aboud, rapporteur. Vous avez raison !

M. Christian Vanneste. Et cette réparation-là n’est pas voisine d’une intention électorale : elle date déjà, et je m’en félicite ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

M. Élie Aboud, rapporteur. Bravo !

7 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 21 février 2012 18 h 43 min

    Et l’Armée française n’avait pas seulement gagné la bataille d’Alger…

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  2. khaoula - 21 février 2012 19 h 27 min

    bonjour Monsieur Le Députe
    je vous félicite pour cette intervention en faveur de cette communauté que l’on appelle encore « arkis »
    Avoir à les entendre appeler comme cela est forcément inadmissible et les désigner encore comme « une communauté » l’est autant.
    Dans notre beau pays des droits de l’homme, voir ces français de 3ème, peut être 4ème, génération parqués à Mas Thibert entre raphele et port saint louis, dans « une cité » DE TRANSIT » depuis 1962 est une honte pour notre pays. Je ne sais pas si mas thibert existe encore à la date d’aujourd’hui.
    leurs parents, arrières grands parents…. ont fait des choix politiques ou n’en ont pas d’ailleurs fait ; c maintenant inscrit ds l’Histoire. La guerre d’algérie fait partie de l’Histoire de la france et de l’algérie. employer encore ce mot harki est irrespectueux.
    Cependant employer le mot « fellagah » l’est autant.
    Ce sont des hommes et des femmes, à contrario, qui ont défendu leurs convictions, leur territoire qui sont allés au bout de leur désir d’indépendance. Ils ont simplement été des résistants.
    Croyez le nous savons nous reconnaitre devant l’infamie : que l’on soit arrière petit fils de harki ou arrière petit fils de fellaga nous savons que c’est sous une autre appellation pegorative que certains nous réunissent : b…….
    Cependant si ns voulons construire et vos nos enfants se construire malgrè les ambuches qui leur sont tendues, il y a un certain vocabulaire que l’on doit oublier et demander à ce que l’on ne nous le rappelle plus. Il est dommage à avoir, en 2012, encore à dénoncer cela.
    je signe volontairement de mon seul prénom car c ainsi que bp de tourquennois me connaissent.
    Khaoula

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  3. NOURATIN - 21 février 2012 19 h 33 min

    Que la France se soit comportée lamentablement et honteusement à l’égard des Harkis, c’est un fait certain.
    Que nous ayons accepté ensuite de laisser entrer sur
    notre sol les anciens du FLN et que nous les ayons grassement arrosés pour repeupler le Pays, c’est
    hélas, incontestable.
    Mais qu’on refasse encore une de ces lois bizarres
    qui ne servira certainement qu’à donner bonne conscience à ceux qui l’ont votée, vous m’excuserez
    mais ça vous met la droite au niveau de Gayssot.

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  4. Thibault Loosveld - 26 février 2012 23 h 40 min

    @ NOURATIN:

    La pénalisation des injures présente le mérite de condamner la décision de la chambre criminelle -et c’est le cas de le dire- évoquée en page 18: http://www.harki.net/docs/Assemblee_nationale_injures_aux_harkis_fev_2012.pdf

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  5. heilles georges - 29 février 2012 5 h 12 min

    J’avais quatorze ans en 1962 et j’étais retourné en Algérie en Septembre 62, c’est à ce moment que nous avons appris ce que le FLN avait fait à de pauvres bougres qui avaient accordé leur confiance en un certain général.Qui découpé en morceau et jeté devant les maisons de la famille, qui brulé vif, qui trempé dans un fût d’huile bouillante qui … mais ce qui m’a le plus fait mal et qui me torture encore aujourd’hui c’est les conditions absolument indigne de la mort d’un harki qui nous amenait le lundi matin au lycée et venait nous chercher le samedi. Il avait la confiance de Lieutenant des GMS du village qui lui confiait sa voiture et ses enfants. Un fidèle qui est mort pire qu’un chien, objet de tous les délires des petites m…. qui ne lui arrivaient pas à la cheville. Cinquante après, Brahim « chitane » je ne t’ai pas oublié et je pleure pour ce que les ralliés de dernières minute t’ont fait subir, et j’ai honte de t’avoir abandonné.

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  6. varrasse - 10 mars 2012 19 h 23 min

    Monsieur le député
    comme je vous l’avais demandé lors du repas de la semaine bleue à neuville en ferrain, quelle est la position du ministre des anciens combattant au sujet de l »indemnisation des pupilles de la nation au même titre que les autres indemnisés au titre du décret du 24 juillet 2004 conformément aux engagements du président de la république d’indemniser tous les orphelins pupille de la nation par mesure d’égalité.
    JPV

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    • Christian Vanneste - 20 mars 2012 16 h 18 min

      @ M. Varasse: Cher Monsieur,
      Voici les informations que j’ai pu obtenir de la part du Ministère :
      À l’issue de la publication des décrets n° 2000-657 du 13 juillet 2003 et n° 2004-751 du 27 juillet 2004, et à la demande de nombreuses victimes exclues du dispositif, le Préfet Audouin s’était vu confier la rédaction d’un rapport qu’il a remis au Gouvernement en mars 2009. Une commission nationale de concertation a ensuite été mise en place pour travailler à un dispositif juridique et financier prenant en compte les revendications des orphelins de guerre et pupilles de la Nation.
      À la suite de ce rapport, le Gouvernement examine les améliorations qu’il serait possible d’apporter à ce dispositif. Conformément à l’engagement du Président de la République, le Gouvernement s’attache à définir la solution qui tienne le plus grand compte de l’équité et aboutisse à une reconnaissance plus apaisée. C’est ainsi qu’un projet de décret unique a été préparé à la demande du Premier ministre. Il se trouve actuellement en phase d’approbation.

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