48 heures de la vie d’un pays

A retrouver sur le blog de Philippe BILGER

Ce qui se passe depuis deux jours est délirant.

Au moment où, depuis le début du mois de janvier, la droite honorable grimace et se moque de la démocratie en prétendant en appeler au peuple, que d’étranges mouvements et d’incohérences (le Figaro, le Monde, Libération, LCI,  BFM TV, nouvelobs.com)!

Le ralliement pitoyable et intéressé de Christine Boutin, démocrate et chrétienne, au président de la République. Sa menace de « bombe atomique » n’était rien d’autre que du vent!

François Sauvadet, centriste du Nouveau centre mais d’autant plus convaincu qu’il est ministre, avant même la défection d’Hervé Morin, abandonne ses convictions et son identité en prônant le soutien à Nicolas Sarkozy.

La chasse au Vanneste est relancée. L’UMP se couvre de ridicule en affirmant haut et fort qu’elle va l’exclure et lui retirer son investiture pour les futures législatives. Quelques bons apôtres aussi crédibles en professeurs de vertu que Nadine Morano se piquant d’eseigner l’élégance se sont acharnés contre lui: Jean-François Copé, Eric Ciotti, Thierry Mariani, Xavier Bertrand et même Rama Yade qui s’estime encore autorisée à donner des leçons de morale. Elle ose déclarer qu’à cause de Christian Vanneste elle a quitté l’UMP. C’est comique!

Serge Klarsfeld a confirmé dans l’après-midi la validité des propos de Vanneste furieusement pourfendus le matin. Des homosexuels ont pu être arrêtés et déportés en France mais pas en tant qu’homosexuels (jdd.fr). Il est clair que Christian Vanneste, dans la grisaille intellectuelle et la fadeur politique de l’UMP, ne pense pas comme les autres et donc choque assez souvent. A mon sens, ce sont moins ses idées que l’être lui-même qui irrite: trop intelligent, trop provocateur, trop libre, pas assez prévisible. Sur le plan de l’homosexualité, force est d’admettre que les médias le « cherchent » autant qu’il se livre volontiers lui-même sur ce sujet. A mon sens, il devrait s’abstenir et résister à la tentation d’être soi à tout prix. Trop dangereux dans un monde frileux.

 Cependant, à supposer même que Christian Vanneste, individu singulier, esprit indépendant, parlementaire iconoclaste, dise du mal de l’homosexualité s’il en a envie, où serait le scandale, sinon pour une droite stupide cherchant à compenser ses positions extrêmes sur le plan politique et social par une démagogie et une révérence culturelles et une soumission lâche à l’air du temps ? Mais, contrairement à ce que répètent, comme des perroquets, ceux qui préfèrent détester que connaître, Christian Vanneste s’est contenté de mettre en cause le « lobby gay » – qui peut de bonne foi oser prétendre qu’il est sans pouvoir au sein du Pouvoir et dans les élites ?- et de souligner les incidences possibles, pour une société et un Etat, de l’homosexualité aspirant à une totale égalité institutionnelle et familiale. Certes, il ne pousse pas des cris d’enthousiasme devant ces perspectives mais où serait le crime ? Ses pairs ont honte de ne pas faire le poids en face de quelqu’un qui en plus s’offre le luxe d’être libre. Alors ils se vengent comme ils peuvent. Le président de la République, avec eux! Grâces soient rendues à Jacques Myard qui a dénoncé le « lynchage médiatique » de Christian Vanneste.

Le président de la République, candidat actif depuis des mois, nous annonce qu’il l’est officiellement.On a entendu les mêmes mots qu’en 2007 mais sans le même élan. La musique n’est plus la même. Quelque chose s’est évaporé. C’est lourd, long, cousu de fil grossiérement tactique. Le travail, en 2007, était une exigence, une valeur, un avenir, il est devenu une redite. L’argument sur le capitaine ne quittant pas le navire en détresse, le discours obligé sur les devoirs, l’image d’une France forte et d’une affiche éthérée, l’engagement d’accomplir demain ce qu’on aurait pu, malgré la crise, mettre en oeuvre durant le quinquennat, le référendum sorti comme une potion magique mais laissé au rancart depuis 2007 : on aurait presque voulu y croire encore, on aurait rêvé de rajeunir, on aurait adoré retrouver la fraîcheur, l’enthousiasme, la naïveté d’antan… Mais impossible, inconcevable! Le dos au bilan, le désenchantement nous a fait vieillir. Le sarkozysme nous a rendu adultes en politique.

Hervé Morin renonce. Alors que dans son bref parcours d’homme libre il avait fustigé le président sous l’aile duquel il avait travaillé pourtant durant quatre ans, alors que centriste, certes du Nouveau centre, il avait l’occasiion unique de faire coïncider ses convictions, sa dignité et la cohérence, il a choisi néanmoins de privilégier son hostilité à l’égard de François Bayrou en complaisant à celui contre lequel il s’affirmait prêt à combattre. Ce n’est pas beau ! Sa casaque n’en sort pas grandie alors que Douste-Blazy, hier, a su rattraper grâce à un aveu et à un soutien un destin politique longtemps affecté par le ridicule.

Délirant! Jeu de massacre depuis 48 heures.

Comptons les survivants.

10 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 16 février 2012 16 h 24 min

     » Le président de la République, candidat actif depuis des mois, nous annonce qu’il l’est officiellement.  »

    Je dirai même depuis des années puisque, dans ses Voeux 2010 à la France d’outre-mer, Nicolas Sarkozy déclara que l’outre-mer restera français. Et, on sait que la clef de répartition entre les 3 provinces est un des points importants de l’Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé le 5 mai 1998.

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  2. Courouve - 16 février 2012 18 h 26 min

    ROBERT BADINTER (né en 1928) : « Chacun de nous est libre de critiquer ou d’approuver l’homosexualité, chacun est libre de choisir ou de ne pas choisir tel ou tel comportement sexuel ; cela relève du choix intime de la personne ; plus ce choix est intime, plus il est secret et mieux cela vaut. »
    Sénat, séance du 5 mai 1982, Journal Officiel [Débats Sénat], page 1634.

    Par la suite, Badinter approuva la loi Halde de 2004 qui introduisait la notion de propos discriminatoires à l’égard des homos et qui permit des condamnations à l’égard du député Vanneste, condamnations annulées en cassation.

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  3. jb - 16 février 2012 18 h 31 min

    Je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce que vous dites.

    Surtout vos positions sur l’immigration, mais je pense que vous avez le droit de vous exprimer.

    C’est une véritable chasse à l’homme de la part de l’UMP (pour masquer son Bilan, on tape sur Vanneste l’hOMOPHOBE)

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  4. Dame - 16 février 2012 21 h 26 min

    Merci, Monsieur le Député, de battre en brèche la pensée unique en lâchant ici ou là vos bombes verbales qui font tomber les masques des hideux tenants du « vivrensemble post-historique »… Les hyènes de tout bord qui se sont lancées à vos trousses auraient tous mieux fait de se documenter avant de vous conspuer ridiculement. J’ose espérer que le peuple ne va pas s’y tromper.

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  5. Ghislain Durand - 16 février 2012 21 h 45 min

    Bravo et féliciations !

    Monsieur le Député,

    Dire la vérité conduit à l’exclusion !
    Vous pouvez en être fier car il n’y a que les « imbéciles » pour croire que ce qu’ils disent (et pensent) est la vérité historique
    Serge Klarsfield lui ne se trompe pas !

    Avec tout mon respect

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  6. HERNANDES JF - 17 février 2012 9 h 30 min

    Oui, effectivement un véritable « jeu de massacre »
    Et dire que de notre côté, le candidat de notre parti le RPF, les médias ne nous permettent pas de nous exprimer !!!
    Nous vivons une étape politique inégale, nous verrons demain soir si notre message passe aujourd’hui dans la VDN, si les gaullistes sont toujours aussi motivés.

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  7. Elise - 17 février 2012 21 h 08 min

    Si j’en juge par les commentaires d’internautes postés sous les articles dédiés à « l’affaire Vanneste » sur le Web, au moins trois français sur quatre soutiennent Christian Vanneste.
    Quant à moi, je n’ai qu’une question à poser : que faisait-il à l’UMP, ce parti plombé par un politiquement correct à peine plus nuancé que celui du PS ?
    On y entend bien, de temps à autre, quelques sorties fracassantes et parfois désatreuses (Christine Barèges et « les animaux », par exemple), mais dans les faits, le pire s’y affiche avec un culot ahurissant.
    Si C. Vanneste se libère enfin de l’UMP, va-t-on l’entendre sur les dérives éthiques de ce parti ? Un pédophile notoire au sein d’un gouvernement UMP, voilà de quoi gloser sur « les valeurs de la France, patrie des Lumières, portées par sa droite conservatrice », non ?

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  8. Alex - 18 février 2012 18 h 52 min

    Christian, rejoins-nous! Nous sommes l’avenir! Les pratiques de ton parti sont celles de l’URSS sous Brejnev. Ce système est à l’agonie. Dans ces conditions, l’arrivée du FN au pouvoir est inéluctable! Tu es un homme de conviction et d’honnêteté, tu as ta place chez nous. Rejoins-nous!

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  9. merlin - 2 mars 2012 9 h 59 min

    voila un monsieur qui parle sans la langue de bois et cela ne plait pas aux autres qui on la langue en bois de chéne ce qui prouve que quand on fait parti d’une famille politique on n’a plus le droit de dire ce que l’on pense même si sa (famille) pense la même chose que lui mais ne veut en parler! bravo Monsieur Vanneste

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  10. Thibault Loosveld - 2 mars 2012 11 h 20 min

    @ elise:

    En cette période de campagne électorale, avec le traitement médiatique qu’a subi Nicolas Sarkozy, on ne saurait trop conseiller la lecture de « 15 mois et 5 jours entre faux gentils et vrais méchants » dans lequel est retranscrit la discussion entre Nicolas Sarkozy et Yves Jégo concernant la nomination de Frédéric Mitterrand…

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