La déchéance de la nationalité : le symbole et l’outil

Hier, la majorité avait le choix entre l’habileté tactique et le courage politique. Elle a cru choisir la première, fidèle à la manœuvre qui consiste à agiter un chiffon rouge, la double peine ou les tests ADN naguère, la déchéance de la nationalité aujourd’hui. Une fois le chiffon rouge retiré, un ensemble de mesures techniques passe sans encombre. On pourra toutefois s’interroger sur l’efficacité de mesures qu’il est à nouveau nécessaire de compléter…

Le gouvernement se prévaut de la qualité de l’outil législatif mis en place. Les outils ne valent cependant que par les hommes qui les utilisent et par les intentions qui les animent. Le repli frileux de la droite dans l’illusoire sécurité des instruments la remplit du sentiment confortable que le conflit a été esquivé, l’ennemi adouci, et la société apaisée. Ce songe technocratique ignore la réalité de la politique qui est avant tout une guerre de symboles dans laquelle il ne faut pas éviter l’ennemi, mais le désigner et le vaincre en plantant le drapeau sur les ruines de ses idées. Le symbole parait n’être rien puisqu’il est symbolique, sans efficacité sur les choses, mais son emprise sur les hommes est considérable. C’est lui qui nourrit leurs pensées, forge leurs convictions et décuple leur élan. Comment s’étonner que les outils les plus performants sur le papier produisent si peu de résultats quand ceux qui les emploient ignorent qui est l’ennemi, quelle victoire doit être remportée, combien il importe que le signal de cette victoire soit visible.

La déchéance de la nationalité, qui ne visait que quelques personnes, détentrices de la double nationalité et ayant commis un crime envers un détenteur de l’autorité est typiquement un symbole. Appliquer cette sanction, c’était affirmer que la nationalité française ne se réduisait pas à un document administratif ouvrant des droits, mais qu’elle était une dignité fondée sur les devoirs et sur le mérite de les remplir. Y renoncer, c’est dans la tiède torpeur d’un humanisme mou, et dans le respect d’un droit pavlovien, dénué de la moindre réflexion, accepter que le détenteur d’un privilège par rapport à la plupart des français, la double nationalité, puisse mépriser à ce point la nôtre, qu’il puisse s’attaquer à un représentant de l’autorité publique, un symbole de la République en somme, sans perdre son titre de citoyen français. On ne peut plus clairement dire à tous les français que leur qualité de français ne vaut rien, ne tient qu’à une carte plastifiée, rangée à coté de cartes de crédit et donnant droit à participer à la définition de la politique de notre pays et à recevoir les prestations nombreuses qui rendent la France si attractive. Ce renoncement est une défaite pour notre majorité, qui avoue son indigence face à l’idéologie dominante de la gauche. C’est une défaite de la pensée. C’est une retraite par rapport au discours de Grenoble. C’est une trahison à l’encontre des idées qui ont assuré la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007.

Choisissant l’habileté plus que le courage, il est à craindre que ce choix soit celui de Gribouille : afin de ne pas être battu, le gouvernement a choisi de battre en retraite.

Mot clés:

4 commentaires

  1. Thibaut Loosveld - 10 mars 2011 13 h 09 min

    @ Monsieur le Député:

    Je suis tout à fait d’accord: la politique est un combat et non pas une thérapie. Et c’est ce manque d’intransigeance face à la gauche qui motive le vote pour le Front National !

    Répondre
  2. grégory - 10 mars 2011 15 h 37 min

    j’ai été choqué par ce projet de déchéance de nationalité,car il laissait à penser que la vie d’un chauffeur de bus,d’un boulanger ou d’un pharmacien vaut moins que celle d’un policier ou d’un gendarme…
    par ailleurs,la loi aurait fait une distinction entre des français naturalisés et des français « de souche »,français juste parce leurs parents le sont.

    enfin,cela me fait penser aux tests mis en place par les autorités allemandes il y a quelques années pour les candidats à la naturalisation,tests de connaissance couvrant divers domaines tels que l’histoire de l’allemagne,sa géographie,sa culture etc…des journalistes étaient allés dans la rue pour poser les questions figurant dans ces tests à des allemands « de souche »,qui n’étaient pas fichus de répondre à la plupart de ces questions!…

    que ce soit pour le projet de déchéance de nationalité en france ou pour des tests de connaissance en allemagne,cela procède de la même hypocrisie envers les candidats à la naturalisation. il faudrait que les « nouveaux français » soient plus irréprochables que les français « de souche ».
    français à part entière ou français entièrement à part?…

    Répondre
  3. Christian Vanneste - 10 mars 2011 15 h 46 min

    Est-il scandaleux d’ôter sa nationalité française à un naturalisé, double national, qui a tué un policier? Hier, dans l’hémicycle, j’ai été le seul à penser que non. Dans un grand élan de courage et de calcul politicien, la droite populaire partie, les radicaux arrivés, « la droite » a voté avec la gauche pour renoncer à la proposition grenobloise du Président.

    Répondre
  4. Thibault Loosveld - 10 mars 2011 17 h 07 min

    @ grégory:

    La vie d’un policier ou d’un gendarme n’a pas plus de valeur que celle d’un pharmacien, d’un boulanger ou d’un chauffeur de bus mais elle est beaucoup plus dangereuse. En effet, les forces de l’odre entrant dans le circuit judiciaire sont présumées coupables, ce qui fait d’eux des cibles systématiques pour les criminels.

    Répondre

Exprimez vous!