Pour une politique sans peur

Lors de son discours d’investiture en 1933, Franklin Delano ROOSEVELT, avait lancé une formule devenue célèbre : « la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même ». Sans doute jamais formule politique n’a-t-elle été davantage d’actualité, tant elle devrait s’imposer à notre époque et aux responsables politiques d’aujourd’hui.

Le principe de précaution a été gravé sur notre socle constitutionnel, dans cette ambiance curieuse qui mêle depuis quelques années, apocalypse et fleur bleue. C’est pourtant comme le disait Portalis, d’une main tremblante qu’il faut toucher aux lois surtout fondamentales, mais on a de plus en plus tendance aux contresens systématiques.

Il faut seulement espérer que cette mode finisse un jour dans la maturité plutôt que dans le mur. Pour l’instant, c’est le mur qui se rapproche, le mur de la peur obsédante, paralysante, devenue l’alpha et l’oméga, de l’art de gouverner.

Trois forces convergent da cette direction, avec trois conséquences.

Il y a d’abord, la vieille règle qui est au cœur des médias : ne s’intéresser qu’aux trains qui déraillent. L’opinion est donc aspirée, semaine après semaine, d’une catastrophe angoissante à une angoisse catastrophique. Tremblement de terre, éruption volcanique, terrorisme, crise grecque, pédophilie dans l’Eglise. Ni la nature, ni l’économie, ni la société ne sont plus ce qu’elles étaient. Rome n’est plus dans Rome. C’est l’accident qui fait la substance, comme aurait pu dire un philosophe, lui aussi effaré. Ce délitement de la pensée, cette fluctuation de l’opinion sont une menace pour la vie démocratique qui exige des citoyens dotés d’une information réaliste et de valeurs stables sous peine de sombrer dans la démagogie.

Il y a ensuite les responsables politiques écartelés entre la crainte de perdre le pouvoir et le désir de servir l’intérêt général. Leur débat intérieur se clôt le plus souvent par un mélange de prudence excessive et de discours rassurant. Le gouvernement ne gouverne plus, il materne. Il ne protège pas, il se protège. En témoigne la panique avortée suscitée par la grippe A, et qui a finalement laissé beaucoup de français de marbre. En revanche, cette « terrifiante épidémie » avait atteint les élus encore traumatisés par les souvenirs du sang contaminé ou de la canicule, et qui vivent depuis dans la crainte et le tremblement. C’est une paralysie analogue qui a désactivé les mandats présidentiels de Jacques Chirac : l’ombre de Malik Oussekine planait sur la moindre manifestation et sur toute supposée « bavure policière ».

Cette maladie n’est pas française, elle est contagieuse et se diffuse désormais dans la vieille Europe apeurée : un ciel déserté par les avions sous la menace d’un nuage fantôme, les difficultés économiques supplémentaires qui en résultent, et les aides publiques accompagnées de leur déficit qui ne manqueront pas de s’y ajouter en sont le dernier exemple. C’est pour les gouvernants un casse-tête : ou bien on croit prévoir et on prévient trop, ce qui suscite des mécontents, ou bien on se laisse surprendre et on improvise dans l’excès et la précipitation, en soulevant la colère. A la suite de Xynthia, que l’on pouvait anticiper en ne construisant pas des maisons mais des digues, on a carrément déployé le parapluie non sur la tête des habitants mais sur celle du pouvoir. Les habitants, eux, ont plutôt reçu le parapluie sur la tête, puisqu’on a carrément porté atteinte d’une façon brutale à une politique pourtant portée par la droite : la maison individuelle, familiale et en prime, à un principe républicain : le droit de propriété.

Au-delà des maladroits, et sans tomber dans la théorie du complot, ce qui est une autre forme de peur, il y a quand même les artistes de l’angoisse, les petits génies de la pétoche, les inventeurs de phobies, ceux qui utilisent sciemment ces armes pour se faire élire par une population en désarroi, pour prendre le pouvoir dans une société énervée et amollie, au point de tomber comme un fruit mûr. Le discours écologique, ou plus exactement l’idéologie verte, fait naître les peurs et les cultive : peur des ADN, peur des OGM, peur des nanotechnologies, peur du nucléaire, peur de la fin de l’énergie, peur pour notre planète. En fait, toutes ces peurs se condensent en une seule : la peur de l’avenir, de notre avenir, pour mieux assurer le leur.

C’est pourquoi une fois encore, il faut rappeler la phrase de Jean-Paul II et la mettre dans la même ligne que celle de Roosevelt : « n’ayez pas peur ! ».

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