Débat sur le port de la burqa

Lundi soir, j’intervenais, en compagnie d’Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille-Sud, lors d’un débat sur le port de la burqa à Sciences-Po Lille. Comme vous le savez, une mission parlementaire réfléchit actuellement sur les réactions à adopter face à ce phénomène. J’ai, pour ma part, déposé, en septembre dernier, une proposition de loi visant à interdire l’ensemble des vêtements ou accessoires permettant de masquer l’identité d’une personne. Avec cette proposition de loi, il n’est plus question de religion, mais d’ordre public et de sécurité (notamment vis-à-vis de la vidéoprotection). En effet, le port de certains signes religieux pose le problème de la non-identification de la personne.

Compte-rendu (extraits) de ce débat passionnant par la Voix du Nord :

(…) A priori, les deux hommes ne sont pas d’accord. « C’est un sujet dangereux, prévient le député, on touche au rejet d’une religion. J’étais totalement opposé à l’interdiction du voile. Est-ce qu’une démocratie a à s’occuper de vêtements ? Non. Mais quand quelqu’un cache son visage, il cache son identité. » Christian Vanneste redit ce qu’il a dit ailleurs : « Je m’en tiens à l’ordre public, un homme pourrait se dissimuler sous une burqa et commettre un attentat. C’est une question de sécurité. La proposition de loi interdirait cagoule, casquette, burqa, tout ce qui cache, à titre préventif. » Ce rappel formulé, Amar Lasfar enchaîne : « Un projet de loi contre la burqa, c’est toute la communauté musulmane de France, 6 millions de personnes, à nouveau montrée du doigt ! Or le mot burqa n’existe pas dans le coran. » Le recteur de la mosquée de Lille-Sud estime que ça n’est « qu’une lecture de l’islam ». « Je me demande si, 400 burqas recensées en France, cela mérite vraiment tout ça ? À trop taper sur le phénomène, ne va-t-on pas l’amplifier ? Je ne suis pas favorable à une loi qui donne plus d’importance qu’elle ne le mérite à la burqa. Si j’étais élu, je voterai contre. » Depuis la salle, cette étudiante pose la question de la liberté de la femme, de sa dignité. Un autre s’interroge sur les valeurs de liberté, égalité, fraternité, détrônées par la notion de sécurité. Christian Vanneste persiste : « La loi n’interdirait pas la burqa comme vêtement religieux, mais techniquement comme un tissu qui cache. » Amar Lasfar ne commente pas, oppose son propre rôle de religieux et de citoyen, soutient qu’il a refusé audience à une femme en burqa l’autre jour, mais qu’il ne peut que « défendre les libertés individuelles ».

Une heure plus tard, débat achevé : « On avait pris un café avant, nous sommes amis », confie M. Vanneste. « On s’est même dit : bon, c’est un débat, sur quoi on va s’opposer ? renchérit M. Lasfar. On a fini par trouver ! »

3 commentaires

  1. A. Daboncourt - 16 décembre 2009 13 h 02 min

    Tout à fait d’accord pour interdire de masquer son identité en public, mais se posent d’autres problèmes: que dire des gros 4×4 ou autres voitures circulant avec des vitres teintées, ce qui les autorise à une agressivité hors de propos sur la voie publique? … on ne sait jamais si l’excité qui est derrière ses vitres est vraiment agressif, voire armé… Je pense d’autre part qu’un véhicule de ce type rempli de terroristes serait indétectable… et pourrait se jeter sans souci sur tout objectif de son choix. Et le casque intégral pour les motards? Tout ceci est très délicat et je n’en vois mention nulle part. Pistes de réflexion…

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  2. Christian Vanneste - 16 décembre 2009 18 h 02 min

    Vous avez bien raison ! Le casque intégral est d’ailleurs compris dans ma PPL…

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  3. bruno - 27 décembre 2009 14 h 26 min

    bonjour,
    je suis tombé par hasard sur votre site, et pour tout dire, je vote à gauche ou écolo….
    Ce débat sur la burka, ou le voile inégral avec vue 16/9 est significatif d’une crainte du législateur de décider une fois pour toute l’interdiction de cette pratique importée de pays moyen-ageux, pour des raisons politiques.
     » Ce lieu, ce magasin, cet immeuble, cette rue est sous vidéo-surveillance » lit-on souvent. Pourquoi certains ou plutôt certaines pourraient s’absoudre de ces contrôles?
    La première mesure à prendre est d’autoriser les responsables des lieux ainsi contrôlé à interdire l’entrée à ces personnes. C’est un avis, parmi d’autres…
    bonne journée à vous !

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