Sainte colère contre des colères malsaines (ex : Bagnolet ou Sevran)

Hier se sont produits deux faits divers hautement symboliques. D’abord ils se sont déroulés dans des « cités » de Seine Saint Denis, l’une à Bagnolet, l’autre à Sevran, deux communes tenues par le parti communiste, dans un contexte urbain et social que certains se plairaient à voir stigmatisé par le racisme et l’exclusion.

Une fin tragique pour le jeune conducteur d’une moto de cross non homologuée pour la voie publique et qui refusait d’obtempérer aux interpellations des policiers venus mettre fin à son rodéo à la demande de riverains dans le premier cas.

Plusieurs décès par asphyxie à la suite d’un incendie criminel dans le second.

Les premiers témoignages convergent étrangement : la cause des deux drames trouve son origine déterminante dans la police. A Bagnolet, ce sont les policiers qui se livrent à une course poursuite qui affole le motocycliste. Un jeune « Rasta », écouteurs aux oreilles, se complaît même à décrire le choc entre la voiture de police et la moto. A Sevran, les sorties de secours vers le toit auraient été cadenassées à la demande de la police.

Sentiment d’injustice, colère légitime, dénonciation de la société comme coupable à travers ses représentants emblématiques, bailleur social ou policiers… La révolte couve, et des voitures sont brûlées à Bagnolet.

Cependant, peu à peu les faits apparaissent dans leur réalité : il n’y a pas eu de contact entre les voitures de police et le motard fuyard. Il y a bien eu deux départs d’incendies criminels dans la tour de Sevran suspectée par la police d’abriter par ailleurs du trafic de drogues. Les grilles d’aération, qui ne sont pas des issues de secours, ont pu laisser échapper la fumée normalement. Il est sans doute exact que certains les utilisaient pour grimper sur le toit afin de caillasser la police, mais telle n’est pas leur finalité…

En somme, ici comme là, le processus a consisté à gommer la véritable responsabilité, celle du motard conduisant trop vite un engin interdit à la circulation et tentant d’échapper à des policiers qui accomplissaient leur travail, celle des incendiaires qui ont mis le feu à une cage d’escalier ayant entrainé la mort de cinq personnes. Ce processus est-il spontané ? Répond-il à l’expression d’une identité assiégée ? Est-il la reproduction des modèles valorisés par les Médias au point de constituer une trame incontournable : bavure policière, colère légitime, manifestation collective du ressentiment ?

Lorsqu’on lit, par exemple « la Violence en France » ouvrage collectif rédigé sous la direction de Michel WIEVIORKA, dans lequel on justifie les premières émeutes des Minguettes comme des manifestations contre les bavures policières et les meurtres racistes, où l’on présente la violence comme une expression, la dénonciation de « l’arbitraire policier », des « carences de l’action publique » dans l’affaire du Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin, qui avait aussi pour origine un accident de moto, on comprend mieux le redoutable scénario qui depuis 20 ans tente de s’imposer à notre pays : celui de l’inversion des valeurs.

C’est le coupable qui est victime, et l’ordre social légitime qui est le seul vrai coupable, coupable collectif et libérateur de toutes les responsabilités personnelles. Je ne peux m’empêcher de citer à nouveau ici Alain BAUER et Xavier RAUFER : « Au-delà de toutes les théories d’inspiration sociologique, l’origine la plus certaine du crime, c’est le criminel lui-même ». Le dédouaner de sa responsabilité, accuser ceux dont le métier et de lutter contre le crime, c’est doublement favoriser la récidive en la facilitant par l’irresponsabilité subjective du délinquant, et par l’insécurité objective que ne manque pas de générer l’inhibition policière. Que la victime soit coupable de son imprudence, ou cible d’activités criminelles, la justice à laquelle elle a droit, consiste à désigner clairement les coupables et les responsables afin que chacun se sente personnellement maître de son comportement. C’est là la seule voie pour répondre à ce que certains appellent à tort des faits sociaux, et qui sont toujours des comportements personnels volontaires à un certain degré, et qui doivent être traités comme tels. Là se trouve la véritable dignité du coupable comme de la victime. Là se trouve le seul moyen de ne pas connaître à nouveau ces drames et les douleurs qu’ils entrainent.

Tout le reste est mauvaise littérature sociologique ou journalistique.

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