Christian Vanneste, prof et député, passe le bac de philo

Christian Vanneste, député UMP, a aussi été professeur de philosophie. 20minutes.fr lui a demandé de commenter trois sujets du bac de philo qui font écho à l’actualité politique…

Vous avez porté l’amendement sur le «rôle positif de la France dans la colonisation». Un des sujets de philo du bac est: «L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien?». Des commentaires?

Lorsque j’ai défendu cet amendement, j’ai beaucoup cité Ricoeur, qui analyse les limites de l’objectivité historique. L’histoire a beaucoup de mal à être impartiale, et la subjectivité de l’historien, en tant qu’homme conditionné par l’époque dans laquelle il vit, fait partie de son métier. Autant dire que l’histoire n’est pas une science dure, mais une science molle, entre les maths et la littérature. Mon amendement, qui montrait comment la France avait joué un rôle positif outre-mer et comment les indigènes avaient libéré des territoires, se voulait impartial. Mais la réalité, c’est que je suis un homme français et gaulliste: ma vision est conditionnée par ma nationalité et par mon inscription dans une époque. Ce que je disais n’était pas faux, mais orienté, de même que ce que disaient mes détracteurs. Ceux-ci n’étaient pas plus objectifs que moi, ils étaient juste d’une autre orientation politique. La différence, c’est que j’accepte ma partialité et que j’en suis conscient.

Un autre sujet de philo était «Le langage trahit-il la pensée?». Vous avez attaqué en justice Bertrand Delanoë, qui vous a qualifié de «délinquant», et vous avez été vous-même mis en cause pour des propos dits homophobes. A la lumière de ce différend, comment analysez-vous le sujet?

J’aime beaucoup ce sujet, car le mot «trahir» de l’intitulé est ambigu: cela veut-il dire que le langage déforme ou révèle la pensée? Quand Bertrand Delanoë dit que je suis un «délinquant», on est dans la catégorie du langage qui révèle la pensée qu’il voulait lui-même cacher. Le mot est sorti tout seul, comme un lapsus. Il lui a échappé, lui qui veut toujours se faire passer pour quelqu’un de serein et de posé. Quant à moi, je n’ai pas déformé ma pensée, j’ai dit ce que je pense («L’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité», ndlr). C’est une idée vieille comme le monde, déjà défendue par Voltaire dans le «Dictionnaire philosophique».

A la lumière de la loi Hadopi, comment peut-on comprendre le sujet «Que gagne-t-on à échanger?»?

C’est un sujet qui demande des connaissances techniques aux élèves. Tout échange n’est pas toujours commercial, il peut aussi être symbolique. Dans ce cas, l’échange est fait pour que le groupe qui échange gagne en cohérence et en unité. Un exemple? Le moment où, à Noël, on se donne des cadeaux. De même, sur le Web, c’est aussi l’échange communautaire qui régit le monde des internautes. Mais revenons au piratage: ici, c’est une notion d’échange pour gagner, cette fois, quelque chose. Celui qui pirate des œuvres pour les revendre les pille. L’échange constitue le fonds même de l’humanité, disait Claude Lévi-Strauss. Hadopi le montre à nouveau.

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