Croissance et politique économique dans la zone euro (QE)

Dans une tribune publiée en juin dernier, le Président Tchèque, Vaclav KLAUS, avait estimé que l’euro était une « fabrication politique par excellence » et critiquait ses effets économiques.

« Les espoirs n’ont pas été remplis, ce qui n’est pas une surprise pour moi », avait souligné le chef de l’Etat dans sa tribune intitulée « Dix ans d’euros: quelles raisons de célébrer ? ».

« La zone euro a connu une croissance plus faible que l’Union européenne dans sa globalité et que les Etats-Unis », avait poursuivi cet économiste libéral reconnu, fondateur du parti civique démocratique (ODS, au pouvoir).

J’avais donc, suite à cette prise de position, posé la Question suivante au Gouvernement. Celui-ci (Le Ministre de l’Economie) vient de me répondre :

Question N° : 25411  de M. Vanneste Christian(Union pour un Mouvement Populaire – Nord) QE
Ministère interrogé :  Économie, industrie et emploi
Ministère attributaire :  Économie, industrie et emploi
  Question publiée au JO le : 17/06/2008 page : 5008
  Réponse publiée au JO le : 07/10/2008 page : 8598
   
Rubrique :  politique économique
Tête d’analyse :  croissance
Analyse :  production industrielle. zone euro. perspectives
Texte de la QUESTION : M. Christian Vanneste attire l’attention de Mme la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi sur un article du président tchèque Vaclas Klaus paru le 11 juin 2008 dans le Financial times. Soulignant que les croissances économiques tournent au ralenti et que les taux d’inflation varient selon les pays qui ont adopté la monnaie commune, M. Klaus estime qu’il ne faut pas célébrer la zone euro. Ainsi, dit-il, « en 1998, la zone euro était d’abord un projet politique et on pensait généralement que ses fondements économiques seraient créés dans une phase ultérieure. Une entité économique devait être créée, cimentée par une monnaie commune. Ces espoirs n’ont pas été atteints jusqu’ici ». Il montre ensuite que la croissance dans la zone euro est plus faible que dans le reste de l’Union européenne et aux États-unis et la productivité a baissé de moitié par rapport aux 20 ans qui ont précédé sa création : « nombre de problèmes de la zone euro sont causés par l’introduction d’une monnaie commune dans un groupe de pays disparates, dont chacun a besoin d’un taux d’intérêt et de change différent ». L’Europe pourrait avoir, d’après lui, à faire face à « une crise sérieuse », face à la concurrence chinoise et indienne et à la montée des prix des matières premières et, dans ce cas, une monnaie commune ne lui paraîtrait pas d’une grande utilité. Il aimerait connaître l’avis du Gouvernement sur cette prise de position et sur ce sujet.
Texte de la REPONSE : Les arguments développés par Vaclav Klaus méritent d’être discutés et son analyse n’est pas partagée. Dans une période marquée par une succession de chocs – éclatement de la bulle Internet, attentats du 11 septembre 2001, turbulences financières, flambée des prix du pétrole, … – la mise en place de l’euro a notamment permis d’éviter les chocs relatifs de taux de change entre des économies très intégrées, qui étaient coûteux pour la croissance et pour l’emploi. Au total, les économies de la zone euro ont connu une croissance satisfaisante sans être exceptionnelle – comparable à celle des dix années précédentes et plus riche en créations d’emplois puisque l’emploi a progressé de 1,3 % par an en moyenne sur la période 1999-2008 (16 millions de créations nettes d’emplois), soit plus qu’aux Etats-Unis sur la même période (+ 1,1 % par an, 14 millions de créations nettes d’emplois) et plus que pendant les dix années précédentes dans la zone euro (+ 0,6 % par an en moyenne sur la période 1989-1998, 6 millions de créations nettes d’emplois). De manière plus structurelle, selon une étude de la Commission européenne, l’unification monétaire devrait avoir à long terme un impact positif de 2 % sur le niveau de production de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgique et des Pays-Bas. Pour autant, il est possible de mieux encore tirer partie de la zone euro, au bénéfice de la croissance et de l’emploi. M. Klaus a en effet raison de noter que la zone monétaire rend plus difficiles les ajustements relatifs. C’est en particulier le cas lorsque des différentiels de compétitivité se sont accumulés, comme contrepartie de la stabilité des taux de change relatifs au sein de la zone. La fixation d’une politique monétaire unique pose en outre des difficultés spécifiques aux économies qui sont encore en phase de rattrapage accéléré. C’est aussi l’une des leçons des dix premières années. À cet égard sont utiles : d’une part, les réformes qui permettent un ajustement plus rapide aux chocs. Il s’agit là avant tout, pour chaque État membre, de mettre en place les réformes nécessaires, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. C’est le programme de réformes que mène le Gouvernement au niveau national ; d’autre part, un meilleur suivi des situations et des évolutions relatives des États membres au sein de la zone euro, en particulier en termes de compétitivité, afin de détecter en amont les problèmes possibles. Ainsi, la coordination des politiques économiques dans la zone euro doit aller au-delà de la surveillance budgétaire. Ces questions sont régulièrement discutées entre les ministres des finances de la zone euro, avec la Commission et la Banque centrale européenne, au sein de l’Eurogroupe – enceinte dont la France promeut avec constance sur fonctionnement efficace. Les questions liées au fonctionnement de la zone euro feront en outre l’objet de discussions au sein du Conseil Ecofin sous la présidence française.
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